Trahison

Visage à l’acrylique, peinture d’Andrée une élève.

Comment ne pas parler de l’abandon pour parvenir à évoquer la trahison ? Cela ne me semble pas possible autrement. Car chez moi la trahison, la douleur ou le soulagement qu’elle procure sont indissociables d’une idée de perte.

En abandonnant une ligne de conduite, combien de fois n’ai je eu le sentiment de me trahir et ce faisant peu à peu de perdre l’estime de moi-même.

C’est presque du domaine du surnaturel, on pourrait aller jusqu’à évoquer la possession ou en tous les cas quelque chose de « plus fort que moi » qui se joue de moi en flanquant par terre à chaque fois un personnage que je crois être et que je dois abandonner, trahir par ce que ce n’est pas moi, ce ne peut être moi.

Cette « chose » pensante lovée comme un fœtus, un serpent, semble avoir abandonné à tout jamais l’idée de confiance comme de foi et erre. Et tandis que celle ci erre une seconde que je ne connais pas plus que ça, pénètre dans la mélancolie, le chagrin, la colère, voire la rage comme si cette dernière jouait le rôle d’un vase d’expansion dans une installation de chauffage. D’ailleurs tout cela ne se joue t’il pas en « circuit fermé » ?

Il m’est donc d’autant plus facile d’être généreux, de tout donner à l’encan et ce autant que je le peux dans les périodes d’accalmie sachant très bien que de toutes façons, rien de tout cela ne m’appartient, qu’au moindre changement climatique le sentiment d’abandon et la trahison reviendront et qu’elles détruiront tout sur leur passage.

Alors je redeviendrai mollusque, coquillage, conque ou simple moule, hermétique pendant un temps au bruit du monde.

Ressassant mes pertes comme pour en mieux jouir, me fustigeant de « je n’aurais pas du » ou de « il aurait fallu » pour terminer ma station dans les profondeurs par un « c’était écrit » et « c’est plus fort que moi » comme d’habitude.

J’ignore quelle formidable naïveté est toujours parvenue à temps pour m’extraire de l’inéluctable.

L’enfant en moi est revenu mille fois pour sauver l’homme.

L’enfant mille fois a dû déployer aussi une foi inouïe dans l’homme

L’enfant mille fois s’est déguisé en vieillard pour rendre plus jeune et plein d’espoir l’homme à nouveau.

Au bout du compte je regarde cet enfant et je ne peux plus m’empêcher de constater qu’il est à la source même de tous ces abandons, de toutes les trahisons commises.

Je suis comme un père que les gendarmes viennent soudain trouver pour lui apprendre que son gamin est un voyou de triste zone.

Quel choix alors ? les gendarmes ou l’enfant ?

Qui croire ?

Souvent confronté à ce choix l’homme que j’ai été a préféré fuir plutôt que de trancher.

souvent confronté à ce choix l’homme que j’ai été n’a pas pu tuer vraiment.

Il n’a pas pu tuer la société ni l’enfant sauvage.

Il s’est tué lui-même, à petit feu, de renoncement en renoncement, d’abandon en abandon, de trahison en trahison.

Désormais que j’arrive à la soixantaine je regarde tout cela et je me dis qu’il ne me reste peut-être pas beaucoup de temps à vivre et que c’est bien dommage de parvenir à élucider toutes ces choses peu à peu sans pouvoir en faire grand chose d’autre que les raconter.

Au bout de tous ces abandons, de toutes ces trahisons je cherchais sans doute aussi la liberté sans bien savoir le prix que cela devrait me coûter.

Me revoici malgré tout l’entourage que j’ai pu créer et dans lequel je ne me soucie plus guère d’avoir confiance ou pas , comme dans une sorte de purgatoire que j’ai aussi voulu sans doute et qui n’intéresse personne d’autre que moi.

Mais qui suis je donc vraiment que je ne cesse sans relâche de vouloir trahir qu’à seule fin d’obtenir le pardon et l’amour en lesquels je n’ai jamais cru.

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