Égoïsme

Dans cette perpétuelle bagarre que je ne cesse de livrer à l’extérieur de moi pour inventer des personnages qui me conviennent, et ainsi apparaître à mes propres yeux comme « une bonne personne » j’ai longtemps imaginé, qu’être altruiste faisait partie de la panoplie des moyens à mettre en oeuvre pour y parvenir.

J’ai envie de te dire aujourd’hui ma lassitude, ma fatigue des mots d’ordre concernant cet élan vers l’altruisme qui m’a toujours posé des difficultés, dans le sens où j’ai toujours éprouvé cette torsion de l’être qu’il faut sucer pour l’affiner comme un fil afin de l’entraîner à traverser le chas étroit de mon égoïsme naturel.

Si durant ma jeunesse j’ai tenté plusieurs fois de m’intéresser à autrui c’était la plupart du temps pour en retirer quelque chose allant de l’intérêt animal jusqu’à un reflet de sagesse ou de sainteté idiote.

Entre ces deux pôles je ne saurais te dire toutes les étapes alambiquées par lesquelles j’ai cru bon ou nécessaire de passer.

Dans le fond des choses si le monde n’est qu’une projection, une illusion qui me regarde, pourquoi n’en serait-il pas de même pour les êtres qui le peuplent…?

L’un de mes premiers évanouissements majeurs fut la découverte du concept du néant.

En cours d’astronomie, un prof facétieux me demande encore d’imaginer une origine du monde, de l’univers à partir de rien.

De nombreuses fois face à cette idée de vide, de néant, j’ai senti céder toute la solidité du monde et de moi-même en même temps.

Cependant que je tentais désespérément de me raccrocher à une idée toute personnelle du « plein » du « quelque chose  » du « quelqu’un ».

La conclusion au bout de tout ça c’est qu’il y a les deux.

Il y a quelque chose et rien, quelqu’un et personne, et je ne suis en mesure face à ce constat, que choisir d’être soit égoïste soit altruiste, cela n’a pas tant d’importance que ça.

Cela ramène à cette idée de libre arbitre qui me turlupine aussi depuis bien longtemps et qui n’est dans le fond toujours pas réglée vraiment.

Et c’est hier, en voiture, que quelque chose soudain m’a éclairé sur celui ci d’une façon humoristique.

Il y avait des bouchons sur l’autoroute à la hauteur de Saint Etienne et j’avais baissé la vitre pour fumer quand un insecte pénétra dans l’habitacle.

Je n’eus pas le temps de penser à le chasser, que déjà le trafic reprenait son cours normal, je referme la vitre et je roule.

Et là tout à coup j’ai vu toutes ces voitures sur l’autoroute, moi dans la mienne avec cet insecte inconnu à l’intérieur. Comme un immense jeu de poupées gigognes.

J’ai aussi pensé à toutes ces destinations quotidiennes que nous avons imaginées pour nous rassurer en grande partie, d’éviter de penser à la destination finale.

Et là je me suis rappelé que j’allais mourir, que l’insecte dans ma voiture allait mourir surement plus vite que moi, que bon nombre de chauffards me doublant allaient aussi s’évanouir probablement dans le feu et la fumée d’un carnage routier.

Alors j’ai appuyé sur le bouton de la radio et j’ai cherché sur la bande FM un morceau de jazz sympa pour terminer mon trajet.

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