Mamelles

Hans Bellmer « La toupie ».

La première chose qu’il vit ce fut c’est cette poitrine imposante. Des seins énormes comme il en avait tellement rêvé depuis toujours, et en même temps cela l’intimida alors il vit son regard . Un mélange de lassitude et de naïveté serti dans un écrin de bleu profond.

Ils s’étaient rencontrés sur un forum de discussion et s’étaient trouvés en un clin d’œil toute une collection de points communs dont l’humour noir n’était pas le moindre. Une désespérance infinie sur leurs vies et sur ce qui les entourait avait achevé le tout et, ce soir là il lui avait proposé par bravade d’aller vers elle, de la rencontrer pour de vrai.

La route de Lausanne jusqu’à Sion lui parut être un jeu d’enfant au début, un ruban lisse et sans encombre à cette heure tardive de la nuit. Il eut l’impression d’avoir emprunté un tapis volant pour la rejoindre excité par la curiosité de savoir qui elle était vraiment.

A la périphérie de la ville cependant il ressentit un coup de barre et se demanda soudain ce qu’il fichait là. Puis la curiosité reprit le pas et il alla garer son véhicule devant la destination que son GPS lui avait indiqué.

C’était un bistrot encore ouvert et il ne pouvait pas se tromper il n’y avait qu’elle attablée au fond de la salle.

Elle lui demanda s’il voulait boire quelque chose pour briser le silence un peu pesant qui s’était installé comme toujours dans ce genre de situation. Mais il déclina son offre.

Alors elle se leva et l’emmena comme un enfant vers chez elle sans presque un mot.

L’appartement était décoré avec des chromos et des bibelots qui firent chuter son imagination d’un seul coup. Il l’avait imaginée appartenir à une classe sociale plus élevée, son esprit, ses saillies humoristiques ne collaient plus avec le décor. Il se sentit crevé d’un coup et quand elle lui proposa d’aller s’asseoir dans le canapé près d’elle, il se demanda s’il n’allait pas s’effondrer par mégarde dans le sommeil.

Mais cette énorme poitrine tout contre lui soudain le revitalisa en même temps qu’elle l’intimida d’autant plus en raison de cette nouvelle proximité.

Alors pour tenter de sortir du trouble tout en le maintenant, il se mirent à parler.

Elle lui raconta sa vie de merde, et lui fit la même chose et cela dura des heures puis leurs têtes soudain proches s’effleurèrent doucement et leurs lèvres se rejoignirent la discussion fut close.

Quand elle l’entraîna dans la chambre il fut surpris par le regain d’énergie qui l ‘habitait. A califourchon sur lui, ses longs cheveux sombres coulant le long de son cou et contrastant avec la chair pale de ses épaules elle se redressa comme pour exulter en faisant jaillir ses seins énormes au dessus de lui.

Et tandis qu’elle l’attirait au fond d’elle par des savants mouvements du bassin il eut cette impression étrange de baiser la Terre-Mère, de s’enfouir totalement en celle ci.

Quand ils tombèrent l’un contre l’autre de fatigue enfin, elle reprit la parole.

De ce qu’elle dit il ne se souvenait plus vraiment. Une phrase seulement qu’elle avait prononcé soudain avait cristallisé toute son attention.

« J’avais un amant qui me demandait de venir vers lui nue sous mon imperméable. »

Alors il ne vit plus une formidable paire de seins mais une paire de mamelles et il prétexta que le lendemain il travaillait, qu’il fallait qu’il reparte.

Il fit la route de Sion à Lausanne comme on parcourt un chemin de croix en s’arrêtant à chaque station essence pour boire un café afin de tenir le coup. Puis arrivé chez lui, il décida que l’urgence était de prendre une douche, de se raser, une nouvelle journée merdique s’annonçait et qu’il allait devoir affronter.

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