L’être

Assez régulièrement me vient à l’esprit qu’un être que je ne connais pas se dissimule tout au fond de ma confusion habituelle et qu’il n’apparaît qu’à certains moment privilégiés seulement par la trace qu’il m’a laissé de son passage.

Certains tableaux que j’ai pu réaliser me l’indiquent, certains souvenir de relation amoureuse également, certains moment durant lesquels je marche dans les forêts, dans les rues, et puis aussi quand je chantais à la terrasse des cafés parisiens c’était sa voix que j’entendais rebondir dans les regards brillants des clients attablés en l’écoutant.

Ces moments sont brefs et paraissent appartenir à une dimension onirique. Et comme dans les rêves plus je tente de m’en approcher, de tenter d’établir une relation avec cet être, un peu plus durable, plus il semble s’évanouir. Alors j’éprouve tout en même temps une tristesse infinie, une mélancolie profonde, presque un chagrin inconsolable.

Cet être j’ai souvent pensé que c’était l’homme que je désirerais être toujours en vain et que je ne cesse de louper par une succession de coups d’épée dans l’eau. Il suffit que je tente de me l’imaginer pour que je me trompe du tout au tout sur ce qu’il est.

Ce ne sont pas les tentatives qui manquent, entre l’hermite mystique, le chaman solitaire, l’écrivain fiévreux, l’artiste plus ou moins maudit, l’ouvrier à la chaine qui ne veut plus rien entendre de la culture et de l’art pour s’enfoncer dans le fil des jours, je crois que j’ai tenté beaucoup de choses, et au final rien ne m’a jamais satisfait. Cet être rêvé se sera toujours dérobé à toute définition, à toute union.

J’ai pensé à Dieu qui est en chaque chose et j’ai eu honte bien sur.

J’ai pensé aux anges et aux démons, ça ne m’a pas rasséréné non plus.

J’ai pensé à une espèce d’impuissance chronique que je trimbalais depuis toujours, à un amas bien solide de lâchetés aussi.

J’ai voulu regarder cet être au travers du cadre exiguë que proposent le bien et le mal pour tout à chacun d’entre nous. En vain aussi.

Il reste insaisissable comme le désir dans le fond .

C’est sans doute cette qualité qui me procure cet élan vers lui toujours renouvelé, toujours en vain, et qui continue à m’inspirer pourtant à continuer à le chercher.

L’être et le vide se confondent en un même lieu que longtemps j’ai cru désolé. Et donc j’ai suivi la pente de bien des dénuements, de pauvreté afin de m’en rapprocher au plus près aussi.

Maître Eckhart que j’ai lu et relu de nombreuses fois parle de ce dénuement, comme Jankélévitch du « presque rien ».

Il faudrait qu’il ne reste presque plus rien de ce que je crois être de ce que j’ai cru être pour qu’enfin l’être s’introduise enfin.

Combien d’années perdues en quête de ces bêtises ? De nombreuses années, sans doute presque toute ma vie quand j’y repense.

Et tu sais quoi, je vais te dire c’est juste parce que je ne savais pas voir correctement les choses tout bonnement. Je coupais les cheveux en 4, j’espérais quelque chose de fabuleux et de consolateur.

La vérité, la mienne et ça me suffit amplement c’est que l’être est toujours là, et que tout ce qu’on attribue au divin, à la nature, au mystère, nous ne sommes pas suffisamment équipés pour le saisir. Il faut l’accepter une bonne fois pour toutes et vivre ce que nous devons vivre encore une fois. Il suffit d’être comme nous sommes et puis c’est tout.

Les commentaires sont fermés.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :