Le cœur du monde.

Etienne-Jules Marey « Décomposition du mouvement ».

Il y a un homme quelque part au fond de moi que je ne parviens pas à mettre au monde. Je l’aperçois de temps à autre et, dès que je m’approche un peu de lui, il s’évanouit. Alors je me dit que j’ai rêvé tout simplement, que j’ai pris mes désirs pour des réalités. Cet homme là n’est que pur fantasme, il n’existe pas, n’a jamais existé, et n’existera jamais.

Cependant ça ne me lâche pas si facilement que ça. Ça revient à la charge régulièrement.

Comme un bouchon, un flotteur quand le poisson mord. Il coule brusquement, puis il remonte cependant que je n’arrive plus à ferrer si facilement qu’autrefois.

Je n’arrive pas à pécher cet homme aussi bien que je parvenais à pécher les petits poissons de mon enfance, avec cette insouciance de l’enfance, avec cette prétendue innocence ou naïveté comme on dit.

Parfois je vois très bien la séparation qui s’effectue à chaque choix, toutes ces routes que propose chaque choix et leurs conséquences, et sur ces routes j’aperçois l’homme qui marche plus ou moins droit.

Il y a cet homme intelligent, posé, pondéré qui ne fait presque aucune erreur, et qui continue sans encombre son chemin comme si nos vies, chacune de nos vies se déployaient dans des dimensions parallèles et bifurquaient ainsi à chaque circonstance, à chaque fois que nous interprétons ces circonstances, ces événements chacun de nous à notre manière.

Et bien sur j’ai longtemps crû qu’il pouvait exister une bonne et une mauvaise manière d’interpréter comme de réagir aux circonstances et aux événements. J’ai longtemps crû qu’il pouvait y avoir de bons et de mauvais choix.

Ainsi il y aurait un homme né de mes choix qui les aurait interprétés à sa façon, la meilleure possible, et qui ainsi, dans une strate du multivers jouirait enfin du bénéfice que toutes mes pertes, mes renoncements, aurait occasionné. Car nul doute que tout soit interdépendant, que le bonheur des uns se construise sur le malheur des autres, je veux dire ce que l’on interprète comme tel bien sur à tort ou à raison puisqu’en fait tout n’est qu’affaire de pesée , d’équilibre, d’harmonie.

Dans ce cas suis je si mal loti que je l’imagine ?

Peut-être existe t’il aussi le pire des hommes, celui qui s’est encore bien plus avili que moi dans une quelconque strate d’une basse fréquence noire et glaciale. Peut-être que lui n’a choisit d’interpréter que la mauvaise part des choses et les conséquences de ses choix auront été la colère, la haine, le meurtre et la trahison.

Ai je été l’homme que je considère bien meilleur que je ne le suis en ce moment ? le serais je jamais ? Ou alors serais je un jour cet homme qui a chuté si bas qu’il a perdu toute dignité et toute foi ? Ai je vraiment le pouvoir de choisir la route que j’emprunte par la seule acuité de mon regard de mon discernement posé sur chaque choix ?

Ou bien tout cela n’est-t’il qu’un jeu de hasard, une sorte de gigantesque casino duquel on sort riche ou fauché peu importe ?

Cette vision pessimiste aussi, je l’ai traversée bien des fois et cela ne m’a toujours mené qu’à une impasse, une sorte de « mur du son », une constance de Planck.

Et puis tout à coup je repense à ce texte que j’ai écrit récemment et qui fait référence à une tapisserie, à la dame à la licorne.

Cette image raconte en fait notre attachement aux 5 sens et notre isolement, la solitude de chacun de nous sur l’île, enchaîné par notre habitude de considérer la réalité.

Comment se libérer alors de cet enfermement qui semble tellement dérisoire sur cette tapisserie réalisée sur 6 panneaux je crois me souvenir.

Le 6 ème panneau, le dernier acte en fait, c’est l’invention d’un 6 ème sens symbolisé par le cœur

Le cœur alors serait l’axe du monde, et aussi l’origine et la fin de toute chose. Le comprendre serait la clef de l’énigme.

Dans ce cas tous les hommes que je suis « en même temps » peuvent bien perdre ou gagner selon l’interprétation de leur 5 sens, cela n’importe pas vraiment dans le fond, puisque tout finira par nourrir la profondeur infinie, apparemment inhumaine, incompréhensible du multi-vers ou de l’uni-vers

le cœur du monde.

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