Égrégore

Migrations, Acrylique et pencil sur Procreate Patrick Blanchon 2019

On peut rapprocher le mot égrégore de celui de « forme-pensée » et on pourrait résumer tout ça dans l’incarnation de forces invisibles, d’intentions dirigées vers un objectif particulier dans un groupe, une communauté de personnes.

Dans une certaine mesure l’égrégore n’est-il pas la création d’une réalité partagée par un certain nombre de personnes animées par une même intention, un même désir ou une même crainte.

Le lien avec la physique moderne c’est qu’elle nous enseigne désormais que la réalité provient bien plus du spectateur de celle-ci que d’un état tangible et durable comme nous pouvions encore le penser il y a moins de 50 ans.

Ainsi chacun de nous possède un point de vue sur le réel qui n’est que le notre au début, mais que pour des raisons plus ou moins précises, notamment l’instinct grégaire qui caractérise l’espèce humaine, nous abandonnons au profit du plus grand nombre.

Nous abandonnons notre subjectivité, ce qui nous appartient en temps que regard unique sur le monde pour nous enfoncer peu à peu dans une pseudo objectivité qui à la fois nous rassure, nous identifie, et nous propose l’oubli.

Nous épousons ainsi de façon commune et que nous avons le tort de penser « objectives » un certain nombre de règles, de lois, d’habitudes, sans nous préoccuper outre mesure de savoir si elles sont avérées ou pas. Ce qui compte surtout c’est de se regrouper autour d’une certaine vision des choses, de cette soi disante réalité que cette agrégat propose.

C’est en 1857 que le terme d’égrégore apparaît dans la littérature française et c’est dans « la légende des siècles » que Victor Hugo nous en parle le premier.

La définition du mot s’entoure de magie.

Certains y voient des entités crées de toute pièces par la pensée d’un groupe. A moins que ce ne soit le contraire et qu’un groupe par un hasard quelconque se soumette justement à la volonté d’une de ces entités  » en attente » « en veille » de trouver son public.

D’ailleurs l’étymologie du mot provenant du grec ancien n’évoque t’elle pas la veille, l’attente puis un réveil, quelque chose qui soudain s’éveille au monde ?

On préfère plus communément employer aujourd’hui le terme de paradigme qui sous son aspect scientifique, peut-être plus rassurant, ne propose pas autre chose qu’un point de vue sur la société ou le monde qui nous entoure et qui ressemble tout autant à une croyance que le bon vieux égrégore des magiciens de jadis.

Dans le fond ce qui se joue dans ces deux mots se situe bien entre ce que nous appelons subjectif et objectif. Entre la solitude et le groupe, je pourrais aussi ajouter le local et le mondial désormais.

Il y a un enjeu majeur à reconsidérer ce no man’s land, cet espace un peu obscur et qui n’intéresse que peu de personnes entre subjectivité et objectivité.

Il y a un enjeu majeur à pénétrer de plus en plus consciemment la confusion qui se situe entre moi et le monde.

A vrai dire que sais je du monde qui ne soit pas passé par mes 5 sens ? rien, rien du tout.

Il y a des intersections qui s’effectuent par les règles, les lois, le langage, le travail mais c’est à peu près tout

Et pourtant quelque chose d’étrange est communément partagé de manière instinctive, viscérale, par tous les peuples de la terre toute entière, c’est l’amour.

Nous avons ce besoin d’aimer et d’être aimé comme nous avons besoin de nous nourrir et de nous vêtir.

Mais alors la question que je me pose c’est de savoir si l’amour n’est pas un égrégore, une forme pensée qui remonte à la nuit des temps et qui ne cesse de veiller dans l’attente d’une communauté de personnes pour le nourrir l’entretenir, lui donner corps.

De temps en temps on peut croire qu’il disparaît dans nos vies personnelles comme dans les pays en guerre, et puis pourtant , à chaque fois il renaît de ses cendres tel le phœnix mythologique.

Il me semble que nous ne savons vraiment pas grand chose des forces qui nous entourent, nous vivons dans une confortable ignorance, comme des citoyens qui ne se réveillent pour insulter le gouvernement qu’en période de disette, de crise profonde. Quand le nécessaire est touché seulement. Généralement l’essentiel se situe au niveau de l’estomac.

C’est lorsqu’un peuple a faim qu’il s’éveille , qu’il se soulève, et qu’il invoque la colère, la violence la destruction comme autant de formes pensées qui n’attendent qu’une nouvelle réincarnation pour revivre elles aussi.

On ne peut pourtant pas dissocier l’amour de toutes ces entités. L’amour est aussi une sorte de forme pensée complice de toutes les autres. Et l’intention ou les intentions de ces forces qui semblent parfois si contraires me parait parfaitement coordonnée.

Il se peut que nous soyons au bord de quelque chose d’important mes chers amis, comme à la frontière d’un nouvel égrégore, d’un nouveau paradigme ou la question ne sera plus le choix entre le bien et le mal. Ou la question ne sera plus de trouver un ennemi commun pour parvenir à se fédérer. Mais bien plutôt de réintroduire dans nos habitudes de langage, dans nos raisonnements la toute petite conjonction de coordination « et »

Nous n’avons pas, nous n’avons plus à choisir entre « bien » ou « mal » mais à considérer plus attentivement cette union du bien ET du mal comme on considère le yin et le yang, afin d’arrêter de projeter à l’extérieur de chacun de nous ce qui nous dérange, nous blesse, ou nous émeut.

2 commentaires sur “Égrégore

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