Obstination

boule bizarre au dessus de la Russie

Cette obstination ce matin là lui parut suspecte. Il la prit mentalement entre deux doigts et à l’aide de la loupe il commença à l’étudier

Cela ressemblait à une boule, c’était presque une boule, mais ça ne tournait pas bien rond tout de même. Une sorte de grain de sable grossit des milliers de fois qui tout à coup se transforma en une sorte de gros monticule en travers de sa route.

Il songea que cette obstination lui barrait en quelque sorte la route qu’il aurait, sans elle, eut à suivre sans encombre.

L’objet sur laquelle l’obstination pouvait se cristalliser importait peu. D’ailleurs, au cours des années cet objet ne s’était-il pas plusieurs fois transformé ? S’il avait eu un tant soit peu de jugeote, il aurait pu comprendre bien avant ce jour là particulièrement que cette obstination n’était qu’une sorte de mascarade qu’il ne fabriquait qu’à seule fin de se divertir et pour lui seul.

L’obstination n’était certainement qu’un outil et cet outil lui avait permis de construire de nombreuses fables à seule fin de ne pas vivre une vie simple, une vie comme tout le monde. L’obstination n’était-t’elle pas directement issue de son orgueil, de sa vanité à ne pas accepter d’être justement comme tout le monde ?

Même s’il savait que cette expression ne voulait pas dire grand chose, elle lui servait néanmoins à mesurer cet écart qu’il avait toujours voulu creuser comme s’enterrer, comme on creuse sa tombe tout seul.

Son attrait pour l’Asie et pour la Chine notamment n’étaient peut-être lié qu’à cette image lointaine, à cette image d’un type qui creuse pour se retrouver au bout du compte de l’autre coté de la grosse boule, de l’autre coté de cette image d’obstination : en Chine.

Aussi loin qu’il pouvait se souvenir les autres ne lui avaient jamais inspiré confiance, les autres étaient une entité aux contours flous, une agression, un danger qui nécessitait de rester perpétuellement sur le qui vive.

Rester sur le qui vive lui rappela les sentinelles des fortifications anciennes qui dans la nuit voyant s’approcher l’inconnu lançaient des qui va là ?

Qui vit et qui va là ? à la périphérie de mon néant, qui vit et qui va là qui dérange mon insistance à être seul et perdu dans cet univers que je ne puis comprendre ?

Qui vit et qui va là ne pouvant être à chaque fois que la cause de tous ces malheurs qui ne tardent jamais à s’abattre

Qui vit et qui va là apportant comme les forains le clinquant de toutes ces joies ces faux espoirs dans lesquelles on s’engouffre aussi pour en revenir encore plus meurtri ?

Il songea à la gravité et à tous ces fragments de poussière d’étoiles qui ne cessaient depuis l’aube des temps de se réunir ou de s’écarter.

Il était lui aussi comme une sorte d’astre mort, un astre désolé dans tous les sens du terme qui filait à vive allure vers sa propre fin et dont l’obstination à maintenir son intégrité dans le vide sidéral n’était sans doute qu’une loi physique et pas grand chose de plus.

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