Le petit sentier #6

Les doutes, l’incertain, la plongée en apnée.

Mam'zelle poisson, plongée en apnée.
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Mam’zelle poisson, plongeuse en apnée.

Si tu pratiques une activité artistique tu t’es peut-être aperçu, que la passion seule, comme en amour, ne suffit pas. Il y a toujours un moment où le doute s’installe, où l’on doit commencer à construire des compromis, où la remise en question devient comme une sorte de sas qui te fera passer d’une période à l’autre.

Et ces périodes ne sont pas du tout faciles à vivre pour la plupart d’entre nous.

Tout allait bien et puis, un beau matin tu te réveilles et tu as comme une sorte de chape de plomb sur les épaules. Comme une sorte d’ennui dont le symptôme principale est une grande fatigue de la répétition.

C’est un peu comme dans un mauvais rêve dans lequel tu voudrais courir mais tu fais du surplace.

Comment faire pour sortir de cette mélasse ?

Quelque chose en toi s’est réveillé qui te fait sortir du confort habituel dans lequel tu te croyais peinard. D’un seul coup tu regardes ton travail avec ce recul particulier qui te donne le sentiment d’un à quoi bon magistral, et alors toute la kyrielle des jugements négatifs se met en branle et tu restes scotché pendant une durée indéterminée sur cette sensation qui ressemble à l’échec, au désespoir, comme à la vacuité des choses en général.

Je tenais à te dire aujourd’hui que ce genre de chose ne vient pas par hasard, que c’est même un passage obligé dans une carrière de créateur, si c’est la première fois que ça t’ arrive c’est même une excellente nouvelle.

Cela signifie que tu es arrivé à un pallier sur ton trajet artistique, que quelque chose au fond de toi s’en rend compte.

Mais comme le changement nous fait toujours peur, nous avons l’habitude de le considérer comme hostile et nous mettons en place des défenses automatiques en même temps que nous comprenons sa nécessité.

Cette dépression si particulière que tu es en train de traverser c’est le résultat d’un frottement entre deux directions, deux tractions de l’énergie. Celle qui ne cesse de répéter qu’il faut aller de l’avant et l’autre qui répond systématique « ok mais c’est où l’avant et c’est où l’arrière dans ce cas ? »

Alors la cervelle tourne en rond, le petit hamster affolé cavale sur sa roue , l’oxygène finit par manquer car on oublie d’aller prendre les bols d’air nécessaires et on finit par recycler tout un tas de vieilles pensées toxiques.

Je vais te dire que ce genre de situation je l’ai vécue de nombreuses fois même si je sais que ça ne va pas résoudre ton problème pour le moment, c’est quand même une bonne chose de savoir qu’on n’est pas tout seul non ?

La toute première fois que j’ai ressenti ce genre de chose je l’ai confondu avec une crise existentielle, avec l’ennui. Je devais approcher la trentaine, et comme dans un roman de Kundéra je voyais des gestes qui se répondaient les uns les autres comme dans une répétition infinie, une mise en abîme incessante. Les paroles que les gens disaient n’avaient plus de sens autre que de ressembler à l’écho de quelque chose qui cherchait à s’exprimer toujours maladroitement, toujours en vain. Ce fut vraiment quelque chose d’inédit peut-être j’imagine comme un cosmonaute qui découvre pour la première fois l’état d’apesanteur.

En tous cas face à cette situation je me souviens très bien que j’ai eu un choix à effectuer rapidement. Soit je sombrais dans celle ci et je ne donnais pas cher de mes os, c’est à dire qu’elle allait vite devenir « incontrôlable » et m’emporterait vers une sorte d’auto destruction pure et simple, et quand je dis  » sombrer » ce pouvait aussi être faire comme si de rien ne se passait, c’est à dire continuer à vivre en écoutant la radio, en lisant les journaux, en marchant des heures dans la rue et en passant tout ce temps à travailler de façon stérile.

Soit j’adoptais justement une position inédite, à contre sens de ce que j’aurais dû faire « naturellement » c’est à dire en me « distrayant ».

J’ai choisi plutôt de m’asseoir au beau milieu de la situation et d’observer ce qui se passait.Et pour ne rien perdre de tout ça je me suis mis à écrire chaque jour tout ce qui se passait par la tête durant ces journées. Cette dose quotidienne d’écriture me permettait d’obtenir comme un rendez vous avec moi même. Et peu à peu au fur et à mesure où j’écrivais je me suis aperçu que ça me faisait du bien. A partir du moment où j’avais posé quelques lignes sur les pages de mon cahier, j’avais le sentiment d’avoir gagné une sorte de paix et ce pour la journée toute entière quelque soit ce qui pourrait se produire.

A cette époque je vivais encore à Paris et je ne dormais déjà que très peu. La nuit j’allais me promener sur les boulevards et je ramassais des piles de vieux journaux et des cartons que je rapportais chez moi, dans la petite chambre d’hôtel où je logeais.

Je fabriquais pour me détendre des personnages en papier mâché et je les plaçais ensuite soit sur le rebord de la cheminée soit sur une petite étagère. Je me souviens encore de l’émotion ressenti, de l’échange singulier entre la première petite réalisation effectuée et moi qui la contemplait. Elle était sorti de moi pour entrer dans le vaste monde cette petite figurine et c’était quelque chose d’extraordinaire comme j’imagine une femme peut éprouver à la vue de l’enfant à qui elle vient de donner la vie, toutes proportions gardées évidemment.

Dans le fond continuer à écrire, à peindre à sculpter, c’est continuer à donner quelque chose au monde, à extraire quelque chose de soi et peu importe qu’il soit reçu avec tous les honneurs ou pas, le boulot c’est de le sortir,après c’est une toute autre histoire.

Dans le fond la dépression, l’ennui, le doute, peu importe le nom que l’on puisse donner à cet événement, m’aura permis simplement de me rapprocher chaque jour un peu plus de moi même, de ne pas me perdre complètement en tous cas. Et en même temps cette assiduité, cette régularité, et ce sentiment de « tache accomplie » si vaine peut-elle apparaître m’aura grandement aidé dans ces périodes sombres.

Plus tard quand la peinture a commencé à prendre le pas sur l’écriture vraiment, j’ai éprouvé bien des fois ce même sentiment d’absurdité, de vacuité infinie mais je savais désormais que seule la régularité pourrait à nouveau m’aider à traverser ces moments difficiles.

Je ne me disais plus alors, je vais faire un roman, un recueil de nouvelles, ni même une oeuvre d’art en peinture, alors là pas du tout. Je redevenais humble comme un petit enfant et je me disais faisons des exercices, tentons de trouver des choses différentes. Et c’est comme ça que j’ai traversé la plupart des dépressions par la suite.

A force pourtant je ne dis pas qu’on finisse par s’y habituer, ce serait prétentieux, la vérité est que ça fait toujours un peu mal, ça « dérange », ça « éreinte », ça « crève » de se remettre en question. Ce sont des périodes de solitude intense même si tes proches sont à coté de toi, ils ont bien du mal à comprendre ce que tu traverses et c’est normal ils ne sont pas forcément des créateurs, et parfois même ils minimisent ce genre de crise en te disant

« Tu n’en as pas marre de te prendre la tête comme ça » sois simple !

Cette phrase je l’ai entendue mille fois et plus depuis ma plus tendre enfance et j’avoue que parfois j’ai pensé qu’ils avaient raison que j’étais bien prétentieux, orgueilleux, compliqué pour ne pas accepter la douceur et la simplicité apparente des choses .

Quelque chose en moi, comme un 6 ème sens m’a longtemps fait considérer cette douceur et cette simplicité comme un refuge facile, un bandeau que la plupart des gens s’obligent à porter pour ne pas regarder ce qui peut les effrayer le plus.

Le changement, le doute, voilà ce qui effraie tout le monde c’est seulement notre façon de gérer nos peurs par rapport à ces mots qui fait la différence.

Et pour toi qui peint qui écrit qui sculpte ou je ne sais quoi d’autre encore c’est ta façon aussi de te positionner face à ces craintes essentielles que ne cesse de distribuer la vie.

Alors, quand tu perds confiance en toi, en ton art, finalement tu te retrouves comme tout le monde face à l’incertain, au doute et tu te réfugies dans cette dépression dont je parle comme d’autres iront se flanquer sur le canapé du salon pour gober devant la télé.

Et pourquoi pas aller aussi gober devant la télé en même temps, tout cumuler d’un bon coup ?

Sauf que ça ne change pas grand chose au problème, il faut avancer tu le sais.

Alors comment faire lorsque le doute, la remise en question la dépression s’amènent ? Comment vas tu réagir face à tout ça ?

Maintenant j’aimerais aussi te rappeler une chose propre aux  » artistes » aux créatifs en général.

Ce sont les périodes d’extase, d’enthousiasme, de confiance en toi inébranlable que tu as aussi traversées n’est ce pas ? il est impossible que tu ne connaisses pas ces périodes

Tu te souviens comme tu es capable alors de monter tellement haut dans les tours que tu n’en dors même plus, ton énergie semble inépuisable ton inspiration intarissable, ta solitude s’appelle la paix, la sérénité et elle te permet d’être plus fort encore lorsque tu te trouves confronté au monde.

Tu fonces dans ces occasions, tu ne te poses pas de question, c’est l’action qui prime. Et comme tu sais que ce n’est pas éternel, que ça va forcément s’arrêter, évidemment tu mets les bouchées doubles !

Avec le temps il y a une chose que j’ai comprise sur le chemin de l’art ou plutôt un mot c’est  » appréciation ».

Appréciation ou estime ou mesure.

être « mesuré » n’est pas le propre de l’artiste en général telle que la plupart des gens le conçoivent. On pense plus généralement au mot démesure, brouillon, chaos, génie, fulgurance, mais surement pas à la sagesse ni à sa mesure.

Et pourtant je suis persuadé que le chemin de l’art que je suis depuis des années maintenant ne peut mener qu’à une certaine mesure, à une certaine sagesse et tout pourrait se résumer dans le mot « équilibre »

C’est une sorte d’équidistance d’ailleurs qui peu à peu se met en place naturellement entre les périodes de jaillissement, de force, d’énergie, de liberté et les périodes de marasme, de ruine, de désert, de famine et de sécheresse que l’on appelle dépression.

Ce sont deux mouvements que je crois complémentaires désormais. L’un ne peut aller sans l’autre, ils sont interdépendants. Tenter d’en amoindrir un ou de préférer l’autre n’a absolument aucun impact aucun effet sur cette constante.

Il faut faire preuve d’appréciation pour voir comment les choses se mettent en place, ne pas trop réfléchir, savoir dans quel mouvement on se situe à l’instant T et s’accrocher à la vieille notion de RÉGULARITÉ dont je ne cesserai jamais de vanter l’importance.

C’est cette vieille histoire encore une fois de navigateur accroché à son mat qui s’en va curieux d’entendre le son des sirènes dans cette histoire ce qui est important ce n’est pas le nom du navigateur, ce ne sont pas les sirènes, c’est seulement le mat, l’axe qui permet de traverser les joies et les peines comme des éléments naturels sans sombrer pour autant dans les unes ni dans les autres.

3 commentaires sur “Le petit sentier #6

  1. Le petit sentier 😍 Je dirai plutôt notre quotidien car c’est la routine de celui qui est passionné , mais cela doit arriver afin que l’on puisse être à la hauteur de nos œuvres …. L’inspiration, l’ardeur ou encore l’engouement ne vient pas tous les jours ,on doit juste pas baisser les bras … 🤞🏽

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