Les limites du processus plastique

Pour celle ou celui qui découvre la peinture et qui se laisse emporter par la transe que peut procurer celle-ci, il semble qu’il ne puisse y avoir de limites mise à part celles imposées par le cadre, par le bord du tableau.

Si l’on n’y prend pas garde, si la prise de conscience n’intervient pas à temps, une confusion surgit peu à peu entre une sensation de liberté, de jouissance, à étaler ainsi les lignes, les formes, les couleurs selon un « bon vouloir » démuni de toute intention à part celle de peindre « comme ça vient », et le résultat final qui ne relate pas du tout parfois, lorsqu’on prend du recul, ce mouvement de jouissance ou de liberté.

C’est que peindre est un peu la même chose que de poser une question et il faudrait être capable aussi bien d’accepter toutes les réponses à cette question, c’est à dire celles qui nous plaisent, comme celles qui nous déplaisent.

Dans la recherche d’outils, d’effets, l’incrustation de tel ou tel matériaux, un premier mouvement peut être effectué « en toute innocence » apparemment.

Ce postulat est parfois utile pour les débutants. C’est rassurant de penser à cette innocence dont tout semble surgir comme par magie. En même temps que la pensée, la raison, n’y trouve guère de contentement et même une frustration.

Avec l’apparition de ce « quelque chose » qui nous procure plaisir ou effroi, peut-être même l’ambiguïté d’une association des deux, nous tentons de nous extraire de cette hypnose produite par l’invocation du sens.

Quel sens tout cela peut-il bien avoir ?

La porte à l’interprétation est ouverte et alors tout et son contraire pourra être pensé, raconté, inventé, afin que cet événement, que d’aucuns considèrent futile ou d’autres important puisse entrer dans une case, dans une boite.

Avoir un sens, et puis ensuite on classera tout par thèmes. On dissertera sur l’événement bien après qu’il soit passé parce que dans le fond, on ne saurait se remettre facilement de la commotion vécue.

Tenter de s’en remettre par le discours, par l’élaboration d’une théorie, est un pansement.

S’il y a pansement c’est qu’on imagine une blessure, une déchirure, une modification de l’intégrité par où s’échappe un bien précieux. Ce bien précieux pourrait être l’illusion d’une identité en laquelle on croyait dur comme fer et que la peinture comme un aimant attire à l’extérieur de celui qui s’y engage.

La peinture vide le peintre de « quelque chose » qui peu à peu se dépose sur la toile.

Certains parlent de cœur et d’âme. C’est peut-être encore une confusion entre deux oppositions et donc l’actualisation d’un mythe qui dirait « on n’a rien, sans rien ».

Ainsi les limites du processus plastique sont celles bien souvent de notre candeur, de notre innocence, ou de notre ignorance finalement. Nous vivons un événement, la peinture, ce qui en soit lorsqu’on y pense est déjà extraordinaire. Mais le fait de vouloir s’extraire de cette dimension extraordinaire nous oblige à terme à redessiner sur celle ci peu à peu un cadre, un sens qui sera toujours subjectif.

Dans le fond celui qui regarde une peinture éprouve aussi l’extraordinaire exprimé sur la toile et subit les mêmes tentations, les mêmes limites finalement d’avoir besoin de trouver un sens afin de mieux pouvoir s’en éloigner, et ce faisant accommoder sa vision peu à peu pour ne pas rester dans l’éblouissement.

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