Oscar

Il s’appelle Oscar c’est un squelette qui traîne dans l’atelier. tous les squelettes ne s’appellent t’ils pas Oscar, et moi c’est Patrick au fait.

Je ne l’avais vraiment considéré autrement qu’un meuble ce vieil Oscar toute déférence gardée envers l’oubli de la fin. Je le trouvais même décoratif.

A coté de la collection oppressante de masques africains affichés comme des trophées de chasse il était presque guilleret.

Je ne sais plus l’heure exacte où elle arriva mais je me souviens très bien de son empressement à me toucher comme un bibelot qu’on veut dépoussiérer d’urgence et de l’intrusion de la langue dans ma bouche.

Tout était de ma faute encore une fois, cette propension maladive à vouloir me mêler de tout, à vouloir aimer tout le monde sans condition. Ce personnage que je m’étais crée d’altruiste formidable devait surement me servir à quelque chose, au minimum à ne pas vouloir regarder en face le pauvre type que je suis.

Elle était aussi sensible que les pétales d’une sensitive, aussi elle senti tout de suite que quelque chose clochait chez moi. Elle s’écarta un peu, sembla reprendre ses esprits comme on dit, et tout de suite après elle me demanda où j’en étais dans le boulot qu’elle m’avait confié.

J’avais fait mon possible et même surement mieux, et allais chercher dans la cuisine le paquet de tirages qui avait eu le temps de sécher durant la veille et en lui tendant j’allumais une cigarette. Je ne me sentais plus tellement d’équerre.

Evidemment elle se vengea. Les tirages noir et blanc que je trouvais magnifiques, elle les descendit en flamme, ce n’était pas assez ceci ou bien trop cela. C’était de bon ton après l’humiliation qu’elle venait de subir. Elle avait du fantasmer la rencontre depuis des heures, et ça ne s’était surement pas amélioré depuis qu’elle avait du traverser toute la ville au volant de sa Twingo pour venir me retrouver.

Cependant que je me demandais toujours si elle était vraiment amoureuse ou si elle fantasmait l’amour comme c’est souvent le cas avec les personnes qui vivent désespérées trop longtemps.

Encore un truc dans lequel je n’aurais pas du m’attarder. J’aurais simplement accepté les choses comme elles étaient je n’en serais pas arrivé à cette somme de ridicule vers laquelle ce malentendu nous aura conduit.

En fait il aurait suffit que je la baise sauvagement sur le plan de travail de l’atelier, nous aurions eut notre dose et il n’y aurait pas eu matière à en faire tout un plat.

Mais non, ça ne suffisait pas, ça ne suffit jamais dans le fond. Nous n’arrivons jamais vraiment à être des animaux, il faut qu’on tartine tout ça avec du gras, de l’onctueux et du noble. Il faut que le coeur, les sentiments valident tout ça n’est-ce pas ?

Elle avait prévu de passer la journée avec moi, elle s’en était fait une joie je crois bien. Aussi le dépit sexuel dans lequel je nous avais bêtement fourré tous les deux gâta t’il la journée.

Je crois que nous allâmes au cinéma un peu plus tard et comme d’habitude dans ce genre de situation, je m’étais mis à ronfler devant ce morceau de plastique sur lequel bougent des personnages imaginaires qui nous racontent des histoires à dormir debout.

Ça n’arrangea pas vraiment les choses.

Quand elle me dit en me quittant, je reviens demain j’espère que ça ira mieux. Je n’ai pas voulu comprendre de quoi elle parlait, était ce des tirages photographiques, de ma propension à botter en touche sexuellement, ou bien de mon gout pour la sieste qui me tombe dessus régulièrement et de façon intempestive.

Le lendemain de bonne heure elle était là.

Quand j’ouvre la porte de l’atelier et que je la vois elle est magnifique, toute pomponnée, maquillée, sa tenue est provocante évidemment et au bout de ses bras j’aperçois tout un équipement de gamelles , de pieds téléscopiques , de borgnolle noir plié.

Le tout dans de grands sacs et en bandoulière l’appareil photographique dernier cri qu’elle vient de s’offrir.

« Tu veux bien être mignon et aller chercher des trucs chez le traiteur pour déjeuner je n’ai rien prévu, le temps que je m’installe, j’ai une idée de photo à travailler. »

J’obtempère silencieusement. Il fait un temps radieux, nous sommes au commencement de l’automne et le petit vent frais qui balaie les rues du quartier de Clignancourt ce matin me fait un bien fou.

Lorsque je reviens un peu plus tard, tout est en place pour m’accueillir et je le comprends parfaitement.

Elle est vêtue de tulle, de gaz, de dentelles qui dévoile impudiquement, outrancièrement son corps magnifique aux endroits stratégique. Allongée sur le petit sofa elle s’est emparée d’Oscar, qu’elle a désarticulé de manière obscène afin qu’il la chevauche.

Les « balkars » crépitent à mon arrivée comme une sorte de feu d’artifice ultime sonnant la fin des haricots.

prof d'arts plastiques, fabriquant de tableaux. @patrickblanchon38550 http://patrickblanchon.com

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