Se projeter

squash

Petit coup de projecteur sur ce mot ce matin qui tout à coup m’arrive entre deux cafés

. Tu sais, je deviens de plus attentif à ces petites choses qui me traversent et qui n’ont l’air de rien

. Je ne sais pas combien d’informations nous traversent ainsi à chaque instant et que nous délaissons, que la conscience écarte car elle est fixée sur un but comme les prédateurs sur leurs proies. Hypnose des buts et des proies.

La conscience censure une énorme quantité d’informations parce que celles ci ne semblent pas entrer dans la composition des projets qu’elle nourrit inlassablement.

Etant sans beaucoup de projets, ayant aussi un mal de chien à me projeter dans un avenir à court moyen ou long terme il me semble bénéficier d’une sorte de grâce ce matin.

Je vois le nuage d’infos qui m’entoure et qui résonne avec toutes les galaxies qui ne cessent de s’expanser en moi. Je suis à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de cet immense nuage et j’ai comme le pouvoir d’en saisir la moindre information comme un trésor ou un brin d’herbe, c’est égal. chaque information est égale.

Mieux, chaque information par un réseau de connexions secrètes est reliée à toutes les autres. C’est une sorte de système fractal qui permet de constater dans l’un le multiple, dans la diversité la constante.

Avant de rencontrer mon épouse il y a de cela maintenant plus de 10 ans, je n’avais guère de projets. Je vivais au jour le jour avec comme fanal quelques désirs de voyage, quelques rêveries sur l’art, disons des velléités.

Aussi m’aura t’il fallu employer mon temps fort mal en me louant par ci par là pour gagner ma vie comme on dit.

N’ayant pas de projet vraiment défini, j’errais. La substance même de mon existence toute entière était fondée sur cette errance. Errance professionnelle, errance sentimentale, errance philosophique, religieuse. Je m’étais accablé d’errance croyais je car j’avais bien sur le toupet encore de me plaindre. Je n’arrivais pas encore à déceler la chance que la providence m’avait offerte.

Cette errance faisait de moi une sorte d’electron libre s’attachant un temps donné à un atome pour en changer peu à après, explorant ainsi si je puis dire l’existence sur un plan moléculaire.

Et puis j’ai rencontré mon épouse et ma vie a changé. Je ne m’en plains pas.

Les premières fois qu’elle me proposa des projets, ce fut un peu difficile pour moi de les accepter. C’était de toutes petites choses, tu sais ici à Lyon, si tu veux rencontrer les gens, partager un repas, il faut prendre des dates, ouvrir un agenda, se concerter, inscrire noir sur blanc l’événement à venir.

Puis il y eut les projets de voyages. Chaque nouvel an nous décidions de quitter la France pour aller visiter une capitale européenne.On s’y prenait plusieurs mois à l’avance, mon épouse s’occupait du transport, et moi j’avais comme tache de trouver l’hébergement.

Cela nous occupait pendant des mois avant que la date fatidique arrive. Et soudain c’était là c’était le moment de grimper dans le train, dans l’avion, c’était prévu d’avance, on ne pouvait pas manquer ce jour là.

Sauf une fois ou nous ratâmes l’avion pour Berlin en raison d’un pneu crevé que je n’ai pas pu changer rapidement.

D’ailleurs c’est à la suite de cet incident que nous avons cessé de nous projeter comme touristes européens. A la suite d’une crevaison, à la suite d’un retard, d’un avion raté, de l’argent et du temps que nous avions investi dans ce projet qui capota.

Mon épouse n’a pas cessé pour autant de nourrir des projets, de se projeter dans un avenir toujours meilleur bien sur, plus riche, plus tout ce qu’on voudra.

Grâce à sa soif de projet elle a beaucoup écrit de pièces de théâtre, et moi j’ai réalisé pas mal d’exposition. Nous nous étions mis à nous projeter différemment.

Je cherche encore ce qui a pu me gêner auparavant dans le mot projet avant que je ne la rencontre et ne modifie mon regard sur ce mot.

C’est qu’il est encore une fois double

. Il y a le projet et il y a la version pronominale  » se projeter »

Si j’ai parfois établi peu ou prou des projets durant toute mon existence, me projeter m’aura toujours été compliqué.

Non pas parce que j’en suis incapable, mais bien au contraire, c’est que je n’arrête jamais de me projeter. Si tu veux une image, imagine une balle de squash et c’est ce qui doit ressembler le plus à ma façon de me projeter.

Me projeter est mon état naturel, dans toutes les directions en même temps.

Et c’est là que se situe ma veine ou ma déveine selon le point de vue où tu voudras bien te placer.

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