Renault Fuego années 80

Il devait être au alentour de 19h quand j’arrivais enfin chez Richard. J’avais mis un temps fou à garer la Fuego neuve que le patron de la concession m’avait refiler pour faire la retape dans les cités où je bossais.

L’odeur de bourguignon flottant dans le couloir m’étreignit le cœur d’un coup ce vieux pédé savait y faire pas de doute. On allait manger la France et puis il m’avait annoncé une surprise. Je m’en souvenais soudain et aussitôt basculais en mode vigilance extrême.

Après le lèchage de poire habituel, il me fit traverser le salon encombré de bouquins et de vieilleries par un étroit sentier qui disparaissait sous la poussière de temps à autre pour parvenir à la salle à manger où je la vis assise bien droite sur sa chaise. Une blonde minuscule tirée à 4 épingles qui me toisa gentiment de son regard vert pâle.

C’était une sorte de coup monté évidemment, et quelque part une baise par procuration aussi car à part me demander de lui couper les ongles des pieds de temps en temps, nous n’avions jamais eu de véritables contacts physiques.

J’avais toujours écarté de ma pensée le fait qu’il soit homosexuel. Pour moi c’était mon ami, un vieux qui avait survécu à une existence chaotique et qui la finissait comme il pouvait dans un appart crasseux prêté par la Ville.

On s’était rencontré il y a de ça quelques années, quand j’étais chanteur de rue et un peu étudiant. Il m’avait révélé en quelques mots toute l’étendue de mon ignorance ce qui évidemment m’avait beaucoup séduit.

J’avais débouché la bouteille de Payse en saluant Elsa dont je venais d’apprendre le nom.

Ce n’était pas la première fois que je la voyais cependant, Richard m’avait invité quelques jours auparavant dans le restaurant où elle travaillait en temps que gérante.

Nous passâmes une soirée agréable puis Richard nous appris qu’il était fatigué, et nous proposa de prendre congé.

Nous nous retrouvâmes en bas dans la rue d’un seul coup et comme elle habitait du coté de Picpus j’en profitais pour lui proposer de la ramener avec la Fuego, qui fit évidemment forte impression.

Quand elle retira ses chaussures elle perdit encore 10 centimètres et pour que le malaise ne dure le moins possible on alla se vautrer rapidement sur le lit géant qui remplissait presque la totalité d’une petite chambre.

La relation dura quelques temps. Elle toujours tiré à 4 épingles moi en costard cravate au volant de ma Fuego rutilante. On ressemblait à une pub de la téloche, et en ce temps là j’avoue que je cherchais toujours à ressembler à quelque chose plutôt qu’à rien. J’étais insouciant dans le fond, déjà mort depuis longtemps en empruntant tous ces ascenseurs et ces escaliers à vendre des bagnoles que personne ne pouvait se payer.

Je crois que le cliché me sauta d’un coup en plein visage peu de temps après et m’ouvrit l’esprit par les minces regrets que j’éprouvais en la larguant de but en blanc.

J’avais 20 ans à peine, quand je me réveillais tout à coup en costard cravate au volant d’une Fuego en ayant l’air de quelqu’un que je n’étais pas, que je ne serai jamais.

prof d'arts plastiques, fabriquant de tableaux. @patrickblanchon38550 http://patrickblanchon.com

One Comment on “L'insouciance

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