Brassage de vent

Il y a des gens qui te diront toujours, j’ai un tas de trucs à faire, pas un seul instant à moi, je suis surbooké… et tu aurais tendance à les croire à première vue étant donné la puissance du déplacement d’air qu’ils produisent.

Mais, en observant de plus près les choses tu t’apercevras souvent que ce n’est qu’un nuage d’encre semblable à ceux des calamars, des sèches pour masquer leur fuite éperdue.

J’ai connu une dame d’un age respectable qui brassait du vent en experte et qui à première vue en imposait. Son truc était de dégoter des artistes pour participer à la grand messe qu’elle organise chaque année dans un petit village à peu près moribond de la Loire.

C’est le genre d’institution que l’on tente de maintenir en vie à coup de bouche à bouche de piqûres de vitamines, et si tout cela ne suffit pas, la perfusion alors est demandée, le goutte à goutte, la transfusion sanguine sera l’ultime recours.

J’ai eu l’occasion de faire partie de la dernière charrette de sang frais en tant que peintre ingénu encore.

La dame se présente comme la papesse du festival, me refile un local sans électricité et avec une couche de merde de 10 cm d’épaisseur.

Mon épouse qui voit les emmerdements venir de bien plus loin que moi, me dit tu vas pas exposer dans ce trou pourri ?

Je hausse les épaules et essaie de la rassurer.

Justement la grande dame est là et nous vante la beauté majestueuse de l’histoire du local occupé par des sommités du coin successives avec un bon petit relent de nostalgie dans la voix et un petit air hautain du genre  » tu ne sais pas ce qu’est bon pauvre cloche ».

Mon épouse redescend « en bas » c’est à dire pour les gens de là haut dans la vallée.

J’accroche alors mes tableaux une fois le ménage fait et avec un éclairage payé à mes frais car tous les spots sont dépourvus d’ampoule.

Je ne sais pas pourquoi j’ai été si gentil dans le fond d’accepter cela. Et c’est un peu là raison de ce texte je crois.

Etre gentil c’est être bien orgueilleux dans le fond et le pire c’est que tu deviens une victime consentante dans un jeu de dupes. tu sais que c’est un jeu de dupes et tu y vas de bon cœur !

Cette histoire pourrait s’arrêter là si je n’avais pas offert de participer à une nouvelle exposition cet hiver.

Le problème c’est que je n’ai plus de véhicule pour transporter mes tableaux et je préviens à l’avance des difficultés que je rencontre.

Pas de nouvelle de la grande dame papesse organisatrice brasseuse d’air.

Elle me contacte juste la veille pour le lendemain en s’indignant copieusement de mon refus désormais de participer à l’expo.

J’ai un planning, une vie, j’ai réorienté mes priorités puisque je n’avais pas de nouvelles je lui dit.

Et, après une suite d’échanges houleux j’ai bien du me fâcher comme il faut cette fois et l’envoyer paître pour de bon !

Je perds un lieu d’exposition c’est clair mais quel soulagement dans le fond d’en finir avec les personnes qui se croient tout permis envers les peintres comme moi parce qu’ils pensent que c’est une grande chance finalement de participer à leurs messes annuelles.

Amis peintres cette expérience vaut pour vous aussi. Ne vous laisser pas faire, et quand vous trouvez que ça sent le moisi, la merde ou les soucis, et que dans le fond on vous méprise, fuyez, fuyez et ne vous retournez surtout pas !

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