L’abord du plaisir s’il paraît désormais aisé, sous l’angle du consommateur qui peut s’offrir tant d’agréments aussi rapides qu’éphémères, cet abord demande à se munir d’autant plus de précautions qu’il semble facile.

Car le ressort de la consommation elle même ne fonctionne que sur cette habitude à retrouver le goût familier du plaisir de pouvoir consommer. La facilité est d’ailleurs par publicité interposée le message essentiel distillé.

Comme il est facile désormais de pénétrer dans un supermarché et de remplir son caddy de denrées pas seulement pour se nourrir mais plutôt pour jouir du plaisir de dépenser son argent.

Cette facilité et ce plaisir très bien compris par les grandes enseignes qui de surcroît proposent à leurs clientèle les fameuses cartes de « fidélité » ainsi que les prêts , les services, les avantages associés à celles ci.

La tentation est grande et c’est forcément pensé, voulu, calculé.

C’est qu’il n’est pas naturel de ne pas céder au plaisir comme à la facilité surtout.

Et c’est bien sur cette faille magistrale de l’esprit humain que s’est bâtie notre société de la consommation et du gaspillage comme sur cette propension à ne toujours rechercher que le plaisir de consommer d’avantage.

Aujourd’hui nous tentons d’avaler que le mot « davantage » n’est plus tant à la mode que les termes de « consommer mieux », « consommer utile », « consommer responsable »… et un nouveau business se construit autour de ces termes nouveaux que l’on retrouve dans toutes les publicités désormais comme si le terme de consommer davantage, devenu obscène révélait trop la notion de plaisir et qu’on tentait de la rendre plus soluble dans les propositions d’utilité, d’amélioration, d’élégance, que la responsabilité lui conférerait de nos jours.

Mais est ce cela le plaisir ? ou n’est ce pas une sorte de joug sous lequel une société moribonde se maintient dans l’illusion d’une quête de plaisirs hebdomadaires qui, à la fin devient une corvée, une nécessité, un réflexe, une habitude ?

Ce n’est pas parce qu’on a aimé manger une fois du chocolat, qu’on a éprouvé du plaisir à en goûter la saveur que l’on va retrouver ce plaisir intact le prochaine fois.

On ne retrouvera que le souvenir d’un plaisir et l’on y croira parce que c’est tout simplement plus facile de croire que de sentir, d’éprouver la véritable saveur des choses et qui dans le fond, probablement n’est jamais tout à fait la même car nous ne sommes jamais tout à fait les mêmes non plus.

Le plaisir à chaque fois que nous le rencontrons pour la première fois nous ouvre les portes d’un territoire nouveau, un territoire inconnu et qui déjà à peine celles ci refermées nous propulsent dans une nostalgie.

C’est aussi de la nostalgie que l’habitude d’acheter les mêmes produits- ceux qui nous ont fait plaisir- prend sa source.

Nostalgie que cette volonté de mettre en place un monde nouveau basé sur de très vieilles croyances. Hitler aura été l’instrument de cette nostalgie du plaisir quand il est animé par cette volonté de séparer le bon grain de l’ivraie, de liquider le juif pour faire place à l’aryen.

Hitler croyait-il retrouver cet age d’or où le plaisir régnerait en maître incontesté et incontestable. Cet Hitler qui est en chacun de nous dans le fond quand nous cèdons à la nostalgie de retrouver des plaisirs révolus.

Du plaisir et de la lascivité qui l’accompagne le vieil Aède nous le rappelle, il faut se méfier.

Il nous raconte l’histoire d’ Ulysse qui dans les bras de la belle Circé succombe puis se reprend très vite pour ne pas finir comme ses camarades de galère, transformé en pourceaux.

De nombreuses religions nous appellent à nous méfier du plaisir de la même façon qu’elles exhibent des images effrayantes ou merveilleuses sur l’enfer et le paradis.

C’est que l’éducation des peuples dont la religion a longtemps tenu les rennes se base sur le plus grand nombre et qu’elles a compris que le plus grand nombre est toujours faible et paresseux d’esprit.

Aujourd’hui la religion est remplacée par les média et les supermarchés et ce sont les mêmes stratagèmes que l’on nous sert sur le plaisir en ajoutant sur tous les emballages le fameux  » A consommer avec modération ».

Quel serait un plaisir véritable dans ce cas ?

car il existe forcément comme ces idées selon Platon qui papillonnent au dessus de nos têtes et que nous pouvons attraper fortuitement de temps à autre hélas à seule fin de les dénaturer avec obstination ?

Quel serait le plaisir sinon un plaisir qui aurait tout pouvoir d’abolir le temps et l’habitude, qui nous ouvrirait le champs inédit de l’intemporel comme de l’éternité et ce faisant nous abolirait en même temps dans un coït, un orgasme magistral et unique.

Sans doute n’est ce la que pur fantasme dans les conditions actuelles. Mais est ce la peine de se désespérer pour autant ?

Je me souviens encore d’un temps où l’attente elle même était encore constitutive du plaisir,.

Il se peut même qu’elle en fut l’essence même car une fois le plaisir obtenu nous nous retrouvions aussitôt plongés dans une nouvelle attente d’un nouveau plaisir à venir et qu’à chaque fois nous espérions inédit.

2 réflexions sur “Le plaisir

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