Combien de routes ?

J’aime cette chanson de Bob, quand je me la repasse, c’est toujours le signe avant-coureur que je ne suis pas loin de régler une difficulté, un blocage, que je ne vais pas tarder à sortir d’un long moment d’apnée pour prendre une bonne goulée d’air frais.

Cette chanson résume ma vie parfaitement.

Toutes ces routes que j’ai voulu consciemment ou pas emprunter et qui m’ont mené souvent à des impasses, ou à des châteaux en Espagne, à la réussite ou à l’échec, je me demande parfois ce qui m’a toujours poussé à en emprunter autant ?

J’aurais pu me concentrer sur un petit sentier et le suivre en me fichant de tout le reste. Mais alors ce n’aurait pas été moi, ce ne serait pas l’homme que je suis désormais.

Non pas que je sois ultra fier de ce que je suis, je suis absolument dans mon for intérieur, ni meilleur ni pire que toi je le sais.

Simplement il me semble que peu à peu la sérénité s’installe.

Elle vient par saccade cette sérénité comme dans un coït, il y a toujours une pose entre deux sensations de jouissance, sans doute pour mesurer cet écart toujours entre bruit et silence. Entre absence et présence.

Sans doute que faire l’amour ne sert qu’à cela, à mesurer cet écart plus ou moins consciemment entre notre naissance et notre mort et, lorsqu’on « connait l’autre à force de caresses, de dons, quand peu à peu on prend conscience que l’autre au delà de tous ses masques est dans la même recherche, dans la même attente, dans la même insécurité ontologique, quand nos pensées s’évanouissent dans la communauté de cette jouissance, alors nous parvenons un instant à l’infini, à la complétude.

Un instant seulement parce qu’ensuite il y a la route, il y a toujours une route, et sur ces routes, des carrefours où l’on se sépare en emportant, chacun de nous le souvenir d’un absolu que nous avons entrevu.

Parfois on courbe l’échine en regrettant la perte, en s’accusant de tout et de rien, parfois nous sommes contraints à trouver tout cela tellement dérisoire, que nous limitons ces expériences à leur seule qualité apparente d’humeur.

Mais c’est une erreur je crois. Ce que nous avons vécu, nous l’avons vécu, il n’y aucune raison valable à chercher des raisons comme il n’y a aucune raison valable à devoir fournir des preuves à quiconque de notre capacité d’aimer.

Et c’est ainsi que chacun reprend sa route décidant de voyager léger ou bien en emportant toute une quantité folle de valises qui ne manquera pas d’alourdir notre élan vers l’inconnu, vers l’inédit, dans le fond vers nous-mêmes.

La sclérose et l’immobilisme alors seront les béquilles que nous choisirons pour éviter de courir à cœur perdu vers nous mêmes. Combien de fois cela m’est-t’il arriver ainsi de me désespérer jusqu’à ce que je comprenne l’immense valeur du rire à traverser pour atteindre enfin le vrai sourire.

Je ne le compte plus.

J’ai emprunté tant de routes, tant de chemins, tant de sentiers en me débarrassant à chaque fois de tout ce qui pouvait m’encombrer au final, toutes ces fausses idées sur le monde, les autres et surtout moi-même, et j’ai eu souvent peur, terriblement peur d’être une sorte d’entité perdue dans l’espace sidéral qui inventait absolument tout, sans doute la même peur que peut éprouver Dieu, et qui pour s’en sortir à tout crée encore et encore.

Dieu ou bien Jeannot Lapin, qui par fatigue de devoir prouver qu’il existait à finit par se mettre à l’écart et s’inventer ses propres jeux.

Les raisons de changer de route semblent tellement multiples et à chaque fois on se dit que ce sont de « très bonnes raisons »On se le martèle pour ne pas avoir le courage aussi d’affronter le fait que cela puisse être également de mauvaises. L’important est toujours de constater qu’il y a la plupart du temps une raison.

Pourtant à de rares exceptions, je dois aussi dire que je suis parti, sans raison, de façon tout à fait déraisonnable et que c’est à ces moments là que j’ai atteint une sorte d’orgasme.

J’ai alors senti s’ouvrir devant moi une route inédite totalement inconnue qui ne ressemblait à rien et c’est parce qu’elle ne ressemblait à rien que je crois l’avoir justement empruntée.

Ce n’était ni du courage ni de la lacheté, c’était bien au delà de ces deux mots. Un refus sans doute de m’arrêter une envie irrépressible de continuer à avancer.

Tout simplement parce que je n’étais pas encore celui que je suis désormais.

Il y a longtemps que je me suis arrêté physiquement de partir. J’ai utilisé l’art, la peinture notamment pour continuer à voyager en bifurquant de nombreuses fois dans ma pratique parce que je sentais que je pouvais encore me libérer d’une idée, me libérer d’un bruit, me libérer de tout un tas de pressions autant extérieures qu’intérieures.

Ce cheminement peu à peu et désormais restreint à la peinture seule, m’a permis de me solidifier dans ma vie quotidienne, et aussi dans mes relations avec les autres, avec mon épouse et ses enfants, et tous les cercles d’amis que depuis notre rencontre se seront élargis.

Par la peinture aussi j’ai pu faire de nouvelles rencontres, j’ai éprouvé des joies comme des déceptions comme sur n’importe quel autre chemin quand on croise des personnes.

La raison de ce cheminement, finalement, j’ai abandonné d’utiliser la pensée pour le comprendre, mais plutôt de faire confiance à mon cœur.

Et de temps en temps quand je marche et que j’entends le vent qui passe dans les herbes hautes ou traverse la ramure des arbres je sais que toutes les réponses se trouvent dans ce chant que j’entends de mieux en mieux, ce chant qui se cristallise dans la chanson de Bob.

5 commentaires sur “Combien de routes ?

  1. Inspiring folk song written in 62, aired in 63 (still a toddler). 2016 Bob Dylan was awarded the Nobel Prize in literature for his work. How many roads… How many wars….. How much life experiences a person has to endure in order to get free from this demanding society. Are we not here to learn ? Another masterpiece of the sixties by Simon and Garfunkel: “The Boxer”. Have a lovely day.

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