Si j’étais un artiste…

« Un gentleman c’est quelqu’un qui sait jouer de la cornemuse
mais qui ne le montre pas. »

Si j’étais un artiste véritable, je crois que je ne me poserais pas tant de questions.

Je ne perdrais pas de temps, du moins je ne me disperserais pas.

Je me lèverais chaque matin pour rejoindre l’atelier et je peindrais du matin au soir une bonne partie de la semaine car il ne faut pas perdre de vue qu’il s’agit d’un boulot comme un autre avec des contraintes également.

Pour moi aujourd’hui les contraintes sont surtout dans les domaines de l’administratif et de la  communication.

Je perds  beaucoup de temps à résoudre tous les problèmes dans ces deux secteurs. Et encore, j’ai un comptable et mon épouse m’aide concernant la communication cependant ,  je perds encore beaucoup trop de temps à mon gout.

Il y a aussi le fait que je partage mon atelier une partie de la semaine avec les élèves qui viennent prendre des cours. Je dois les accueillir dans un environnement « neutre », agréable tout du moins et pour cela je dois à chaque fois reconfigurer à la fois mon lieu de travail comme ma tête pour changer d’univers.

Si j’étais un artiste véritable je n’aurais pas cette nécessité de m’accrocher encore à cette sécurité financière que m’offrent les élèves qui viennent à mes cours. Je crois même que j’abandonnerais aussi  la place de professeur que j’occupe depuis maintenant 2 ans dans une MJC de la banlieue Lyonnaise.

Le seul genre d’intervention que je conserverais serait des ateliers pour jeunes enfants je crois car j’y apprends énormément sur la spontanéité. C’est assez égoïste de dire ça mais c’est pourtant la vérité.

J’adore enseigner mais je crois qu’il faudrait vraiment abandonner ce plaisir aussi pour devenir cet artiste que j’imagine. Oui je réduirais au minimum la voilure pour  me consacrer essentiellement  à mon art, à la peinture.

Je ne perdrais pas non plus tout ce temps à exposer dans des lieux qui ne sont pas adaptées, pas de mairie, pas de MJC, pas de restaurant, pas de locaux qui ne sont que des loueurs de cimaises, pas de salon professionnels non plus qui en plus d’être coûteux ne drainent plus guère désormais qu’un public se rapprochant plus de celui des supermarchés ou des foires qu’un public de véritables collectionneurs.

Si j’étais un artiste véritable sans doute me contenterais je désormais de montrer mon travail sur les réseaux sociaux.

Ce serait amplement suffisant même pour vendre mes tableaux et ainsi gagner ma vie.

Si j’étais un artiste véritable je n’aurais cure de devenir riche, je m’en ficherais bien car ce qui m’intéresserait ce serait de créer de nouvelles œuvres en toute liberté et en toute sérénité.

En fait ma définition d’un artiste véritable n’est pas tellement éloignée de ce que je vis en ce moment.

Mais le terme d’artiste est tellement galvaudé  et puis on imagine souvent des « stars » qui occupent le haut du pavé que ce mot d’artiste dans le fond finit par devenir péjoratif.

Dans le fond je vois beaucoup d’artistes autour de moi qui s’ignorent comme je m’obstine à vouloir m’ignorer dans cette définition tout simplement pour ne pas m’égarer, me distraire encore plus que je ne le suis. Pour rester simple malgré toutes les apparences je préfère toujours dire peintre plutôt qu’artiste.

Et d’un autre coté si j’étais cet artiste dont je parle il me manquerait tout de même quelque chose, c’est la liberté de m’égarer dans un tas de projets perpétuellement, qui m’évitent de sombrer dans l’ennui ou la monotonie. J’ai toujours plus ou moins besoin d’avoir quelque chose de nouveau sur le feu qui me fera vibrer à une certaine fréquence.

Par exemple j’ai renoué avec l’écriture après plus de 10 ans et cela me chagrinerait de ne pas poursuivre un peu plus en profondeur. c’est aussi une façon de retrouver une cohérence avec ma vie d’hier ou je ne pensais qu’à l’écriture comme je le fais pour la peinture désormais.

Mon grand problème je crois c’est que je ne sais pas bien gérer mon désir et mon temps dans le fond. Je suis capable de m’enfouir des heures durant dans la réalisation d’une toile, ou de rédiger des textes parce que je crois profondément que je pourrais à chaque instant mourir, alors je travaille dans cette sorte d’urgence depuis des années.

Il serait trop facile pour moi d’avoir la foi dans une durée indéterminée et faire quelque chose un peu chaque jour . Non il y a aussi de nombreuses journées où je ne fais rien du tout d’autre qu’enseigner et ou cela me fatigue complètement parce que je donne énormément  de façon entière et je suis vidé à la fin de la journée.

Quand je lis la plupart des définitions du mot artiste elles ne me conviennent jamais vraiment. Pour beaucoup de personnes il suffirait de s’exprimer sur une toile, d’exprimer ses « émotions » c’est une vision simpliste évidemment et je comprends qu’à ce compte là bien des personnes puis s’imaginer artistes

Mais un artiste, en peinture puisque c’est ce que je connais le mieux, c’est avant tout quelqu’un qui propose une relecture du monde qui peut évidemment proposer une émotion mais pas seulement, il me semble qu’il faille aussi ajouter  du sens un tant soit peu à cette émotion.

Et puis on n’est pas artiste sans la durée, sans l’endurance aussi, sans cette ténacité à vouloir creuser son sillon tout au long des années et ce quelque soit le succès ou l’échec que l’on rencontre.

Pour parler de l’artiste en peinture il faut aussi parler de l’oeuvre, et l’oeuvre ce n’est pas un, pas 10 pas 100 tableaux , c’est bien au delà de la notion de nombre ce serait plus en terme de respiration qu’il faudrait compter.

Combien de respirations  encore pour devenir l’artiste dont tu rêves ? Et encore là non plus ce n’est toujours pas le nombre c’est  plus à mon avis

« comment respire tu enfin de la plus juste façon pour  que tout s’écoule sans encombre de ta tête de ton cœur et  de tes tripes  vers la toile ? »

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