Le succès.

C’est une très mauvaise idée de penser au succès quand on veut dessiner ou peindre. Le succès vous emporte sur des territoires déjà balisés et vous vous imaginez alors être arrivés avant même d’être partis.

Penser au succès comme penser à la vente d’une oeuvre c’est déjà la trahir avant même d’avoir posé le premier trait de dessin, le premier coup de pinceau.

Penser au succès est un égarement qui permet de rêvasser dans une sorte de confort bourgeois au dépend du travail, au dépend de l’âme dont il faudra découper un bon morceau pour la coller sur la toile.

J’en parle aujourd’hui de manière tranquille, mais ce n’a pas toujours été le cas. Dans les cheminements forains par lesquels bon nombres d’entre nous, peintres passons, nous avons besoin parfois, d’un petit coup de rhum, de whisky ou d’espoir afin de ne pas perdre le fil de notre engouement.

Nous nous enivrons parfois tout en sachant très bien que c’est de l’ivresse en rien d’autre, on pourrait aussi appeler cela manque de confiance en soi, doute, refus de toute certitude mortifère.

C’est en gros ce que pense chaque joueur qui se rend au tabac du coin de la rue pour valider sa grille de loto.

Et si je gagnais le pactole etc…

Je ne joue jamais au loto personnellement. Les probabilités de gagner sont au moins aussi minces que celles de devenir un jour un peintre « reconnu ».

Par contre je crois dans le travail de tous les jours, dans l’amélioration, dans l’opiniâtreté, et je crois aussi bien sur à mon propre contentement surtout quand je remarque soudain une toile qui fait écho à ce qu’il peut y avoir de plus profond en moi.

Celles ci sont rares je peux te le dire, et non pas parce que je serais un « mauvais peintre » mais parce que mon exigence en matière de tableau réussi ne cesse de s’affiner de plus en plus au fur et à mesure que je peins.

Il se pourrait que je continue d’ailleurs à peindre durant des années encore sans qu’aucun tableau ne trouve véritablement grâce à mes yeux , mais c’est aussi le ressort même de la peinture qu’il faut comprendre. Une oeuvre n’est pas constitué par 1 tableau, par une seule tentative. C’est la longue chaîne de tentatives toujours recommencée qui peut éventuellement faire oeuvre aux yeux d’un public.

Le succès c’est ce à quoi un peintre ne doit jamais penser tout simplement parce qu’il est totalement incapable par lui-même de le définir. Il y a des moments où l’on a la sensation de réussir quelque chose mais ce n’est pas à proprement parler du « succès ».

Le succès ne peut venir que des autres. Et encore tu sais il m’est arrivé de subir des admirations de la part du public pour certains de mes tableaux de manière gênée car si les autres s’ébahissaient sur eux, quant à moi je ne conservais de ces tableaux que de pâles sentiments d’échecs.

Quand je repense aux tableaux peints par Cézanne de la montagne Sainte Victoire je ne peux m’empêcher de sourire amicalement. Cézanne le reclus, le rebelle, le solitaire se faisait il de son propre succès une montagne comme cette Sainte Victoire, qu’il recommença sans relâche. Ce n’est pas le succès que peint Cézanne bien sur, c’est une idée bien plus haute que celui ci, quelque chose qu’on ne saurait atteindre, mais qui fait que chaque jour on emprunte le même chemin, le même désir de vouloir l’atteindre malgré tout.

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