Est ce que l’engagement peut-être un thème en peinture ?

Le risque que j’entrevois dans la notion d’engagement en peinture comme dans l’art en général c’est d’être « récupéré » en tant qu’opportuniste par le public. Tu vas me dire que cela n’a pas beaucoup d’importance si on croit vraiment à la sincérité de son engagement.

Car évidemment c’est sur la sincérité de l’émotion que l’on va s’appuyer pour créer quelque chose de valable, sinon ce n’est pas la peine.

Le problème c’est justement cette sincérité et l’immédiateté dans laquelle elle nous projette d’un coup, sans bien réfléchir. Je me demande si à force, par l’entremise des média, nous ne sommes pas conditionnés à devoir ainsi faire preuve bien plus de « réactions » que de réflexion.

Etre pour ou contre, c’est aussi le leit motiv que l’on retrouve dans tous les sondages d’opinion avec souvent des questions à réponses multiples fermées. Autant dire que notre liberté de réflexion comme de réponse s’en trouve considérablement réduite.

Quand Picasso peint Guernica, il ne le peint pas spontanément de son propre chef, c’est une « commande » en quelque sorte du Parti communiste qui lui intime aimablement l’ordre d’effectuer cette action.

Sans doute alors le peintre revisite t’il l’événement avec son propre regard, ses filtres et cela produit un chef d’oeuvre, mais on ne peut pas parler vraiment d’engagement, ni de sincérité qui seraient à l’origine du tableau.

Cependant que Guernica est devenu malgré tout pour un vaste public le symbole de la guerre et de son effroi.

Le problème de l’engagement en art et en peinture plus particulièrement pose donc une question essentielle : suis je suffisamment sincère dans ce qui me pousse à réaliser une oeuvre dite « engagée », ou bien est ce que tout bonnement je ne suis pas en train de céder à un mouvement collectif ?

Il y aurait aussi un rôle dont pourrait s’emparer l’artiste, le peintre de devenir une sorte de « hérault » ou « héros » plus ou moins consciemment qui peut aussi appartenir au domaine de l’illusoire.

Dans un monde ou l’information, les tragédies, les horreurs ne cessent de s’enchaîner les unes après les autres être un « artiste engagé alors résoudrait le problème du thème à trouver- on en trouverait à la pelle.

Et en même temps j’aperçois à terme une corrosion particulière du cœur et de l’âme qui par « sincérité » finirait par s’égarer dans toutes les tragédies et peut-être faute d’en trouver de puissantes vraiment à l’instar de l’usage de l’alcool et des drogues finirait pas les confondre avec les anecdotes.

prof d'arts plastiques, fabriquant de tableaux. @patrickblanchon38550 http://patrickblanchon.com

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