Enseigner la peinture

Bien sur enseigner la peinture demande de savoir de quoi l’on parle sur des sujets classiques comme les mélanges de couleurs, la composition, les médiums, les glacis les vernis, les supports et tous les médias que l’on peut proposer à l’intérieur de ce que l’on appelle un « cours de peinture ». Il est nécessaire d’avoir un bagage technique mais cela ne suffit pas. Connaitre l’histoire de l’art dans le domaine de la peinture est une bonne chose mais ça ne suffit pas non plus.

Etre peintre soi même et enseignant est déjà un plus. Mais le risque est grand d’associer les travaux en cours des élèves avec ses propres préoccupations du moment, ou alors que les élèves fassent le même type de peinture que l’enseignant ce qui se voit beaucoup actuellement dans ce qu’on appelle à mon avis à tort des « cours de peinture ».

Un « cours de peinture » comme je l’envisage désormais de plus en plus est un prétexte au même titre que le sujet est un « prétexte » en peinture.

Car hormis le fait d’apprendre à poser des couleurs sur une toile pour réaliser des tableaux, l’élève aura besoin de bien plus d’éléments pour pouvoir progresser dans sa pratique de la peinture.

Une fois la technique acquise, une fois un certain nombre de questionnements dépassés qui lui aura permis par exemple de copier un ou deux maîtres, ou encore de créer ses propres réalisations l’élève tel que je le conçois, je ne parle pas de « touriste » dans ce cas là, parviendra à un pallier et sa préoccupation sera de comprendre comment dépasser ce pallier.

Le rôle de l’enseignant alors est de lui permettre d’aller plus vite pour dénouer les problèmes techniques mais pas seulement.

L’enseignant doit considérer ce qui pose problème « intérieurement » à l’élève pour continuer à progresser, quelles sont ses peurs, ses entraves, son idée de la peinture qu’il devra probablement détruire afin de pouvoir aller au delà de cette idée vers lui-même.

Cela demande du temps, une cooptation des deux cotés, de la confiance et de ne pas avoir peur de rater, d’essuyer des échecs nombreux, et, sans entrer dans des considérations spirituelles ou psychologiques compliquées , d’appendre à se remettre en question.

Peu d’enseignants pratiquent ainsi car sans doute peu d’élèves de ce type existent aussi.

Une exigence des deux cotés ne saurait être cependant du domaine de la génération spontanée.

Cette exigence on peut la repérer avec le temps seulement, au bout d’une longue chaîne d’échecs et de réussites et ce tant aussi bien du coté de l’enseignant que de celui de l’élève.

Quand j’ai commencé à enseigner la peinture, tardivement, vers l’age de 48 ans ma préoccupation principale était que les gens soient contents de venir et qu’ils reviennent car je considérais ce temps imparti à l’enseignement comme un travail au même titre que tous les autres que j’avais déjà effectués.

Les gens venaient et me disaient: j’aimerais savoir dessiner, ou j’aimerais apprendre à peindre. Ils pensaient la plupart du temps n’avoir besoin que de conseils techniques et s’en remettaient presque totalement à moi pour la plupart afin que leur donne ces conseils.

Pour ce qui est de réaliser des travaux d’après photographie il n’y avait guère de difficultés. Celles ci commencèrent à arriver quand pour en extraire quelques uns de la « routine » je proposai de réaliser des œuvres plus abstraites, des œuvres plus personnelles.

A partir de ce moment là j’ai pu comprendre que les gens étaient victimes de bien des blocages qui pour la plupart remontent souvent à l’enfance. Mon but alors a été de cheminer avec eux peu à peu pour les aider à dépasser ces blocages, et à reconsidérer en même temps ce que pouvait signifier un tableau réussi ou un tableau raté dans ce nouveau cadre de référence.

Peu à peu j’ai apporté des éléments philosophiques, ou bien des métaphores dans des domaines très concrets pour leur faire sentir telle ou telle difficulté, ou tel ou tel mécanisme qu’il ne comprenaient pas parce que justement ils voulaient comprendre quelque chose qui ne peut s’atteindre par la pensée seule.

J’ai longtemps conservé en mémoire mon amour pour mes lectures de jeunesse concernant l’apprentissage du zen accompagné de nombreux exemples de Koans ces petites énigmes que les maîtres proposent à leurs élèves et qui mettent le cerveau en ébullition et pour finir en marmelade.

J’ai fait feu de tout bois comme on dit parce que dans le fond peu importait le bois mais le feu.

Aujourd’hui le maître mot de l’enseignement tel que je le conçois est « donner » et je ne mets plus grand chose pour accompagner ce mot. Je sais que chaque jour j’ai quelque chose à transmettre, à donner, peu importe la façon dont ça va se manifester, et à l’appui de quels moyens ça va se passer, je donne et l’élève reçoit.

Mais une chose importante à ne pas oublier c’est que lorsque l’autre reçoit par une alchimie bizarre, cela vous revient et de façon démultipliée.

Dans le fond enseigner c’est à la fois un long parcours pour apprendre à donner mais aussi à recevoir et si j’ai pris l’exemple de la peinture puisque c’est mon domaine je parierais qu’il en va de même dans tous les domaines des activités humaines.

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