C’est tardivement que je me suis intéressé vraiment au sens des mots, tant je n’arrivais pas à extraire mon discernement de la musique harmonieuse ou dissonante et des voix qui les prononçaient. Et si je me suis intéressé à la musique c’est bien plus par son étrangeté, ses propriétés plastiques et la forme que prenait mon émotion surprise par celle-ci qui m’attiraient vers elle.

Je ne peux pas dire que je sois vraiment un mélomane. Mon apprentissage de la musique pour ce que j’en garde comme souvenir fut rébarbatif et les cours de solfège que l’on m’a obligé à subir dans les divers degrés de mon éducation scolaire n’ont pas franchement amélioré mes capacités de musicien.

J’ai eu un mal de chien à l’adolescence à étudier la guitare et c’est à l’oreille finalement que j’ai finit par apprendre quelques morceaux, à l’oreille et par cœur à la façon des poésies que je ne cessais de réciter pour les faire pénétrer dans ma mémoire par le son plus que par le sens.

Mon père qui ne devait guère être plus mélomane que ça acheta un jour un énorme appareil enregistreur à bandes de marque allemande, gage de qualité. Je ne sais comment il avait pu enregistrer ainsi à la queue leu leu une grande quantité de morceaux de musique classique, et aussi de jazz.

Le week-end quand il était à peu près de bonne humeur, il appuyait sur un bouton de l’appareil et durant toute la journée celui ci débitait pèle mêle tous les morceaux enregistrés sans que nous n’ayons la moindre information quant au titre ni à l’auteur de chacun de ces morceaux.

Il s’ensuivit que j’ai longtemps considéré la musique comme une sorte de chaos insensé soutenu cependant par de longs instants d’harmonie. L’insensé et l’harmonie mélangés ainsi en tâche de fond ressemble d’ailleurs en tous points au couple que forment mes parents à cette époque.

Les querelles pour un oui ou pour un non ne cessent jamais. Mais en même temps ils restent soudés irrémédiablement tout à fait comme ces énormes rondelles que je vois tourner en sens inverse l’une de l’autre sur l’appareil qui diffuse inlassablement sa musique.

Il n’y a pas de sens à la musique voici quelque chose de convenu de bonne heure. et puis il y a plusieurs façons de l’écouter. On peut écouter de la musique sans y prêter attention vraiment et alors elle sert à remplir le silence de la maison. Ou alors on peut s’asseoir avec l’intention de l’écouter vraiment ce qui est plus rare parce qu’il faut prendre le temps de le faire.

Ce temps qu’il faut s’accorder pour écouter ce ne fut jamais devant l’appareil de mon père que je le pris.

C’est en allant me perdre dans la foret ou au bord de la rivière ou encore dans les champs. C’est là que j’ai commencé vraiment à écouter la musique je crois, une musique qui pour moi avait des propriétés hautement apaisantes et sensées en même temps.

Durant l’adolescence le rock and roll ne m’inspirait pas du tout et je comprenais par dessus tout qu’il était une sorte de lieu de ralliement pour mes camarades. Ce n’était pas bien vu de ne pas connaître le nom des groupes et les noms des musiciens qui les composaient. Cela vous propulsais d’office à l’écart et personne ne voulait ça.

J’avais donc retenu quelques noms pour faire partie de la communauté mais sans grande conviction. Et puis un beau matin j’ai préféré lâcher tout ça , cette comédie, et m’enfuir à nouveau dans la campagne et l’introspection que ma solitude au contact de celle ci me proposait.

Je n’ai jamais eu de collection de disques, jamais je ne suis allé à un concert par désir personnel, je ne suis rentré que très rarement dans « une boite de nuit » pas plus qu’à l’opéra. tout lieu de rassemblement autour de la musique me semble à la fois suspect et merveilleux, un sanctuaire et un enfer sans doute parce que j’y découvre une anomalie de taille : l’harmonie profonde des sons s’oppose à la disharmonie que je sens planer sur le groupe de personnes qui peut m’entourer à cet instant là.

J’ai beau me dire que cette dissonance ne peut se trouver en dehors de la musique qu’elle est même un des fondements de celle ci, cela ne me permet toujours pas d’entrer dans LA MUSIQUE autrement que tout seul.

Il y a de nombreux rapports entre ma façon de considérer la musique et ma façon de considérer la peinture. je fuis toutes les chapelles, tous les lieux de rassemblement autour de la peinture de la même façon que je le fais avec la musique parce que j’imagine que mon approche de ces deux expressions du monde ne peut correctement s’effectuer en moi que d’une façon intime afin d’éluder toutes les difficultés qu’apportent le partage d’opinion.

Cela me permet de pénétrer quelque chose qui sans doute n’a rien à voir à proprement parler avec la musique ni la peinture finalement mais bien plutôt un silence et une obscurité, une nuit dans laquelle je me retrouve enfin, dans un dénuement proche d’un dénouement et libre.

Je crois que la peinture m’a beaucoup aidé pour donner du sens- cette obsession du sens toujours- à la musique. Le chaos que je ne cesse de poser sur mes toiles pour démarrer un tableau est une sorte de postulat dans lequel je trouve le monde à mes débuts et ainsi l’avancée progressive de chaque tableau devient il l’enjeu d’une harmonie à résoudre.

C’est en ce sens ou je ne me considère même plus vraiment comme peintre parce que j’utilise la peinture comme un moyen et non une fin en soi.

Peut-être que contre toute attente je sois une sorte de musicien d’un genre particulier, ou rien du tout dans le fond , juste une musique, une mélodie comme le vent dans les feuilles ou de l’eau qui coule ce n’est pas bien grave.

prof d'arts plastiques, fabriquant de tableaux. @patrickblanchon38550 http://patrickblanchon.com

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