Edward Hopper est un peintre figuratif mais pas réaliste. Dans le tableau « Gas » qui date de 1940 il nous propose de regarder une station service. C’est déjà un sujet atypique, mais un certain nombre d’indices en prenant le temps d’observer les choses nous indique combien Hopper est un peintre de grand talent.
Le titre tout d’abord  » Gas » n’évoque t’il pas en raccourci ce qui est inscrit sur la pancarte « mobilegas »… ?

On peut penser à Pégase qui de son sabot faisait jaillir la fontaine à laquelle viennent s’abreuver les muses.

Mobile évoque autre chose que la marque des vendeurs d’essence.

Mobile évoque un moment où l’image est restituée bien en amont ou au delà d’un climax habituel sujet de nombreux tableaux figuratifs.

Ce qu’Hopper propose c’est un événement qui a toutes les apparences de l’insignifiant, de l’anecdotique comme une photographie prise trop tôt ou trop tard.

Et ce faisant il s’attaque directement à la narration habituelle de la peinture.

Son inspiration il la puise justement dans cet « entre deux » et la restitue sur la toile à la façon des plus grand maîtres ce qui parfois ne manque pas d’une certaine ironie.

Ainsi Edward Hopper est un rebelle qui sait jouer de la rébellion en gentleman, c’est à dire qu’il ne l’affiche pas.

Entre Hitchcock, Freud et Hopper un point commun qui se résume en français par le terme « d’inquiétante étrangeté »- Das Unheimliche en allemand.

La notion de suspens permet alors de présenter dans un tel cadre des événements, des images, une maison que l’on pourrait imaginer hantée.

Evidemment en dehors de ce cadre ce ne serait qu’une maison comme toutes les autres.

S’il n’y avait pas de suspens, on s’impatienterait à voir sur un écran de cinéma un homme regardant à la fenêtre, et il se pourrait que je quitte la salle. Mais la promesse du meurtre, de l’élucidation de celui ci nous fait rester grâce au génie D’Hitchock qui sait construire patiemment par touches successives le cheminement vers le climax. Ces touches sont souvent de petits détails, des presque rien, comme des décalages parfois avec la familiarité que nous entretenons avec le réel. Ainsi quand le crime advient nous voici prêts à être cueillis par cette émotion savamment construite.
Et cela me fait encore penser bien sur à la peinture. Il y a deux sortes de peintres, ceux qui racontent en se contentant de la retranscrire plus ou moins médiocrement la réalité, et puis il y a ceux qui nous la font sentir.

Edward Hopper était un homme extrêmement méticuleux qui élaborait de nombreuses esquisses avant de réaliser chaque tableau.

Dans celui ci  » La nuit au bureau » On voit une secrétaire et son patron dans une pièce.

La version définitive choisie par Hopper est celle ou la secrétaire regarde le patron alors que dans ses esquisses on peut voir que c’était l’inverse.

il y a ainsi une sorte de va et vient-quand on remonte la piste du travail – des deux visages qui ressemble un peu à ces petits cahiers d’enfants ou l’on tourne les pages à toute vitesse pour voir les dessins s’animer.

C’est encore une fois une scène d’apparence anecdotique, une scène de la vie de tous les jours. Mais le traitement de cette peinture rappelle l’admiration d’Edward Hopper pour la peinture flamande, ses lumières merveilleuses qu’il s’ingénie à déposer quant à lui sur le trivial, l’insignifiant, la banalité que nous ne désirons pas regarder et qui constitue pourtant l’essentiel de notre existence.

prof d'arts plastiques, fabriquant de tableaux. @patrickblanchon38550 http://patrickblanchon.com

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