Le canal était noir, la surface de l’eau était noire, ce matin là je n’apercevais pas les beaux éclats argentés des perches arc en ciel qui troublaient en profondeur mon âme de gamin pêcheur.

Le temps était maussade, sans aucun vent et l’écho des trains arrivant en gare au dessus me revenaient en grinçant méchamment murmurant des mots métalliques et froids.

Pourtant je m’installais, j’avais décidé que la matinée serait toute entière consacrée à mon envie.

Au lieu d’étudier sagement j’avais saisi les cannes, les lignes et l épuisette puis j’étais parti sans bruit, sans prévenir, pour rejoindre les talus du canal du Berry.

Une sensation de vide affreux m’envahissait depuis tôt le matin et j’avais effectué mon choix comme un soldat charge son fusil en vue de tuer, j’avais préféré.

Et, sans le savoir, cette préférence était déjà l’augure d’une pêche médiocre.

Une facilité de fatigue, surgit du vide que je cherchais désespérément à tuer.

Cependant je décidai par bravade que c’était bon de s’asseoir là et de tendre la ligne , regarder flotter le bouchon,

en espérant tout en sachant profondément que rien n’y changerait rien

Dans le fond.

Déjà à l’époque j’avais installé des rochers, des remparts, des occupations pour lutter contre la présence insistante de l’absence.

Même si je savais qu’il fallait attendre un peu avant que le poisson ne soit ferré adroitement, irrémédiablement, ce matin là j’avais tout oublié peut-être parce que justement j’avais choisi de perdre mon temps, j’avais établi une idée de moi, une préférence.

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prof d'arts plastiques, fabriquant de tableaux. @patrickblanchon38550 http://patrickblanchon.com

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