Transparence et opacité

Les anciens lettrés chinois portaient une attention particulière à l’équilibre entre le vide et le plein lorsqu’ils peignaient. Ils ont même trouvé une proportion dont le souvenir aura voyagé jusqu’à nous, c’est le rapport 1/3 de plein 2/3 de vide et cela est surtout valable dans les petits formats.

Que signifie ce rapport entre le vide et le plein, entre le rien et le quelque chose, entre le fixe et le mouvant entre l’inerte et la respiration ?

Il se peut que le Tao ait grandement influencé l’idée que la part visible des choses n’occupe pas la totalité de l’espace, de l’esprit comme la surface du papier, du tableau.

Il se pourrait que le « signifiant » soit à l’image de notre « conscience » et qu’il baigne dans cette respiration, cette alternance d’inspirations et d’expirations, entre les ombres et les lumières que produit notre « inconscient ».

Dans mon travail de peintre je ne cesse d’osciller entre des toiles réalisées à l’huile, à tendance abstraites et dont l’élément principal sur le plan plastique est l’accumulation de couches très fines, de glacis qui à terme créent la profondeur.

Cette profondeur à elle seule toujours sur un plan plastique ne suffit pas pour faire « un tableau ». Il faut parfois y ajouter quelques îlots d’opacité, que ce soit par la nature du mélange pigment médium utilisé, par l’incrustation de matières, le collage de bandes de dentelles récupérées dans des tiroirs dans le cas de figure de l’image accompagnant ce texte.

C’est bien au delà de la recherche plastique une tentative de matérialiser une préoccupation, de trouver l’équilibre entre la transparence et l’opacité dans un rapport personnel qui me toucherait, qui m’atteindrait en plein cœur.

Dans cette recherche le format carré est souvent utilisé car sans doute l’impératif de son centre comme un aimant m’impose souvent une symétrie dont je cherche perpétuellement à m’évader, par de nombreux déséquilibres, par l’asymétrie.

Sans doute que la raison majeure de ce soucis est de trouver le bon rapport entre dire et suggérer, dire et taire, montrer ou cacher. et aussi s’apercevoir que ce qui fonctionne le mieux c’est quand l’évidence, le signifiant n’occupe qu’une place restreinte dans l’espace.

A coté de cela sur d’autres travaux j’ai besoin d’opacité, de tout remplir sans rien laisser au vide, mais c’est dans le fond partir du même postulat, qu’au bout du compte le plein s’il est en excès s’inverse en vide.

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