Demeurer

Encore un mot désuet, que l’on ne rencontre plus guère que dans les livres. Sa signification évoque le fait de tarder comme de rester et sa racine mora provient du sanskrit et évoque la mer. la mer serait donc liée avec ce qui reste et qui s’attarde en un lieu.

Demeurer évoque aussi la demeure, la maison, le nid dans lequel on s’installe pour élaborer les routines nécessaires à la vie.

Demeurer c’est en quelque sorte devenir l’habitant, pour un temps assez long, d’un lieu, d’une situation et cela pour bon nombre d’entre nous peut s’étendre sur toute une existence

Il y a ceux qui veulent et peuvent demeurer et puis il y a les autres, les exilés, les émigrés, les errants… qui pour une raison quelconque ou précise ne peuvent se résigner à rester là.

Peut-être que ce mot disparu évoque un autre monde disparu lui aussi. Un monde où la solidité des croyances, et aussi une certaine confiance en la réalité permettait de demeurer.

Dans notre obsession de vitesse il ne nous reste plus grand chose pour évoquer l’attente, la station prolongée tant nous sommes devenus excités et mobiles.

Il parait qu’une vaste accélération se produit en ce moment sans doute liée à une hausse des températures générales, que ce soit sur notre planète mais aussi je le pressens dans la galaxie toute entière, et peut être même encore plus globalement.

Nous pensions il y a encore quelques années que l’univers se dilatait et que sa vitesse d’expansion ralentirait à un moment donné. aujourd’hui, nous savons qu’il n’en est rien, et que c’est même le contraire, passé un cap une nouvelle accélération est en train de se produire sans que l’on ne puisse en expliquer vraiment les raisons.

Ainsi, même ce que l’on pouvait encore penser hier immuable, comme un univers qui demeure est devenu caduque.

Dans le fond le mot demeurer ne sert sans doute plus à grand chose sauf à nourrir de vieilles nostalgies ce qui est assez dangereux par les temps qui courent, qui ne s’arrêtent plus de courir.

Avec la prolifération des populismes dans le monde entier, tous ces « imbéciles heureux qui sont nés quelque part » je vois comme une tentative enfantine et vaine de faire la nique au progrès bien sur. Mais que met-on vraiment derrière ce mot de progrès quand on ne tente d’exister que par l’effroi ressenti, par la peur, et par la haine de l’autre ?

Le contraire de demeurer pourrait bien être la panique, qui nous rappelle qu’autrefois existait un dieu spécifique qui avait le pouvoir de provoquer la peur en fabricant du bruit.

J’écoute le bruit du monde et je demeure résolument attaché à un je ne sais quoi ou à un presque rien. Je ne cède plus à la panique comme autrefois.

Je ferme les yeux et j’essaie de pénétrer la vitesse dans ses fondements ontologiques si je puis dire, à la vitesse de la lumière je couche les mots noirs sur la blancheur de l’écran car je comprends que le seul lieu où désormais nous puissions demeurer est double et tient à la fois du vide que l’on confond avec le rien, et quelque chose qui ne se laisse pas définir autrement que par une présence magistrale, un silence majeur, une oeuvre d’art.

Chaque vie est comme une étoile qui passe, qui ne demeure pas vraiment sauf la lumière qu’elle projette vers son au delà. Ce sont ces lumières qui semblent elles demeurer qui ne cessent depuis la nuit des temps de guider les voyageurs, les errants.

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