Le ridicule

Gargantua-Rabelais

C’est en 1539 que Térence, poète comique latin est traduit en français.

D’origine berbère, né à Carthage vers 190 et mort à Rome en 159 avant J.C, il fut avec Plaute tenu en grande estime pour les six pièces qu’il rédigea et dont la matière de celles ci influença grandement tout le théâtre européen de l’antiquité à nos jours.

Dans une traduction de son oeuvre qui date de 1539 on peut lire  » tous les ditz ne sont que falaces ridiculles » ce qui tu en conviendras reste d’une modernité sidérante.

1539 est une année importante d’ailleurs, c’est l’année durant laquelle un hurluberlu nommé Marcos de Niza croit découvrir au Mexique une des sept fameuses cités de Cibola ( l’actuelle Zuni). Ces fameuses cités soi disant construites toutes en or qui deviendront un des plus grands mythes de cette époque peu après la découverte de l’Amérique en 1492.

On se souviendra de la passion furieuse qui animait les conquistadors hystériques de l’époque : rapporter le plus de richesses possibles, notamment l’or au pied de leur monarchie révérée, ce qui de mon point de vue est déjà fort ridicule en soi, dans le sens où ce mot est utilisé, c’est à dire drôle, comique, qui prête à rire.

C’est également en 1539 que s’établit le procès d’un certain amiral Brion, de son vrai nom Philippe Chabot, favori de François 1er qui lorsqu’on parcoure brièvement l’épopée personnelle semble tout autant ridicule, dans le sens de vain cette fois.

Tant d’efforts durant une vie entière pour acquérir la renommée et si mal la terminer laisse pantois avant d’en rire finalement.

Chabot se rapproche de François 1er encore prince en épousant d’abord sa nièce, puis il obtient le gouvernement du duché de Valois et en 1525 est fait prisonnier avec son mentor à la bataille de Pavie.

Ce qui est alors une chance dont il n’omet pas de profiter en négociant la libération du Roi qui en récompense le nomme Amiral.

C’est alors qu’il aide Jean De Verrazane ( Verrazano) à découvrir la cote est des Amériques jusqu’au Labrador en même temps qu’il accompagne Jacques Cartier découvreur du Canada. C’est en 1534 qu’il participe à la découverte de ce qu’on appellera communément les Terres neuves avec ce dernier.

Cependant la célébrité du bonhomme agace et Montmorency et un autre favori, probablement jaloux, le Cardinal de Lorraine, l’accusent de trafic illicite, puis de malversations commerciales et politiques depuis 1531 avec le roi du Portugal.

C’est la chute.En 1541 il sera destitué de sa charge d’amiral et devra payer une énorme amende qui le ruinera définitivement.

Après deux années de détention il sera finalement gracié mais trop tard, le mal aura été fait, et il mourra d’une maladie de langueur comme on disait pudiquement à l’époque de n’avoir pu se remettre de la honte, de la déchéance qu’il avait du traverser.

Sans aucun doute cette année 1539 aura t’elle comme toutes les autres suffisamment amassé d’épisodes, d’anecdotes, toutes aussi ridicules les unes que les autres pour que le poète comique latin Térence soit traduit soudain en Français par un éditeur éclairé ou foncièrement agacé par l’abolition des confréries professionnelles suite à la grève des imprimeurs de Paris et Lyon.

Cette grève fut déclenchée par l’ordonnance de Villers Cotterets le 15 août de cette même année qui stipule alors que tous les actes de justice doivent être rédigés en français et plus en latin comme c’était la coutume et instaure simultanément le terme « d’état civil ».

C’est durant la même époque que François Rabelais viendra au monde et écrira ces ouvrages merveilleux et ce n’est sans doute pas un hasard quand il découvre peu à peu tout ce qui se joue dans l’humanité de son époque comme matière à la fois horrifique et drölatique.

Je trouvais étonnant, que le mot ridicule, écrit d’ailleurs avec deux L s’envole devant mon nez en même temps que les mots « conquistador » « exploration », « découvertes » tout cela au même moment, « en même temps » aux alentours finalement d’un autre Renaissance.

Sans doute parce que le ridicule, comme la maladresse ont encore beaucoup à nous apprendre si nous en dépassons les frontières habituelles, qui sont le rire et la moquerie.

Evidemment je ne sais absolument pas pourquoi je te parle de ce mot aujourd’hui dimanche, en 2019, et ce n’est surtout pas à moi d’en tirer la moindre conclusion.

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