Puritanisme

Suite à une émission de France Culture sur la transgression, et comment elle est désormais perçue par notre époque moderne en prenant pour exemple les récits pédophiles de l’écrivain Gabriel Matzneff, j’ai eut l’idée de revenir à la source du mot « puritanisme ».

Il me semble que peu à peu ce courant qui prend naissance dans le protestantisme à la fin XVI ème et au début du XII ème siècle continue à se répandre peu à peu sur l’Europe et même la France d’aujourd’hui.

Comme il existe un « prêt à porter » dans le domaine vestimentaire, il existerait également et ce de plus en plus un « prêt à penser » diffuser largement par tout le matériel culturel anglo- saxon que nous subissons sans même nous en rendre compte.

Pour des raisons financières, économiques comme d’habitude ce contenu prime sur chaque production à l’échelle nationale dans à peu près toute l’Europe en raison des « quotas » décidés par les grands médias.

Ainsi peu à peu nous sommes imbibés de cette pensée protestante, calviniste et luthérienne et cela joue bien sur notre façon d’appréhender la morale.

Il faut se souvenir que tout aura commencé par un divorce entre Henri VIII et Catherine d’Aragon pas bien apprécié par le pape de l’époque. Agacé Henri VIII décide alors de séparer l’église d’Angleterre de la tutelle de Rome en 1531.

C’est ainsi que sans l’avoir mesuré vraiment le roi offre alors une brèche aux chrétiens anglais qui déjà désiraient réformer l’église selon les préceptes de Luther.

Sous le règne d’Edouard VI, fils d’Henri, la cause du protestantisme avance à grands pas.

L’archevêque de Canterbury, Thomas Cranmer, publie alors son « book of common prayer) le livre de la prière commune, en 1549.

Mais la demi soeur d’Edouard VI, Marie Tudor durant les quatres années que dura son règne ramènera l’Angleterre au bercail de l’église catholique. De nombreux protestants furent alors exécutes dont Cronmer qui périt sur le bûcher. Les exilés, survivants disséminés en Europe entrèrent en contact avec les réformateurs calvinistes à Genève ou luthérien en Allemagne et durcir un peu plus leurs positions.

C’est avec le sacre d’Elisabeth II qui remplaça Bloody Mary, Marie la sanglante, que le protestantisme revint en Angleterre. Mais la position de la reine tentait encore de ménager la chèvre et le choux et ne plut pas aux réformistes radicaux qui l’accusèrent de trop transiger avec Rome.

C’est à ce moment que surgit le puritanisme, du mécontentement des radicaux.

Au contraire des mouvements protestants continentaux, la Réforme anglicane maintenait en effet l’Église sous le contrôle de la monarchie par l’intermédiaire d’une hiérarchie épiscopale, tout en laissant intactes beaucoup de pratiques catholiques, deux points inacceptables aux yeux des puritains.

Ils refusèrent d’appliquer entièrement les directives et formules rituelles du Book of Common Prayer. La mise en œuvre forcée et tatillonne du nouvel ordre liturgique les repoussa dans une attitude d’opposition affirmée.

Nombre de ces puritains — ainsi qu’ils furent appelés dans une controverse sur le vêtement de cérémonie aux alentours de 1560 où l’on moqua leur volonté de « purifier » les vêtements liturgiques — recherchèrent en vain l’appui du Parlement pour tenter d’instituer une forme de gouvernement de l’Église d’Angleterre proche du presbytérianisme.

Le puritanisme anglais se tourna vers la prédication, publia pamphlets et libelles virulents, et accumula différentes expériences d’expression religieuse, de comportement social et d’organisation. Son succès croissant fut également l’œuvre de ses protecteurs dans la noblesse et au parlement et de son influence dans les universités d’Oxford et Cambridge.

La question de la hiérarchie de l’Église était délicate : Élisabeth apporta son soutien au théologien Richard Hooker, auteur « des lois de la politique ecclésiale » (Of the Laws of Ecclesiastical Policy) contrant les arguments presbytériens. Hooker énonça une réfutation directe des « frères de l’Église de Genève » et dessina les grandes lignes d’une via media pour l’Église d’Angleterre. Cette via media, dont on critiqua la faible substance doctrinale, constituait un ensemble de règles spécifiquement ordonnées qui devint « l’épine dorsale » de l’anglicanisme.

Parallèlement à la Réforme anglicane, l’Église d’Écosse avait été créée sur un modèle calviniste presbytérien, que les puritains espéraient étendre en Angleterre. Le couronnement de Jacques VI d’Écosse comme roi d’Angleterre sous le nom de Jacques Ier réveilla leurs espoirs. Mais à la Conférence de Hampton Court en 1604, le roi, qui n’était pas puritain lui-même et qui se méfiait d’eux, rejeta leurs doléances d’une phrase : « pas d’évêque, pas de roi » (no bishop, no king). Il autorisa cependant la publication de la King James Bible, en langue vernaculaire, notamment pour renforcer l’orthodoxie anglicane contre la Bible de Genève. Celle-ci était devenue populaire chez les puritains alors même qu’elle possédait des traductions anti-royalistes et contenait des notes révolutionnaires.

La pression assimilatrice de l’Église d’Angleterre augmenta encore sous Charles Ier sous l’influence de son archevêque William Laud, la via media élisabéthaine étant appliquée partout avec force. Les puritains étaient vus comme des fauteurs de trouble mettant en péril l’unité de la monarchie et de l’Église et, à ce titre, toujours sujets à une répression parfois féroce. Les peines d’emprisonnement étaient lourdes, accompagnées de la confiscation des biens et de châtiments corporels : notamment, on marquait au fer rouge le front des condamnés de la mention « S. S. » (sower of sedition – semeur de sédition). L’exil des puritains vers l’Europe se poursuivait, les premiers mouvements d’émigration vers l’Amérique commencèrent en 1620 , où ils fondèrent la colonie de la baie du Massachusetts, mais les idées puritaines continuaient à gagner du terrain en Angleterre.

Lorsque le conflit entre le Parlement et Charles Ier dégénéra en véritable guerre civile en 1640, les puritains se hâtèrent de saisir l’occasion d’exhorter la nation à renouveler son contrat avec Dieu. Le Parlement convoqua une assemblée d’ecclésiastiques et de laïcs, tous d’obédience calviniste, connue sous le nom de « Westminster Assembly » qui ne parvint pas à réformer totalement le gouvernement de l’Église. Cependant l’armée d’Olivier Cromwell, qui avait défait les forces royales, porta au pouvoir son général. Cromwell favorisa largement le mouvement puritain et ne concéda qu’un faible pluralisme. Le grand défenseur du puritanisme de l’époque fut le poète John Milton. Différentes tendances puritaines apparurent, parmi lesquelles seul le groupe des quakers connut une prospérité durable. En 1644, les puritains prennent le contrôle du parlement anglais et bannissent la célébration du jour de Noël dans le pays, en raison des origines « papistes » de la fête, jusqu’en 1660, où elle est rétablie par Charles II .

La restauration de la monarchie en 1660 restaura également l’anglicanisme dans le strict modèle de William Laud et le clergé puritain fut expulsé de l’Église d’Angleterre. Ceux qui refusèrent l’intégration furent catalogués comme nonconformists. Le puritanisme anglais entra alors dans la période appelée la Great Persecution et fut contraint de reporter sur les colonies puritaines qui prospéraient en Amérique l’espoir de réaliser ses objectifs.

En Nouvelle-Angleterre, en 1648, les paroisses séparatistes des Pères pèlerins de la colonie de Plymouth et les paroisses puritaines de la colonie de la baie du Massachusetts fondèrent, sous l’impulsion de John Cotton, une seule Église congrégationaliste sur la base de la plateforme de Cambridge, Église officielle dans les 2 colonies. La charte de la colonie de la baie du Massachusetts, accordée aux puritains, est suspendue en 1689. Elle devient une colonie de la couronne. Les anglicans et les quakers sont reconnus. De 1725 à 1750, le Grand réveil affecta la Nouvelle-Angleterre. De nombreux descendants des puritains quittèrent l’Église congrégationaliste et rejoignirent les Églises méthodiste ou baptiste. L’Église congrégationaliste comptait un courant conservateur (calviniste) et un courant libéral (arminien, unitarien et/ou déiste). En 1833, le Massachusetts sépara l’Église et l’État. Au début du xixe siècle, les congrégations les plus libérales devinrent officiellement unitarienne, réunies au sein de l’Association Unitarienne Américaine à partir de 1825, les autres demeurant trinitaires et conservant la dénomination congrégationaliste. Les paroisses fondées par les puritains sont aujourd’hui membres de l’Église unie du Christ (congrégationaliste, issue de la fusion de quatre Églises protestantes en 1957) ou de l’Association Unitarienne Universaliste (issue de la fusion de l’Association Unitarienne Américaine et de l’Église Universaliste d’Amérique en 1961) — 25 paroisses sont membres des deux ensembles. La première paroisse séparatiste et la première paroisse puritaine d’Amérique fondées respectivement en 1620 à Plymouth et en 1630 à Boston sont aujourd’hui des paroisses unitariennes universalistes. De nos jours, l’Église puritaine évangélique d’Amérique à San Diego, Californie, et la Puritan Fellowship à Manchester, Angleterre, se réclament du puritanisme.

Toute une mythologie existe sur le puritanisme

Des historiens, comme le Dr Harry S. Stout de l’université de Yale, se sont intéressés aux puritains américains derrière les mythes forgés pendant la prohibition (1919-1933) par les opposants où le puritanisme tente de ne pas être qualifiable antonyme de l’hédonisme.

  • Les puritains aimaient les couleurs vives. Leurs vêtements et leurs maisons étaient colorées. C’est le cinéma qui a propagé l’idée qu’ils s’habillaient en noir.
  • Les puritains n’étaient pas prudes. L’activité sexuelle, au sein du mariage, n’était pas condamnée et même encouragée. Des puritains pouvaient être punis pour chasteté.
  • Les puritains n’étaient pas sobres. L’alcool était consommé. Les puritains buvaient du vin, de la bière, du cidre, du rhum… car l’eau douce était souvent impropre à la consommation.
  • Les puritains aimaient la poésie (Anne Bradstreet ou Edward Taylor).
  • Les puritains n’étaient pas opposés aux fêtes et aux jeux.

C’est à partir de cette ambiguïté d’ailleurs « mythe et réalité » du puritain moderne que l’on pourrait orienter la conclusion de cet article et revenir dans un cadre politico économique actuel.

C’est toute l’ambiguïté du puritanisme qui aura permis d’amener au pouvoir un homme comme Trump dont tout à chacun semble se réjouir qu’il puisse insulter le monde entier et même ses électeurs tout en gardant une main sur le cœur et en jurant à voix haute sur la bible.

Si l’on observe en France la dernière élection qui a permis à Emmanuel Macron de triompher la plupart de ses réformes ne sont-elles pas teintées d’un esprit anglo saxon voire de puritanisme avéré ?

La révolte des gilets jaunes dans ce cas pourrait bien être étrangement le dernier bastion d’une esprit catholique et français, contre toute attente, en lutte avec le pragmatisme anglo saxon et puritain non dénué d’obscénité désormais car décomplexé par les victoire de Trump et Macron.

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