Magritte, « la trahison des images »

L’étymologie du mot révèle qu’il s’agit de s’arrêter, de ne pas faire un pas de plus afin de se tenir face à quelque chose, et de lui tenir tête.

Comme tous les mots, comme la langue toute entière le mot résistance ne fait pas cas d’une chose réelle. Il permet simplement d’aller chercher dans notre mémoire quelque chose de connu qui rassurerait celui ou celle qui l’utilise.

La résistance ainsi permettrait comme beaucoup d’autres mots sinon tous de résister à l’inconnu.

Ne pouvant jamais sortir de la pensée, des mots, du langage, nous traversons ainsi l’existence enveloppés dans ce véhicule que ne cesse d’inscrire la mémoire face à la vie.

Chaque événement n’étant interprété que par la résistance à le considérer vraiment neuf, inédit, cette résistance nous incite donc à nous arrêter, à ne surtout pas franchir la frontière de l’impensable, de l’inconnaissable, tout autant que l’animalité que nous attribuons à cette absence -imaginaire- de pensée et de connaissance.

Quand Magritte inscrit sur son tableau  » ceci n’est pas une pipe ». Il utilise le langage qu’il confronte à une image paradoxale pour tenter de nous sensibiliser à cette lutte que nous ne cessons jamais d’entretenir entre le connu et l’inconnu.

On voit sur la surface plane de la toile des lignes et des couleurs arrangés de telle façon qu’on puisse aussitôt comprendre qu’il s’agit d’une pipe. Puis on tombe sur la phrase qui contredit ce que nous avions pensé. Cela crée une sensation qui varie pour chacun de l’humour à l’effroi.

Est ce que Magritte en peignant ce tableau effectue un acte de  » résistance » ? Son but est-t’il de faire rire ou de faire réfléchir le spectateur et sur quoi ?

Est ce sur la peinture ? Est-ce sur le langage en général ? Est-ce sur nous même finalement confrontés à cette surface plane animée par des couleurs et des lignes que nous avons l’habitude d’appeler « réalité » révélant ainsi l’ambiguïté de toute interprétation ?

Nous connaissons tous ce tableau et son titre habituel, « ceci n’est pas une pipe ». Mais il porte un autre nom avant d’être devenu célèbre « connu ». Son titre original est « La trahison des images ».

Nous gardons en mémoire une époque qui se situe entre le XIII et le IX ème siècle et durant laquelle la notion d’image notamment religieuse, fut poussée à un paroxysme de la résistance. Quand l’iconoclaste incite à la destruction des images quel est sont but profond sinon s’arrêter et tenir tête face à une forme de vénération qui ne s’attache plus qu’à l’emballage du divin plutôt qu’au divin lui-même.

Si l’on change le terme de « divin » par le mot « réalité » nous comprenons que rien n’a véritablement changé en ce qui concerne nos résistances à ne surtout pas pénétrer ni dans l’un ni dans l’autre. La seule chose que nous ne cessons de pénétrer c’est le connu, le trivial, le vulgaire par peur de ne plus nous reconnaître en abandonnant nos résistances.

Depuis toujours pourtant c’est toujours de la même lutte dont il s’agit qu’elle se présente sous la forme d’une guerre des images, d’une guerre des mots ce que l’on retiendra c’est que la guerre, le conflit ne cesse jamais en nous comme à l’extérieur de nous.

Il se pourrait également d’un nouveau type de résistant advienne désormais, une sorte de résistant magnifique et dont l’ambition serait de ne plus opposer de résistance du tout à toutes les anciennes résistances.

Ce ne serait pas malgré tout une nouveauté. Il existe toute une littérature sur ces sages, ces ermites, ces saints qui auront poussé la résistance à sa limite ultime, contre toute résistance.

Car en fin de compte qu’est ce qui pousserait qui que ce soit à résister à la résistance sinon une intention d’imaginer une autre réalité, de se fondre en celle ci sans l’entremise de la pensée ce qui est voué à l’échec depuis ce postulat même.

On ne peut traverser la frontière dans le but de revenir pour en parler, pour écrire sur cette expérience. Une fois que toute résistance est tombée, s’est évanouie, nul ne sait ce qui advient.

Dans le fond entre le connu et l’inconnu, entre la mémoire et la nouveauté, entre la vie et la mort que nous ne cessons d’opposer l’un l’autre ( comme pour jouir où nous lamenter de notre propension au choix) , ne nous est révélé qu’un fonctionnement binaire dans lequel nous tentons de nuancer plus ou moins adroitement notre impuissance, la somme de toutes nos résistances à le dépasser.

prof d'arts plastiques, fabriquant de tableaux. @patrickblanchon38550 http://patrickblanchon.com

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