Le petit sentier #2

Comment se débarrasser de l’idée obsédante d’originalité en peinture

Sans doute cela pourrait partir d’une certaine forme de naïveté de croire que l’on puisse soudain peindre quelque chose d’original. C’est aussi une forme d’ignorance bénéfique au début. Quand on survole d’un seul regard tout ce qui a déjà été peint depuis l’age des cavernes on se rend compte que tout ce qui est essentiel a déjà été peint.

Chauvet grande fresque

Alors peut-être que si on établit le constat que l’essentiel a déjà été réalisé, on voudra reporter notre attention sur l’insignifiant, le détail, l’anodin, qui sont souvent des éléments que les maîtres d’autrefois utilisaient mais qu’ils ne plaçaient pas en « vedette » dans leurs tableaux.

A une période de ma vie j’ai cru que l’abstraction me permettrait de résoudre la question. Je me disais :

« Il n’y a qu’à s’aventurer sur la toile sans préparation particulière, sans idée préalable, sans intention, juste partir d’une envie de peindre. »

J’ai cru alors ouvrir une nouvelle voie, créer quelque chose qui n’avait encore jamais existé, enfin cela allait être « original ».

Je travaillais beaucoup comme d’habitude et ne me souciais pas tellement de ce que faisaient les autres peintres dans le même domaine que moi. C’était une erreur car à cette époque pratiquement tout le monde peignait des tableaux abstraits.

Il n’y a qu’à regarder désormais les réseaux sociaux pour comprendre à quel point l’abstraction a accompagné ces dernières années la volonté de beaucoup de personnes à mettre en avant leur originalité. Au bout du compte toute cette « originalité » accumulée devient la norme, la convenance, quelque chose de classique.

L’erreur donc est de rester seul dans son atelier en pensant que ce qu’on fait est singulier, que personne d’autre que soi ne l’a jamais envisagé. La chute est rude lorsqu’on s’aperçoit finalement que ce qu’on fait « poussé par l’air du temps » n’est rien d’autre que du « déjà vu, déjà fait » alors qu’on se croyait original.

Il y a de cela quelques mois je me suis rapproché de ce que l’on appelle l’art singulier et l’art brut. Comme je n’y connaissais pas grand chose, j’ai pu avoir un instant cette propension à me dire « comme c’est original » « j’adore cette peinture » « je veux faire ce genre de peinture »

Donc déjà j’avais évolué dans le sens où je ne parlais plus de ma propre originalité mais de celle d’un « courant » dans lequel j’ai eu la velléité de m’introduire, parce que ce genre de peinture surtout était accès sur des critères qu’il m’intéressait de développer, plus particulièrement le dessin, mais aussi le choix des supports et des formats bien moins coûteux que ceux j’utilise habituellement.

Dans le fond je suis revenu à la source car j’ai pris pour modèle quelques peintres que j’aime pour étudier leur manière, leur style, leur esprit sans pour cela les copier à la lettre.

Cela m’a nourrit car je ne dessinais en général que peu ces dernières années et j’ai retrouvé le plaisir de dessiner. Si cela n’avait été au bout du compte que le seul avantage de la démarche ce serait déjà bien.

Ce que j’ai pu observé aussi c’est une certaine application dans le passage des couleurs, dans le remplissage des espaces, c’était en général ce que j’appelle « bien peint » et aussi l’utilisation de couleurs vives m’a permis de repousser l’obsession des gris et de la tragédie perpétuelle comme le trop grand romantisme ou le sérieux qui les accompagne.

J’ai produit de petites choses qui pour moi ne sont que des exercices, des études. Et j’ai plutôt emprunté pour ce faire l’état d’esprit du débutant, de l’élève plutôt que celui du « maître » dans lequel je réside habituellement, c’est à dire l’ennui de cet état d’esprit d’expert avec ses règles, ses contraintes, ses a priori.

En fait cet « art singulier » n’est pas une génération spontanée, même si ce sont souvent des autodidactes qui s’en emparent, ils sont loin d’être idiots et ignorants, la plupart connaissent bien mieux l’histoire de l’art que la plupart des peintres dits professionnels que j’ai pu côtoyer.Cela veut dire qu’ils possèdent à la base la plus grande humilité pour s’être dirigés vers l’exploration de la peinture, que ce soit celle des traditions millénaires, exotiques, afin de fonder leur style propre. Ils ne sont pas partis « au hasard » dans leur pratique même si l’utilisation du hasard peut les servir souvent, mais alors dans un cadre bien précis.

Quand on a l’œil exercé à reconnaître les avantages que le hasard propose, quand on devient en quelque sorte son compagnon attentif, alors on ne s’égare pas tant que ça.

C’est la raison pour laquelle résoudre la volonté d’originalité peut prendre du temps, c’est qu’il faut traverser à la fois notre propre naïveté, notre orgueil comme notre ignorance et parvenir à une sorte de degré 0, à l’humilité.

Bien des autodidactes vont faire ainsi un long chemin avant de trouver véritablement leur voie, leur style surtout s’ils manquent de confiance en eux et sans doute est-ce la raison qui parfois les entraîne à bout de souffle et d’idées parfois à vouloir rejoindre un cours de peinture.

A de rares exceptions près il est rare que l’on conserve cette inébranlable confiance en soi pour s’accrocher jusqu’au bout et seul dans cette voie. Beaucoup d’appelés peu d’élus.

La conclusion que je pourrais tirer pour moi de cette volonté d être original c’est qu’elle permet à la fois un mouvement ascendant qui permet de prendre confiance en soi quand on commence à peindre. C’est un peu l’envol d’Icare si l’on veut. Mais il est nécessaire à un moment de songer à un atterrissage en douceur si on ne veut pas s’écraser au sol. C’est pourquoi la qualité principale d’un peintre, et sans doute plus généralement des artistes à mon avis est l’humilité. Il faut se dire que tout a déjà été fait et que l’originalité n’est pas un but en soi.

Illustration sans titre dernière toile en cours de réalisation 100×100 huile Patrick Blanchon

Les commentaires sont fermés.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :