Le bon sens.

Dans la peinture, mais aussi dans tous les autres arts qui appartiennent au vaste domaine de la culture, existe t’il ce que l’on nomme généralement « le bon sens » ?

Le bon sens serait selon Blaise Pascal la chose la mieux partagée du monde et il semblerait d’après les observations les plus récentes que le bon sens soit remplacé peu à peu par l’idiotie.

Il se pourrait que l’imbécillité chronique dont nous soyons les victimes plus ou moins consentantes, issue de l’appât du gain, nous ait éloigné pour un bon moment du bon sens.

Lorsque je visite des expositions d’art contemporain, je suis étonné de ne rien pouvoir saisir d’emblée aux œuvres exposées. Pour en savoir plus il faudrait que je consulte la démarche artistique de chaque artiste, que je lise des textes parfois alambiqués, et la satisfaction que j’en retirerais le cas échéant, je le devine déjà proviendrait d’un orgasme intellectuel vécu par l’artiste qu’il tenterait de m’expliquer.

C’est que désormais la démarche artistique est devenue en quelque sorte « une tarte à la crème » On en use et on en abuse et au final l’émotion finit souvent par se retrouver à la traîne.

Dans un texte précédent je parlais des limites du processus plastique en peinture, il conviendrait que j’en rédige un autre sur les limites de la démarche artistique.

Peut-être alors qu’entre ces deux textes une sorte d’équilibre apparaîtrait t’il, une sorte de bon sens en découlerait alors.

Avoir une idée en peinture est une chose précieuse et il ne sert à rien d’en débattre philosophiquement pendant des milliers de pages.

Se sentir à l’aise , entraîné, motivé, voire électrisé par le plaisir de jouer plastiquement avec les formes et les couleurs et produire ainsi des tableaux sans qu’ils soient portés par une intention me semble tout aussi vain pour la communauté.

Car au final ce sera la communauté qui justifiera, comme assignera sa place au peintre.

Soit il sera accepté, reconnu. Soit il restera dans l’anonymat.

Le problème que pose le « bon sens » c’est qu’il est souvent en retard par rapport à l’actualité. Je crois même qu’il ne s’en soucie pas. Le bon sens n’a pas à être ni moderne, ni à la mode.

Le bon sens prend sa source dans le mythe lui même qu’il puisse exister un mauvais sens qui ne cesserait de lui dresser des embuscades, de le dévorer, de le dépecer et ce de façon dissimulée, perverse jamais de plein fouet.

Il y a toujours un complot qui traine depuis la nuit des temps qui permet aux braves gens d’y résister en invoquant le bon sens.

Mais quand le bon sens peu à peu se métamorphose en idiotie on assiste à une véritable hécatombe et cela renforce le pouvoir que peut avoir sur nos esprits l’idée de complot.

complot de l’art contemporain

complot sur les liens entre l’art et la finance

Bon, on pourrait aisément se laisser emporter dans ce maelstrom qui n’exprime dans le fond qu’un manque de discernement et une ignorance également sur ce qu’est une oeuvre d’art, et sur ce qu’est un artiste désormais.

En 2008 Le Tate Muséum aurait accroché deux peintures du peintre Mark Rothko dans le mauvais sens. Evidemment des chroniqueurs se seront emparés de l’anecdote pour mettre en avant leur capacité d’ironie.

Le plus étonnant c’est qu’une étude par la suite aurait été réalisée par le  le psychologue britannique George Mather qui a consacré au sujet de l’orientation des peintures abstraites une sympathique étude, publiée l’an passé par la revue i-Perception. Ce chercheur s’est posé la question de savoir si la valeur esthétique d’une œuvre abstraite – c’est-à-dire ne présentant que très peu ou pas du tout d’indices se rapportant à la réalité – était diminuée aux yeux du public quand elle était présentée dans une orientation incorrecte. Pour le déterminer, George Mather a mis sur pied une expérience très simple qui a consisté à montrer à une vingtaine d’étudiants sans formation artistique particulière quarante toiles abstraites suivant quatre orientations différentes (la bonne + rotations de 90, 180 et 270 degrés) et à leur demander de choisir celle qui avait, pour eux, le plus de signification ou celle qu’ils trouvaient la plus plaisante esthétiquement parlant. Les quatre images étaient présentées simultanément sur un écran d’ordinateur et les participants disposaient de tout le temps qu’ils voulaient pour les examiner et se décider pour une des quatre propositions. Dans un second temps, un autre panel de cobayes était confronté au même matériel, mais avec pour seule tâche de dire si l’on y détectait des indices d’orientation spatiale.

L’étude montre que, en moyenne, dès qu’une œuvre contient ce type d’indices, même légers, ceux qui la regardent parviennent assez correctement à la mettre dans le bon sens.

En fait pour réaliser de la peinture abstraite moi-même le sens définitif du tableau est souvent un choix arbitraire, la plupart du temps ce genre de travaux fonctionne à peu près bien dans tous les sens si j’ai pris le temps de bien réfléchir aux divers déséquilibres internes qui créeront l’équilibre global de l’oeuvre. L’anecdotique n’a pas d’importance véritablement.

Alors sans doute faut il plus que jamais conserver son calme, ne pas être emporté par la clameur et revenir devant la toile, dans l’atelier, à sa palette pour retrouver un peu de « bon sens ».

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