Mille façons d’en finir

Rue de village sous la neige, Maurice de Vlaminck

A la 999 ème il n’avait toujours pas compris.

Je ne sais si on peut vraiment parler d’endurance à son sujet, obstination serait déjà plus juste quant à buté ce serait parfait. C’est un être buté voilà qui se dirige en chancelant vers ce petit bar de Suresnes.

Nabucho l’accompagne encore dans ma mémoire. Une ombre de lui-même qui n’aurait pas mieux tournée. Ils ont déjà bien bu et palabré c’est certain. C’est une nuit froide d’hiver, une nuit de janvier. Personne dans la rue principale, peu de lumière aux fenêtres des facades il doit être un peu plus de minuit et le seul établissement qui risque encore de pouvoir les accueillir c’est chez Didine.

Nabucho gueule encore sa phrase de Pessoa mais la magie ne fonctionne plus vraiment. Le bistrot est rempli de têtes inconnues, de personnages plus ou moins louches, trafic de drogue, putes en déshérence, petits maquereaux belliqueux, pochetrons accrochés au zinc tout ça sur sur fond d’ACDC. Ah j’allais oublier la fumée, une nappe de fumée au dessus de toutes ces têtes car on peut encore s’en griller une sans risquer l’amende ici.

Derrière le bar il y a Didine le patron, cheveux longs et crasseux, blouson noir, peau crevassée par une varicelle mal soignée, lewis 501 et santiags à pointes menaçantes.

Les avant bras tatoués comme il se doit et sur les phalanges les points bleus récupérés comme trophée de zonzon.

Mon « bûté » se sent soudain pousser des ailes en sifflant son demi d’une gorgée. Didine ne l’impressionne pas du tout à moins que justement cela soit le contraire. Et il se met à l’asticoter tellement bien que l’autre commence à lui demander de la boucler.

Nabucho essaie tant bien que mal de calmer le jeu mais trop tard les pions sont déjà avancés.

Didine est sorti de derrière le comptoir un pique à saucisses dans la main.

Qu’est ce tu veux connard et il lui sert le colbac en pointant direct le pique vers son œil.

Ils se fixent comme ça un bon moment.

arrêt sur image.

puis mon buté reprend le crachoir

Vas-y mais vas y donc tu crois que tu me fais peur avec ta putain de pique à saucisses.

L’autre se marre même pas et il avance la pique encore un peu plus près comme on fait pour titiller une guêpe écrabouillée.

Putain mais t’es quoi toi dit Didine, t’es vraiment une merde ! je le vois dans tes yeux, t’es fini. Ouais t’es déjà fini ça se voit aller casse toi.

Nabucho était un peu géné car il connait bien Didine, Nabucho connait tout le monde à Suresnes.

Il s’est même fendu pour payer les bières sentant l’urgence et puis il a attrapé le bûté par l’épaule et d’une voix très douce il lui a murmuré que ça allait, que c’était idiot de déranger Didine, que c’était un gars sympa, y avait pas de raison.

Ensuite ils sont sorti et je crois que la neige commençait à tomber à gros flocons.

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