Quelque chose et rien.

Tous les mythes évoquant la création du monde, les diverses cosmogonies, ne pourraient être compris s’ils n’étaient fondés, et c’est souvent l’essence même du mythe, sur une opposition, et dans le cas de la naissance du monde, de l’univers, même si on lui donne un nom « moderne » comme « big bang « , il n’en ressort pas moins que le couple qui le fonde, pourrait se résumer par « quelque chose et rien ».

On pourrait faire débat longtemps, utiliser toutes les références philosophiques, scientifiques, spirituelles, religieuses sur le sujet que nous ne résoudrions pas pour autant la nature même de ce mythe fondateur.

Il y a « le rien » et il y a le « quelque chose » et c’est de cette opposition apparente, que l’on pourrait à juste titre comparer à l’opposition du logos et du muthos, dire ou ne pas dire, se taire, que tout se met en branle, que nos mythologies continuent à perdurer quelque soit l’impression de modernité, de nouveauté qui nous les dissimule.

Ainsi donc la toile vierge du peintre représente t’elle le rien ou le tout ce qui dans un absolu mythique reviendrait à la même chose, et la main tenant le pinceau, le chiffon, la truelle, un « quelque chose » agissant sur « tout » agissant sur « rien ».

Et c’est alors, dans ce que l’on pourrait parfois considérer de loin comme une lutte, une opposition, une altercation, que naît l’oeuvre.

Cette oeuvre, une fois terminée, il arrive encore qu’elle subisse de nouvelles transformations.

Elle peut par exemple rester muette pour celui qui la réalise si, dans le processus créatif qui l’a conduit à réaliser une telle oeuvre, il ne s’est appuyé que sur une démarche plastique basée sur des actions aléatoires.

Si l’oeuvre reste muette pour celui qui la réalise alors, il n’en sera pas de même pour le spectateur qui lui attribuera aussitôt un logos par l’intermédiaire des ressentis, des émotions bonnes ou mauvaises, peu importe qui accompagneront ce discours, ces exclamations ou ses dépits.

A ce titre l’expression « peinture chamanique » est une sorte de pléonasme puisque l’acte même de peindre consiste à révéler cette opposition entre quelque chose et rien, entre le dit et le non dit.

L’oeuvre peinte, représente t’elle un paysage, une cruche, un fruit , un corps ou des formes abstraites elle revêt toujours au fond de chacun de nous le même mystère issu du fond des ages que l’on retrouve sur les parois des grottes ou la peau des tambours.

La toile est à la fois cette paroi, cette frontière entre quelque chose et rien.

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