Etude de Picasso sur les Ménines de Velasquez

Il y a pour beaucoup de critiques face aux « Demoiselles d’Avignon » de Picasso, une facilité à déconsidérer l’Oeuvre tandis qu’un faible nombre s’en enthousiasme.

Levis Strauss qui n’est pas spécialisé dans la critique de la peinture se demandera tout haut ce qu’apporte Picasso au monde , et il ‘en conclura pas grand chose à part une forme de masturbation sur la peinture elle-même. Evidemment il ne parla pas aussi crûment d’onanisme, je le cite de mémoire et embelli son propos de ma petite touche personnelle.

C’est vrai que Picasso n’est pas abordable pour le grand public. On le moque souvent, on se sert de son nom quand on veut nommer un peintre qui fait « n’importe quoi » ou presque.

C’est que Picasso ne s’adresse pas au monde quand il peint, il ne s’adresse pas au grand public. Il s’adresse surtout à ses pairs, et ceux-ci on souvent disparus car ils appartiennent déjà à l’histoire de l’art.

En cela il revisite de nombreux chef d’œuvres de la « grande peinture » notamment la peinture Française et ce qui l’attire souvent ce sont des peintres issus de la ruralité comme les frères Le Nain par exemple. Les trois frères peignent avec maladresse dit Picasso et ce sont ces maladresses qui l’intéressent justement. Il va les traquer jusqu’à en recueillir comme une sorte de code qui va lui permettre de recomposer ainsi de nouvelles œuvres tirés de ces modèles du XVIIème siècle.

Il en fera de même avec de nombreux peintres disparus, pour ne citer que Le Gréco dont il s’inspirera de la palette de couleurs pour réaliser sa « période bleue » et l’on se souviendra d’un des plus marquants bien sur son compatriote Vélasquez dont il va reproduire à l’infini ou presque les Menines.

Les Menines c’est le chef d’oeuvre absolu de la peinture avec toute l’ambiguïté sur le regard qu’il contient. Une mise en abîme formidable entre le tableau, son contenu, le peintre et le spectateur qui pour ainsi dire est l’élément fondamental de l’Oeuvre. Pour Picasso réaliser ainsi sa propre version des Menines, c’est poursuivre jusqu’au bout du bout cette mise en abîme commencé par le grand Maître Espagnol.

On a souvent dit que Picasso était un ogre qui ne pouvait s’empêcher de dévorer tout ce qu’il aimait. Que ce soit les objets, les femmes, les œuvres des grands maîtres ou bien les œuvres de cultures diverses, absolument tout devait pour lui être ingéré, mâché et remâché puis digéré et se transformer comme dans une urgence, en peinture.

Picasso Chronos donc qui dévore non ses enfants mais avant tout ses pères et ses pairs parce qu’il les aime certes, mais surtout parce qu’il est poussé par l’urgence.

Une urgence qu’il dompte comme le matador dans l’arène cependant.

L’urgence c’est ce grand taureau sombre et menaçant qu’il cherche à mettre au sol, ou plutôt au mur dans un cadre bien réfléchi.

C’est par la répétition que Picasso effectue ses passes. Il fait et refait sans relâche et dans chaque ébauche, chaque esquisse, chaque tableau qu’il réalise ainsi du même, peu lui importe en fait l’aboutissement de chacune de ses tentatives car chaque tentative est pour lui un moment de son Oeuvre. Pas seulement un tableau particulier qui sera le résultat de toutes ces répétitions.

Non son oeuvre toute entière.

Cette urgence qui le pousse à tout dévorer sur son passage n’est pas tant lié au temps comme on pourrait le penser, à une forme d’avidité à peindre de plus en plus de toiles pour être « reconnu », parce qu’il veut accomplir une « carrière ».

En réfléchissant à cela je ne le crois pas, cette urgence qui l’anime est plus un mouvement qui ne cesse de le traverser de façon obsédante et qu’il veut à tout prix arrêter de toile en toile. Et ainsi la répétition lui sert à la fois d’exutoire comme de frein.

En peignant , Picasso cherche à dompter le temps à ne pas être dévoré par celui ci.C’est pourquoi il se concentre sur la peinture et écarte tout le reste.

Bien sur on peut critiquer cette position du peintre à ce point obsédé par son art qu’il détruit tout sur son passage et qui dans le fond offre un résultat peu satisfaisant pour le commun des mortels qui regarderait son travail dans l’ignorance des ressorts de celui ci.

Chronos et Picasso ne se confondent pas, Picasso court parce qu’il veut comprendre le temps son mécanisme dans le cadre de la peinture. Il sait qu’il sera un enfant comme un autre dévoré par celui ci sans plus d’illusion que ça sauf peut-être la foi en la notoriété à venir.

prof d'arts plastiques, fabriquant de tableaux. @patrickblanchon38550 http://patrickblanchon.com

2 Comment on “Chronos et la répétition

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