Wiraalt 2 bis rue Maison Dieu 1928

On ne l’utilise plus, et ce serait comme si cette disparition, cette absence révélait en creux l’état de notre société actuelle. La présence de la concupiscence emballée de son absence magnifique.

Le glissement d’une société de « loisirs » à une société de « plaisirs », nous l’aurons vécu comme des somnambules.

Et les vieilles traditions sur la nécessité de sevrage enfouies elles aussi avec l’attente, la patience, en même temps qu’une bonne partie de l’artisanat, des métiers « manuels » ainsi que leur noblesse d’antan.

Tout et tout de suite c’est le slogan.

On louche, on lorgne, et tout de suite on veut plus qu’on ne désire. La pulsion n’a même plus le temps de se transformer en désir que nous avons déjà « la chose » l’objet, l’autre.

Mais qu’est ce qui nous presse autant que l’absence de frontières, de limites pour abolir les anciens garde fou, dans la fuite en avant d’en créer inconsciemment de tout neufs .

Dans la pulsion seule que peut-on vraiment construire sinon des châteaux de sable et de cartes qui s’écroulent à la première brise venue, augmentant ainsi et encore la violence, et l’impuissance au final de celle-ci.

Ainsi il existe des liens ténus entre la pulsion et le désordre comme il en existe entre l’amateurisme et le professionnalisme.

On peut sentir l’envie en soi de prendre un pinceau et de lâcher sur la toile un trop vide un trop plein, expulser le désordre en couleurs fauves mais ça ne crée pas pour autant quelque chose de plus grand que la pulsion qui l’a produit.

On s’arrête souvent là à cette étape d’avoir pondu une jolie crotte pour une maman imaginaire consciemment ou pas.

Dans ce désir obscur de plaire, d’être reconnu, d’être désiré plus qu’aimé.

Cette concupiscence logée en nous depuis toujours, nous avons beau tenter de changer son nom, la rendre plus acceptable, plus « moderne », la banaliser tout comme on banalise la guerre et le sexe désormais dans les médias, elle sera encore là longtemps.

N’est ce pas ce qu’elle implore dans le fond cette énergie brute en chacun de nous, en toi comme en moi, non pas d’être écartée à grands coups de mots d’ordre, de slogans, de jets d’eau glacée, mais au contraire d’être reconnue pour ce qu’elle est : la pulsion enfantine, naïve et cruelle qu’on ne sait pas canaliser vers quelque chose de constructif, d’utile, d’ordonné ?

prof d'arts plastiques, fabriquant de tableaux. @patrickblanchon38550 http://patrickblanchon.com

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