Obésité.

En montant sur la balance de la salle de bain, par simple curiosité, j’observe un affolement qui monte soudain en moi à la même vitesse que l’aiguille qui semble ne plus vouloir s’arrêter. Le fait est que j’ai fortement grossi ces derniers mois. La dépression semble être à l’origine de cette prise de poids, associée à une volonté farouche de sédentarité.

Egmond un ami peintre que je n’ai plus revu depuis des années, sec comme un coup de trique resurgit tout à coup en même temps que son appartement proche de Gambetta et du Cimetiere du père Lachaise.

Je revois à nouveau ses petites assiettes posées ça et là dans son salon atelier avec différents fruits et légumes qu’il y avait déposés à seule fin d’observer leur pourrissement, leur décomposition.

Des années plus tard je tombais sur un petit ouvrage d’Hildegarde de Bingen préoccupée par la même obsession du pourrissement qu’elle résume en deux types de morts, la mort humide et la mort sèche.

Evidemment, je me serais longtemps posé la question du choix entre ces deux types de décomposition et désormais que j’y repense cela n’a plus vraiment d’intérêt. Qu’on se transforme en flotte ou en bois mort quelle importance vraiment ?

Et puis je repense à mon père, qui fut longtemps sportif et sec dans sa jeunesse, puis obèse et sanguin dans la suite de son existence, jusqu’aux derniers mois de sa vie où le cancer le rongeant au moins autant que la trouille de mourir, je le vis s’amincir de jour en jour.

Mais là ou je m’aperçus vraiment du choix plus ou moins conscient de s’assécher qu’il dut décider peu avant de mourir ce fut dans la morgue de l’hôpital de Créteil où on l’avait exposé. En l’observant j’ai pu voir un petit vieux tout sec qui revenait à ses origines.

Un sourire étonnant se lisait sur son visage et c’était le gamin que je n’ai jamais connu qui était là revenu au point de départ, et qui semblait dire quelle bonne blague que tout ça finalement.

Je sens bien que cette épaisseur graisseuse est comme une gangue, une coquille, un œuf. Il y a un paquet de choses qui ne parviennent toujours pas à sortir et qui font enfler la carapace. La carapace, comme les crabes qui parait il lorsqu’ils muent son capables de modifier leur métabolisme en apportant un afflue d’eau de 60% de la masse globale.

Et puis d’un seul coup j’ai imaginé tous les gamins obèses s’empiffrant de cochonneries et de sodas copiant leurs parents obèses également dans une Amérique tellement grasse que sa graisse aura débordé les limites de son territoire pour s’étendre sur le monde entier.

Tu sais qu’en ce moment même où j’écris ces lignes, les chinois abandonnent peu à peu la culture du riz au profit de celle de la patate…. 2 milliards d’obèses de plus en prévision en Chine dans 10 ans si le monde veut bien nous entraîner jusque là pour voir ça.

Je me traîne comme le cloporte de Kafka. Des que je monte un escalier où que je dois me rendre chez le boucher j’ai le cœur qui bat contre mes tempes. Je sais que si je continue comme ça ce sera bref. A croire que je le souhaite, une crise cardiaque, et hop dans le trou.

Fastoche de voir les choses en noir.

Mais si je vais plus profond que le noir encore si je traverse l’utérus de ma bêtise et de mon ignorance mêlées, je peux aussi me dire que je suis enceint d’un truc que je ne maîtrise pas. J’ai voulu appeler ça une oeuvre un peu par ironie sans doute. C’est sans doute le fait de n’avoir pas eu d’enfant, pas de progéniture, pas de propagation dans l’avenir qui m’aura poussé aussi à vouloir créer quelque chose de mes dix doigts.

Ça ne sera jamais aussi beau, aussi parfait, aussi mystérieux qu’un être vivant et sans doute que ça me chagrine au plus profond de moi.

Et que du coup tout ce que je fais je le détruis par dépit.

Il se pourrait bien que la justesse de mes actes de mes travaux soit en accord avec ma masse corporelle, avec ma masse graisseuse.

Plus je produirais alors de choses justes, utiles, valables, viables plus je maigrirai….a moins que je chope une saleté de cancer et que le diable finalement m’emporte comme un pauvre type, un dégonflé, qui sort de la table désespéré de n’avoir rien compris au film.

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