Comment construire sa démarche artistique en 10 étapes. #6

Détecter les contradictions

Tout n’est pas blanc ou noir, si tu es peintre tu le sais, il existe tout une variété de nuances entre ces deux couleurs. C’est cette richesse inouïe qui, la plupart du temps d’ailleurs nous induira en erreur.

De l’abondance, de la profusion, et ce dans les couleurs, dans les valeurs, dans les idées il y en a bien plus parfois qu’on le voudrait …

Nous avons parfois envie d’un tas de choses en même temps et finalement nous restons figé par cette impression de multitude, et nous ne faisons rien, sidérés par l’embarras du choix.

Aujourd’hui j’aimerais te parler de la contradiction. En général on n’aime pas plus être contredit que de découvrir soi-même que l’on se contredit. Cela laisse une impression bizarre, on se demande si on n’est pas une girouette, si on ne manque pas d’une chose importante que l’on pourrait nommer solidité, stabilité, et encore bien d’autres choses.

Lorsqu’il arrive qu’une envie, une parole, un acte soit découvert contraire à ce que nous nous étions imaginé que nous étions, nous sommes alors face à une contradiction.

Comme un double de nous-même. (si c’était seulement un double… mais parfois c’est une armée toute entière)

Pourtant, pas d’inquiétude, je ne connais personne qui ne possède pas de contradiction, c’est le lot de tout à chacun.

Et comment la réglons nous cette difficulté, car la plupart du temps nous l’appelons ainsi ? Que faisons nous, que fais tu avec tes contradictions ?

Sans doute t’es tu aperçu que nos propres contradictions nous ennuient et que nous les mettons de coté. Nous cherchons souvent un « biais » face à elles. Si tu regardes un peu en toi et autour de toi, la contradiction passe dans la catégorie du « non-dit » ou alors le rire fuse, et la phrase « tu n’es pas à une contradiction près » finit par arriver avec ce rire.

Je crois qu’il faut être un peu plus attentif que cela envers nos contradictions et les considérer comme des forces qui tentent de nous indiquer un équilibre à venir dans une sorte de dialectique. La dialectique est à mon avis un mot qui convient plus que la logique que nous avons l’habitude d’invoquer pour résoudre des problèmes …logique, dans l’énoncé de leurs hypothèses.

En matière de contradiction il n’y a pas vraiment la même logique, je n’irais pas jusqu’à dire que ça dépasse la logique, mais seulement parce que je n’ai ni l’envie, ni l’utilité dans ce petit texte de te faire un cours de philo.. ni de me disperser comme je sais si bien le faire !

Si on regarde une vie entière et que l’on pose sur une feuille de papier deux mots par exemple :

Aimer et haïr ?

et que l’on liste ensuite toutes les expériences reliées à ces deux mots, tu verras que même si tes actes, tes paroles, tes pensées semblent avoir été contradictoires, vis à vis de ces deux mots, l’ensemble du contenu que tu vas relire ensuite te donnera bien des pistes pour trouver une sorte de synthèse, une sorte de sentiment d’équilibre qui sera au bout la somme de toutes les contradictions.

tu verras que dans un premier temps tu découvriras un écart entre ce que tu penses d’un mot, les relations que tu as toujours entretenues avec ce mot en décidant toi-même de ta définition de celui-ci, et ensuite si tu ouvres un dictionnaire tu vas souvent constater de légères ou très fortes différences entre la définition usuelle et la tienne.

Nous nous appuyons souvent sur nos propres définitions celles que nous avons inventées de toutes pièces, par accumulation d’expériences, de sensations, agréables ou désagréables et lorsque par hasard ou consciemment nous nous heurtons à cette illusion que nous avons crée, nous nous trouvons alors en pleine contradiction.

Il ne s’agit pas de se détourner de nos contradictions, il faut seulement les repérer et les noter dans un coin de notre tête, elles adorent être découvertes, tout simplement parce que les découvrir c’est se découvrir un peu plus soi-même.

Comment tirer partie de nos contradictions ?

D’une certaine manière accepter ses contradictions c’est déjà se positionner sur un plan différent, on prend un peu de recul par rapport à celles ci, on s’extirpe peu à peu de la sidération et un vrai travail peut alors commencer si on le désire.

On peut se donner un tas de bonnes raisons pour réaliser ce travail, et y passer de très longues heures, des journées, des semaines et encore bien pire.

Je sais vraiment bien de quoi je parle sur le sujet.

Nous tentons de résoudre les contradictions mais ce n’est pas vraiment facile, nous n’avons pas toujours les bons outils pour cela.

C’est un travail de philosophe pas si différent d’un travail d’artiste que de chercher à résoudre des contradictions.

Bon la philosophie, laisse parfois un souvenir mitigé, beaucoup de parlote pour ne rien dire, c’est ce que pensent bien des personnes qui finissent par écarter les philosophes ne leur trouvant pas d’utilité.

Pourtant, un artiste devrait vraiment s’intéresser à lire certains Philosophes.

Dans cet article je ne vais pas te dire lesquels sont vraiment inspirants, j’ai déjà l’idée d’un autre article en tête ou je développerai ce rapport entre philosophie, poésie et art pour t’expliquer comment à mon humble avis ces trois matières sont liées étroitement.

Et aussi que ce n’est pas forcément contradictoire de glisser de l’une à l’autre dans une pratique philosophique, poétique ou artistique

Je ne pense pas qu’il faille parler de tes contradictions dans la rédaction d’une démarche artistique bien sur, mais il me semble pour nourrir tout le mouvement , ce travail à la construire ou en parler que porter ton attention sur tes contradictions te fera beaucoup progresser si tu ne restes pas trop longtemps sidéré par tes découvertes évidemment.

En ce qui me concerne pour avoir passé plus d’une année à réfléchir à ce que pouvait être ma démarche artistique, c’est à dire tout simplement exprimer les raisons pour lesquelles je peignais, mon projet artistique et surtout vers où je désirais me diriger je suis tombé sur pas mal de contradictions et j’ai du trouver une façon de ne pas rester trop longtemps bloqué par celles-ci.

Le pourquoi du comment en matière de contradictions.

J’ai remarqué que ce que nous voulons se résume souvent à des pensées et que si nous ne transformons pas ces pensées en action il ne se passe rien.

Je vais te donner un exemple bateau.

Je trouve un lieu d’exposition et la personne que j’ai contacté me demande un dossier

Combien de fois à mes débuts ai je négligé la présentation de ce dossier tout bonnement parce que j’avais l’accord pour exposé et il m’apparaissait inutile une fois mon objectif atteint de peaufiner plus ma biographie mon dossier photos, ma démarche artistique.

En général, j’envoyais un mail avec quelques lignes écrites dans l’urgence, je joignais quelques photos des œuvres que je préférais et comme on me demandais un titre, je trouvais des titres affligeants de banalité comme « le vagabond des couleurs » « vagabondages colorés » « errances » … Dans le fond j’étais moi même assez confus pour donner un titre à mon travail et je ne rendais même pas compte que je donnais toujours plus ou moins le même.

Evidemment quand tu es peintre tu te dis que ta place est dans l’atelier en train de peindre, que tu n’as pas vraiment le temps ni l’envie à t’asseoir à une table pour écrire ta biographie, ta démarche artistique, et construire ainsi un dossier solide pour les differents interlocuteurs à qui tu t’adresses quand tu désires exposer.

C’est là ce que j’appelle une belle contradiction.

Cela ressemble un peu à « je veux mais je ne veux pas » pour la personne qui va recevoir ton dossier indigent après s’être enchantée de t’exposer.

Quelle image donne tu déjà avant même d’avoir rencontré cette personne ?

C’est fondamentalement un double manque de respect, d’une part envers ton travail et toi de mal vous présenter, et pour la personne qui pourra imaginer que dans le fond tu t’en fiches d’exposer chez elle.

Je te l’avoue, je ne pensais pas à tout cela, dans le fond j’avais une telle trouille de montrer mon travail que je me sabotais déjà des mois avant la date fatidique en dressant déjà par avance une sorte de tableau maladroit, immature, voire parfois aussi caractériel de qui j’étais.

Comme je l’ai déjà dit tout le monde a des contradictions et tant qu’on ne s’arrête pas sur elles pour les regarder bien en face, elles peuvent finir par faire vraiment des ravages, sans même que nous en ayons conscience.

Récemment plusieurs jeunes gens sont venus sonner à ma porte. C’était des élèves d’une classe de 3ème du collège à coté de chez moi. Ils se présentaient à la queu leu leu pour me demander de les prendre comme stagiaire durant une semaine.

Je leur ai demandé à tous une lettre de motivation et un cv, pour qu’ils fassent ce travail de réfléchir un peu sur leurs motivation et non venir chez moi par obligation seulement de réaliser un stage.

Quelle déception de lire toutes ces lettres, bourrées de fautes d’orthographe, pauvres en argument, sans âme. Des lettres administratives froides, mal rédigées, et qui ne donnent pas du tout envie au final de rencontrer les personnes plus avant.

Cependant il fallait que je choisisse, alors j’ai proposé des entretiens pour voir si à l’oral ça irait mieux qu’à l’écrit…

C’était aussi lamentable dans le fond qu’à l’écrit et j’en rigole encore parce que j’avais envie de me taper la tête contre les murs ou de les secouer comme des cocotiers chacune, chacun afin qu’une émotion au moins quelque part surgisse.

Je voulais bien prendre un stagiaire, mais je cherchais « la perle rare ». Tant qu’à passer une semaine ensemble je m’attendais à trouver quelqu’un de motivé, de battant, et qui au moins avait comme hobby de dessiner ou de peindre…mais non rien de tout cela est arrivé.

J’ai fini par prendre une ancienne élève qui était dans la liste des demandeurs, parce que même si elle avait abandonné les cours, j’avais senti alors une motivation à dessiner, mais ça remontait à plusieurs années. Ce n’était absolument plus la même jeune fille et j’ai passé une semaine terrible à me demander comment je pouvais lui faire comprendre excuse l’expression « comment se bouger le cul ».

Aucune initiative, pas de réflexion, elle attendait toujours que je lui indique quelque chose à faire, aucune question ne sortait de sa bouche sur mon travail, sur le pourquoi et le comment. j’étais sidéré de constater ce manque total d’investissement personnel.

C’était dans le fond un « devoir » à faire et elle tentait de le faire en bonne élève, sans ouvrir la bouche en attendant les consignes.

Je pense que quelque chose de profondément stupide se passe dans les écoles depuis toujours mais là je crois qu’on est arrivé à un summum.

Dans le fond je n’en ai voulu à ma stagiaire que durant quelques minutes en vrai. Pendant cette semaine j’ai tenté de lui inculquer des notions qui me paraissent tellement évidentes désormais comme l’initiative, la curiosité, l’organisation, comment résoudre une difficulté en plus petites parties, comme mettre en oeuvre un plan d’action.

Et là je me suis vraiment demandé à la fois ce que fichaient les parents et l’école… quelles choses étaient enseignées plus prioritaires visiblement que ces essentiels qui lui manquaient terriblement.

Conclusion

J’adore enseigner, j’adore transmettre, mais mon passé en entreprise me fait perdre de plus en plus vite patience avec les gens que je ne sens pas motivés, c’est mon exigence, elle est la même envers mes élèves, le fait est que je n’ai même pas à mettre les gens dehors, ceux qui ne sont pas motivés partent de leur plein grès à peine quelques cours après avoir commencé.

C’est une question de feeling, et c’est aussi la préservation des petits groupes dans lesquels une ambiance de plus en plus chaleureuse s’est installée.

Pourtant j’aimerais avoir plus d’élèves encore, mais pas n’importe lesquels, il faudrait que je développe toujours plus mon cours, accroître mon chiffre d’affaire, mais je n’arrive pas à m’y résoudre non plus à cause je crois de cette exigence à la fois concernant la qualité de mon enseignement, et la qualité des élèves, c’est à dire leur endurance, leur persévérance, leur implications dans ces matières que j’enseigne.

J’ai fini par choisir un cadre éthique dans ce travail d’enseignement de la peinture.

Bien sur il m’arrive encore de me dire que je pourrais gagner un peu plus d’argent mais je me lamenterais vite je crois si d’un coup je passais à des groupes d’élèves plus importants. Ce ne serait plus cette ambiance de travail studieuse et amicale, ce serait l’usine à nouveau… j’ai déjà donné merci bien.

et toi en tant qu’artiste quelles sont tes contradictions ?

Peut être aime tu peindre ou exercer ton art sans te poser toutes ces questions et en même temps si tu lis ces lignes c’est que ces questions dans le fond te titillent un peu , sinon tu n’aurais pas fait tout ce chemin pour arriver au bout de ce texte.

J’espère que ce petit texte t’aura apporté un peu d’eau à ton moulin, on se retrouve très vite pour la suite de comment construire sa démarche artistique

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