fusain Ebauche de visage Patrick Blanchon 2019
Léo Ferré » Mélancolie »

J’ai mis du temps, des dizaines d’années à poser un mot sur le vide extraordinaire qui me constitue.Cette mélancolie à laquelle comme deux naufragés elle et moi nous nous sommes accrochés désespérément parce que toute idée de plein, de satiété nous la trouvions menaçante, dangereuse, mortelle en quelque sorte.

La mélancolie m’a ouvert des horizons insoupçonnés par la plupart des personnes que j’ai croisées.

La mélancolie n’est pas faite pour entretenir les amitiés, la mélancolie détruit autant qu’elle renforce toujours le même reflet dans le même miroir en filtrant la vie toute entière, le monde par son filtre, ses lunettes noires de soleil.

La mélancolie de loin semble, je l’imagine pour ce que l’on m’en rapporte régulièrement, comme une île que nul ne peut atteindre comme nul ne peut atteindre le cœur de l’autre vraiment, on s’effleure à peine sur un ou deux points de contact puis on revient à la solitude essentielle.

La mélancolie est un jugement et il arrive même que ce jugement soit médical ce qui en général me fait sourire intérieurement quand ça ne me révolte pas tout bonnement.

Cette obsession du classement toujours, de la catégorie et de la boite pour échapper à l’indicible, au je ne sais quoi au presque rien seul langage du mélancolique dans le fond des choses.

La mélancolie j’ai longtemps cru qu’elle me venait par la mère, par la femme comme une impossible ouverture comme un accouchement qui n’en finit jamais, comme un sein, une hanche, une joue qui ne cesse de se dérober sous la main au fur et à mesure qu’on les caresse.

La mélancolie n’est pas une tare non plus, elle peut rendre idiot si l’on ne considère que son versant noir et luisant comme une pente savonneuse. Elle m’a emporté vers des coïts cérébraux merveilleux et sans elle que saurais je de l’humour, après avoir traversé les terres arides de l’ironie.

La mélancolie fut un chemin sur lequel j’ai voulu rester parce que c’était mon lot, mes cartes et j’ai fait avec elle ce que j’ai pu comme j’ai pu. Comme font les vieux couples qui s’aiment jusqu’au bout quoiqu’il puisse advenir plutôt que de se retrouver seul.

prof d'arts plastiques, fabriquant de tableaux. @patrickblanchon38550 http://patrickblanchon.com

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

%d blogueurs aiment cette page :