Whisky

Fut une période , pas trop glorieuse, où je buvais une bouteille de whisky par jour, parfois même un peu plus.

Je m’en souviens, cette année là l’hiver arriva d’une façon impromptue, et je dû trouver refuge, une fois de plus tout au bout d’une impasse, dans le 15ème , à coté du grand et beau parc Georges Brassens, je suis revenu à la maison de Lara.

C’était une grande bâtisse avec un vaste jardin qui s’étendait derrière celle-ci le long de la voie ferrée. Je connaissais la combine pour entrer, la clef était toujours sous une pierre près du perron. Cette maison Lara elle-même y était entrée un jour, et avait décidé que ce serait la sienne momentanément, et cela durait depuis un peu plus de 10 ans.

Une fois le propriétaire qui vivait aux états unis avait débarqué, puis avait constaté que la maison était bien entretenue, alors il lui avait simplement proposé de continuer comme ça puis il était reparti et on ne l’avait jamais plus revu.

Le confort y était succinct, un gros poêle à charbon dans la cuisine, permettait de chauffer chichement l’ensemble du bâtiment, les fenêtres laissaient passer l’air, il y avait quelques fuites dans la toiture ce qui prodiguait à l’ensemble un taux d’humidité impressionnant surtout de l’automne au printemps.

J’avais eu déjà tellement de déboires, de naufrages, quand j’y repense que j’ai dû tester ici toutes les saisons.

Lara était absente quelques jours, je l’avais eu au téléphone et cela n’avait guère été plus compliqué que ça de lui demander l’asile encore une fois de plus.

Une fois le poêle chargé à bloc je m’étais fait un café, et j’avais parcouru les couvertures des bouquins de la bibliothèque du salon pour tomber sur un Miller que je n’avais pas lu: Le colosse de Maroussi et étendu confortablement sur le canapé je m’étais plongé dedans jusqu’au soir.

Et puis la soif est arrivée et je me suis dépêché pour trouver une supérette d’ouverte mais finalement j’ai préféré voir du monde et j’ai poussé jusqu’à la Convention un peu plus animée.

C’est dans ce bar que je suis tombé sur la fille blonde complètement bourrée que les gars commençaient méchamment à chahuter. Ce qui me frappa en premier ce furent ses yeux, un regard bleu magnifique d’une candeur extrême combinée avec un je ne sais quoi de folie.

Le reste n’était pas mal non plus, une grande bringue blonde bien charpentée avec tout ce qu’il faut où il faut, genre Marlene Dietrich mais en jean et tee shirt.

Je l’entraînais vers un autre bar après un échange assez bref et elle ne se fie pas prier.

Attends il faut que je fasse pipi lança t’elle tout à coup et derechef elle alla se flanquer entre deux voitures pour passer à l’acte.

Une fois soulagée elle sembla reprendre un peu ses esprit et revenant vers moi elle me toisa. Une mèche blonde d’une légèreté angélique sur un œil quasi turquoise… toutes mes bonnes intentions tremblèrent d’un seul coup.

Et c’était encore une fois un débat intérieur à la con comme j’ai toujours l’habitude d’entretenir. Est-ce que j’allais l’emmener à la maison de Lara pour la sauter ou bien l’accompagner gentiment jusqu’à chez elle pour la mettre en sécurité et une fois ma BA accomplie, repartir la queue entre les jambes comme cette fameuse « belle personne » que j’aurais adoré devenir toujours en vain.

Elle dû lire dans mes pensées et me lança un « tu veux me baiser , ben vas y maintenant sur le capot de cette bagnole aller. » qui me dégoûta car tout de même mon choix préférait porter sur mon coté bon samaritain.

J’essayais de la calmer, en lui parlant gentiment, l’attrapant doucement par le bras en l’incitant à me conduire vers chez elle. Je t’accompagne juste et je me sauve insistais je.

T’es complètement bourrée tu vas pas tenir bien longtemps ai je ajouté.

Mais elle s’était mise en tête que j’étais comme les autres de toutes façons et que mon seul but était de la sauter, on ne peut guère lutter contre ça.

Pour finir ma patience avait atteint ses limites j’ai pensé et je l’ai laissée planté là en plein milieu d’un boulevard .

Et puis j’ai décidé de revenir sur mes pas mécontent de la soirée, en quête d’un arabe ouvert pour acheter quelques bouteilles.

En revenant par les rues un vent frais s’engouffrait sous ma veste mal boutonnée et j’ai hâté le pas en tentant de résoudre mon sentiment de malaise.

Avais je envie de compagnie et aurais je été jusqu’au bout si elle s’était laissée faire ? ou bien avais je eu vraiment envie d’être altruiste pour de bon.

Heureusement en arrivant tout près de l’impasse vers chez Lara, j’ai aperçu la lumière d’une devanture, j’ai cherché la liasse de billets au fond de ma poche et je me suis directement rendu aux rayon des liquides pour faire l’emplette de deux ou trois bouteilles de Ballantines.

Et puis j’ai repensé au colosse de Maroussi, au poèle à charbon, à la bonne odeur et aux bonnes ondes de la maison de Lara alors je suis rentré fissa.

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