Errance 1 Peinture Patrick Blanchon

Several years ago my paintings did not suit me. The shimmering colors that I deposited there formed only an accumulation of false notes.

The feeling that came to me then was close to the one that usually insults me in contact with any cacophony.

However, I have struggled many times trying to fight against this systematic aversion without knowing why.

My wife at the time could tell me that it was « too busy » for her taste, I still persisted to make large multicolored crusts while being certain to be deeply disappointed with the result to come.

At the time I did not realize it as I’m talking about it today obviously.

Plunged into a sort of stupor, fascination, blinded by this one there was nothing to do, I kept stubborn.

It lasted for months, almost a year I think. And then one day something suddenly broke and I had the very clear, obvious perception of this overflow, the same that I put on my canvas and mine.

So I felt the opposite. A complete turn like a lightning and I seized all of a sudden the tube of white and began to erase large sections of the paintings that I had made during this strange period.

I did not preserve the first colored layers that very little. White, its light, gradually invaded all surfaces, and the more I installed vacuum so I liked it more. And extra luck, my wife thought that was cool too.

I realized about thirty paintings in two stages.

First I filled them to the brim and then I emptied them of much of their substance

The exhibition that followed and to which I gave the name « Wanderings » met with great success. There were already travelers with their suitcases, lost in a kind of white fog, sometimes a mist, sometimes a fog, a few points of solidity just within a repeated evanescence.

In the end I could not find a better word to describe this movement that had occurred in me as on the canvases.

The void, the boredom, the absence were often confused and reached a zone of pain at the limits of the intolerable. So I hurried to fill as much as I could and often clumsily what I imagined in the eyes of others to be an absolute deficiency.

In my naivety I made myself another image of « full » that was not me, that could not be me who was only empty.

I often reported on the other the rage to discover this personal emptiness and my anger like my despair was often terrible to realize that the other could not fill anything, being only an imaginary projection of a full idealized.

Yet modern science is discovering more and more qualities to this emptiness which seems to occupy a disproportionate place in the universe.

This gap between each molecule, each atom, it could well be that it is the essential link that keeps between them the pigments that constitute our lives like everything else.

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Il y a de cela plusieurs années mes tableaux ne me convenaient pas. Les couleurs chatoyantes que j’y déposais ne formaient qu’une accumulation de fausses notes .

Le sentiment qui me venait alors se rapprochait de celui qui m’insupporte généralement au contact de toute cacophonie.

Cependant je me suis acharné de nombreuses fois en voulant lutter contre cette aversion systématique sans savoir bien pourquoi.

Mon épouse à l’époque avait beau me dire que c’était  » trop chargé » à son goût, je persistais néanmoins à réaliser de grandes croûtes multicolores tout en étant certain d’être profondément déçu du résultat à venir.

A l’époque j e n’en ai pas pris conscience comme je t’en parle aujourd’hui évidemment.

Plongé dans une sorte de stupeur, de fascination, aveuglé par celle ci il n’y avait rien à faire, je ne cessais de m’obstiner.

Cela dura pendant des mois, presque une année je crois. Et puis un jour quelque chose se brisa soudain et j’eus la perception très nette, évidente de ce trop plein , le même que je posais sur ma toile et le mien.

Alors j’éprouvais tout le contraire. Un virage complet comme une fulgurance et je m’emparai tout à coup du tube de blanc et me mis à effacer ainsi de larges pans des tableaux que j’avais réalisés durant cette étrange période.

Je ne conservais des premières couches colorées que très peu. Le blanc, sa lumière, envahissait peu à peu toutes les surfaces, et plus j’installais du vide ainsi plus cela me plaisait. Et chance supplémentaire, mon épouse trouvait cela chouette aussi.

J’ai ainsi réalisé une trentaine de tableaux en deux temps.

D’abord je les ai rempli à ras bord et ensuite je les ai vidé d’une grande partie de leur substance.

L’exposition qui s’en suivit et à laquelle j’ai donné le nom « Errances » rencontra un franc succès. On y voyait déjà des voyageurs avec leurs valises, perdus dans une sorte de brouillard blanc, tantôt une brume, tantôt un brouillard, quelques points de solidité à peine au sein d’une évanescence répétée.

Dans le fond je ne pouvais pas trouver meilleur mot pour qualifier ce mouvement qui s’était opéré en moi comme sur les toiles.

Même si le prétexte était ces silhouettes sombres rehaussées de fusain et de bribes colorées évoquant l’exil, je m’empêchais à l’époque d’aller plus profondément encore vers la véritable raison d’être de ces tableaux.

Car il s’agissait vraiment d’une errance personnelle que je parvenais ainsi à ressentir à la fois dans la peinture, et dans ma propre vie.

Cette accumulation de couleurs était comme cette accumulation de savoir constituée de bric et de broc, d’opinions tranchées sur ceci ou cela, ces milliers de références, parfois contradictoires sur lesquelles je m’appuyais pour « paraître » en public lors des vernissages , des dîners mondains ou pas.

Dans le fond je m’étais servi du savoir, pour me constituer un personnage proche d’Arlequin, bigarré et cacophonique surtout, et en l’apercevant sur la toile, comme en miroir, je n’ai pas eu d’autre choix que de remettre du calme, du vide, une forme d’ordre et d’harmonie sur celle ci.

C’est à partir de cette réflexion que je me suis de plus en plus rapproché de l’idée de vide qui me hantait tellement. Je me suis aperçu peu à peu combien j’avais dépensé d’énergie durant toute mon existence pour tenter de combler ce vide.

Le vide, l’ennui, l’absence se sont confondus souvent et atteignait une zone de douleur aux limites de l’intolérable. Alors je me dépêchais de remplir comme je le pouvais et souvent maladroitement ce que j’imaginais aux yeux des autres être une carence absolue.

Dans ma naïveté je m’étais fabriqué de l’autre une image de « plein » qui n’était pas moi, qui ne pouvait être moi qui n’était que vide.

J’ai reporté souvent sur l’autre la rage de découvrir ce vide personnel et ma colère comme mon désespoir furent souvent terrible de constater que l’autre ne pouvait combler quoi que ce soit, n’étant qu’une projection imaginaire d’un plein idéalisé.

Pourtant la science moderne découvre de plus en plus de qualités à ce vide qui semble occuper une place démesurée dans l’univers.

Ce vide entre chaque molécule, chaque atome, il se pourrait bien que ce soit lui le liant incontournable qui maintient entre eux les pigments qui constitue nos vies comme tout le reste.

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prof d'arts plastiques, fabriquant de tableaux. @patrickblanchon38550 http://patrickblanchon.com

3 Comment on “The void / Le vide.

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