C’est avec des idées bien embrouillées que l’odeur du café m’extirpe des bras de Morphée et si la première phrase qui me vient à l’esprit ce matin est :

L’univers est une illusion.

Je n’en suis pas plus rassuré pour autant.

Car dans ce cas, comment parvenons nous à maintenir si solidement cette illusion depuis tant d’années, de siècles, de millénaires ?

Comment les règles que nous nous fixons depuis toujours, en maths, en géométrie, en physique, quelle soit quantique, ou autre continueraient-elles à produire des résultats à peu près toujours similaires ? Que nous nous obligerions à toujours vouloir similaires ?

Nous nous accrochons ainsi à des processus, des « how to » plus par confort, par habitude, en imaginant que le résultat sera toujours le même par ces moyens.

Dans le fond je ne suis pas loin de penser que c’est parce que nous imaginons ce résultat à l’avance que les processus fonctionnent. Les processus ne seraient alors que le prétexte à créer un chemin mental vers ce résultat attendu.

L’univers est une illusion.

Les aborigènes australien parlent du « Dream Time » depuis toujours. Et leurs rituels n’ont rien à envier à nos formules mathématiques, nos processus modernes de fabrication de ce rêve que nous appelons naïvement « réalité ».

Dans les rêves justement, il suffit juste de penser à une chose pour qu’elle advienne, immédiatement, comme par magie. Dans les cauchemars aussi d’ailleurs.

Cependant que nous n’en savons guère plus sur le contrôle de nos rêves que de la pseudo réalité.

Carlos Castaneda parlait d’un entrainement quotidien dont l’essentiel était de maintenir la conscience de ses mains pour s’enfoncer progressivement, habilement, dans le sommeil et les rêves.

En maintenant cette « attention » farouchement sur un point focal facile , nos propres mains, nous obtiendrions, avec l’habitude, la régularité et surtout la croyance que cela fonctionne, la possibilité de créer ainsi un pont, une passerelle entre ces deux états, l’éveil et l’endormissement, qui, j’en suis persuadé désormais n’est rien d’autre que la même chose sauf pour de très rares personnes.

En réfléchissant à cela et en établissant un parallèle avec le dessin, j’entrevois comme une sorte d’écho à ce qu’évoque Castaneda.

S’enfoncer dans un dessin finalement c’est aussi traverser la paroi poreuse des rêves et des pseudos réalités.

Hier j’ai voulu tenter cette expérience de partir ainsi au hasard des traits, des lignes, avec mon crayon comme objet de concentration. Sans justement vouloir établir de processus compliqué, en partant juste de la contrainte du trait de la hachure plus ou moins épais, plus ou moins resserrée ou écartée.

A un moment donné, je suis « tombé » dans le dessin tout entier sans savoir ce qu’il représentait, juste des vibrations de valeurs, des ondulations provoquées par le sens des hachures.

Comme on utilise le rythme des tambours on peut utiliser le son de la pointe du crayon comme signal auditif, comme source d’attention également pour pénétrer aussi dans ce monde bizarre de traces qui soudain forme un univers à part entière.

On peut alors comprendre que des forces qui n’ont rien à voir avec l’intellect classique exercent des pressions, des accélérations et des ralentissements, à la fois utilisant la lourdeur et la légèreté, pour résumer maladroitement.

Le dessinateur devient comme une antenne et la main prolongée du crayon devient cette partie mobile qui réagit aux informations captées.

voilà comment on peut vouloir atteindre un objectif : dessiner

et se retrouver sourcier ébahit par la cartographie d’un terrain étrange que l’on vient de « réaliser ».

PARADOX

It is with very confused ideas that the smell of coffee extricates me from the arms of Morpheus and if the first sentence that comes to mind this morning is:

The universe is an illusion.

I am not reassured either.

Because in this case, how do we manage to maintain this illusion so solidly for so many years, centuries, millennia?

How do the rules we have always set for ourselves, in math, geometry, physics, quantum, or other, continue to produce results that are almost always similar? That we would force ourselves to always want similar?

We cling to processes, "how to" more comfort, habit, imagining that the result will always be the same by these means.

In the end I am not far from thinking that it is because we imagine this result in advance that the processes work. The processes would then be only the pretext to create a mental path towards this expected result.

The universe is an illusion.

Australian aborigines have been talking about "Dream Time" forever. And their rituals have nothing to envy to our mathematical formulas, our modern processes of manufacturing this dream that we call naively "reality".

In dreams, just think of something to happen immediately, just like magic. In nightmares too.

However, we know little more about the control of our dreams than the pseudo reality.

Carlos Castaneda spoke of a daily training whose main thing was to maintain the consciousness of his hands to sink gradually, skillfully, in sleep and dreams.

By keeping this "attention" fiercely on an easy focal point, our own hands, we would obtain, with the habit, the regularity and especially the belief that it works, the possibility of thus creating a bridge, a bridge between these two states, awakening and falling asleep, which I am now convinced is nothing but the same thing except for very few people.

Reflecting on this and drawing a parallel with the drawing, I see a kind of echo to what Castaneda evokes.
 Sinking into a drawing is also crossing the porous wall of dreams and pseudo realities. 

 Yesterday I wanted to try this experience to leave random lines, lines, with my pencil as object of concentration. Without precisely wanting to establish a complicated process, starting from the constraint of the line of the hatch more or less thick, more or less tightened or removed. 

 At one point, I "fell" into the entire drawing without knowing what it represented, just the vibrations of values, the undulations caused by the direction of hatching. 


 As we use the rhythm of the drums we can use the sound of the pencil tip as an auditory signal, as a source of attention also to penetrate also into this weird world of traces which suddenly forms a universe in its own right. 

 One can then understand that forces that have nothing to do with the classical intellect exert pressures, accelerations and slowdowns, both using heaviness and lightness, to summarize awkwardly. 

The designer becomes like an antenna and the extended hand of the pencil becomes this mobile part that reacts to the information collected. 
 That's how you want to reach a goal: draw and to be found dowsing amazed by the mapping of a strange land that we have just "realized".  

prof d'arts plastiques, fabriquant de tableaux. @patrickblanchon38550 http://patrickblanchon.com

2 Comment on “Paradoxe

Commentaires fermés

%d blogueurs aiment cette page :