Comment construire sa démarche artistique #9

Etude de cas : La démarche artistique de Sophie Calle

Qui est Sophie Calle ?

Ce qui me touche particulièrement dans l’oeuvre de Sophie Calle, ce n’est pas une seule de ses photographies, de ses montages entre écrits et tableaux, ce n’est pas un seul de ses « exploits » contemporains, c’est bien plus un faisceau d’indices sur « Qui est Sophie Calle » et cette somme provoque en moi une émotion particulière à la reconnaître comme une proche.

Nous sommes à peu près de la même génération, à quelques 7 années près … elle est née en 1953 et moi en 1960. Nous n’aurions pas pu nous rencontrer dans ma jeunesse, c’eut été impossible, je ne l’aurais sans doute même pas regardée.

Et pourtant je jurerais que nous nous sommes croisés de nombreuses fois dans les rues de Paris, chacun de nous traquant quelque chose dans le quotidien pour lui trouver un sens tant nous nous étions égarés.

Etre perdu, était sans doute pour moi le résultat d’une multitude de pensées et d’ actes plus ou moins volontaires, plus ou moins réfléchis. Je m’étais perdu par pulsion bien plus que par intelligence ou par bêtise.

Sophie Calle a voyagé, je n’ai pas besoin de savoir où elle est allée, j’y suis allé aussi d’une certaine façon et toujours nos deux silhouettes s’entremêlent soit dans une ruelle d’Istamboul, sur les pentes sableuses des dunes du Balouchistan, dans une grande artère de Cologne, ou dans l’arrière salle d’un pub de Gallway.. Je n’y ai jamais prêté attention vraiment, mais elle était là, nous étions là, silencieux, à photographier la vie, le monde, pour tenter de retrouver dans nos clichés quelque chose qui prenne sens, un vrai sens qui nous extirperait de l’indécis, de l’incertain, et peut-être redonnerait au monde quelque chose d’éternel et de rassurant dans lequel nous engouffrer.

Peut-être puisque c’était un de ses divertissements préféré, comme le mien, nous sommes nous suivis mutuellement sans le savoir, peut-être que tous ces dos de femmes devrais je les réexaminer désormais et peut-être qu’à l’appui de cette intuition je serais certain de la retrouver inscrite discrètement dans la gélatine de mes innombrables négatifs.

Mais je n’ai pas vraiment besoin de cela dans le fond, il me plait seulement de l’imaginer, et je ne vois pas en quoi une preuve confortant cette idée lui donnerait plus de poids encore ? Temps perdu, des années d’errance, l’objectif à la place des yeux et à la place du cœur aussi dans le fond.

Et surtout le jeu comme appui ultime afin de ne pas disparaître complètement de la surface terrifiante des choses.

Nous n’aurions sans doute pas pu faire autrement que de nous assassiner mutuellement si le jeu, par hasard ou par perversité nous avait réunis.

« Singulier et solitaire, impudique et dérangeant, le travail de Sophie Calle échappe à tous les classements. Qualifiée le plus souvent d’intimiste, son oeuvre fait référence à la culture médiatique et à la montée de l’individualisme. » (19/20 national France 3)

Je ne peux m’empêcher de sourire lorsque j’entends le commentaire sonore de la journaliste évidemment. Sophie Calle n’est pas le sujet télévisuel qui apportera une grande audience à la chaîne à cette heure où l’on se demande plutôt si ce sera gruyère ou crème dans la soupe du soir… Cela montre néanmoins cet écart de la pensée destinée au plus grand nombre de spectateurs possible avec la réalité, la démarche artistique de Sophie Calle.

La voici cette démarche recueillie d’ailleurs sur le site CALLESOPHIE https://callesophie.wordpress.com/qui-est-sophie-calle/

(Il s’agit d’un travail réalisé par une personne admirant visiblement le travail de Sophie Calle et qui s’est documentée sur celle ci ) Peut importe d’ailleurs qu’il s’agisse d’un site « officiel » ou non … il est noté dans l’onglet sur lequel je clique « démarche artistique » alors voyons voir !

« Sophie Calle est une artiste qui utilise les moments intimes de sa vie ou de celles des autres pour créer ses œuvres. Pour elle, rien n’est tabou, elle peut aussi bien parler de la mort de sa mère, de ses complexes, de ses ruptures que d’inviter des inconnus dans son lit pour les observer dormir. Elle nous montre la vie sous tous ses angles avec ses bons et ses mauvais cotés. Son travail cherche à créer une passerelle entre l’art et la vie. Sous la forme d’installations, de photographies, de récits, de vidéos et de films, l’artiste construit des situations associant, selon la formule de Christine Macel, « une image et une narration, autour d’un jeu ou d’un rituel autobiographique, qui tente de conjurer l’angoisse de l’absence, tout en créant une relation à l’autre contrôlée par l’artiste ».
On peut observer que ses photographies et ses comptes rendus écrits, emprunte le style descriptif du reportage en montrant seulement la réalité des situations qu’elle créée: femme de chambre dans un hôtel, strip-teaseuse dans une fête foraine, poursuite d’un homme à Venise, etc. Devant tant de réalité, le spectateur peut se sentir mal à l’aise comme s’il n’était qu’un voyeur.
Elle se caractérise par un esprit provocateur. Elle a été par exemple la première photographe à présenter une exposition… dont elle n’avait pas pris elle-même une seule photo : elle avait demandé à une agence de détectives privés de la prendre en filature et de la prendre en photo à son insu. Ce sont ces photos d’elle qu’elle exposa.
Les travaux de Sophie Calle sont aussi caractérisés par la mise en scène de l’artiste elle-même. Sophie Calle utilise la plupart du temps les récits d’histoires qu’elle a vécues.
Elle est également une artiste de la vérité. En effet, après avoir repris des photos de caméra de surveillance, elle a écrit un livre dans lequel elle avoua qu’elle ne savait pas quoi faire de ses photos pour leurs donner une place à part entière dans son travail. Elle explique cela par le fait que ses photos n’ont aucun rapport avec elle ou sa vie.
Une autre caractéristique de son travail est qu’elle explique chacune de ses démarches artistiques dans un livre.
Enfin, Sophie Calle laisse une grande place aux spectateurs dans ses oeuvres. Elle leurs montre son intimité, jusqu’à publié des journaux intimes et les fait participer dans sa création comme pour “Fantômes”.
Pour conclure, Sophie Calle est une sorte détective qui cherche pour nous des clés de compréhension sur ce qu’est la vie. »

La dernière phrase me semble particulièrement touchante car elle place l’artiste en tant que « détective » et dans ce mot je comprends détection, je comprends que l’on est aveugle ou sourd, enfin privé de quelque chose qui empêche de s’appuyer sur les sens mais plus de fonctionner au hasard, au radar, de détecter comme on peut détecter la présence d’un fantôme la trace d’une personne laissée par un parfum, détective et sensitive aussi , cette fleur si sensible dont les pétales se referme sitôt qu’on tenterait de l’effleurer.

De quoi parle vraiment le texte de cette démarche artistique ?

de la solitude de l’artiste, mais aussi celle qu’elle projette à tort ou à raison dans les autres.

Cette solitude serait le lien entre elle et les autres ce qui est une idée originale lorsqu’on y pense. Une empathie traitée de façon objective par le travail de la photographie comme pour trouver la bonne distance, envers soi, envers les autres, envers les deux.

Le fait que son travail cherche à « créer une passerelle entre l’art et la vie » ressemble beaucoup à un poncif. Dans le fond tout artiste ne cherche t’il pas ce lien entre l’art et la vie que ce soit en sublimant l’un ou l’autre, les deux, ou en les malmenant ?

La conjuration de l’absence…le prétexte serait une disparition, laquelle ? peu importe à celle ou celui qui regardera son travail, nous connaissons tous la disparition et l’absence, il y a donc un concept d’universalité dans cette conjuration de l’absence et sans doute une volonté plus ou moins dissimulée par l’artiste de nous en consoler comme de se consoler elle-même. La notion de rituel, de répétition dans ce cas ferait partie intégrante de ce cheminement vers une consolation universelle face au phénomène de la perte, de la disparition, de la mort. Une quête d’objectivité vouée d’une certaine manière à un échec pour s’effondrer dans la subjectivité de chacun d’entre nous, et en même temps par une opération alchimique et argentique, nous en libérer.

Ensuite on évoque le « style descriptif du reportage » mais ce sont des reportages sur des situations que l’artiste crée elle-même. La notion d’une mise en scène, d’une re présentation d’une réalité qu’elle nous présente en nous plaçant si nous le désirons ou si nous ne savons pas interpréter cette vision comme autant de « voyeurs ».

Je crois qu’il y a toujours une bonne quantité d’humour à prendre en compte derrière la morbidité apparente sur laquelle bon nombre de visiteurs pourraient s’arrêter. Et sans doute que c’est la raison majeure à l’irruption de la provocation lorsque comme il est stipulé elle organise une exposition dont aucune oeuvre n’est d’elle. Une exposition de Sophie Calle, mais d’où Sophie Calle se sera absentée.

Humour mais aussi mystère de cette absence qui pourrait être scandaleuse, grotesque si elle n’indiquait pas avant toute chose la formidable présence de cette absence.

C’est un élément fondamental de cette démarche artistique que de vouloir indiquer cette présence par l’absence, il ne faut pas s’y tromper.

Exhibitions, mise en scène de l’artiste elle-même, c’est aussi jouer avec la présence pour revenir à une absence, en creux, c’est vider la présence elle-même, la vider de toute subjectivité, l’amener vers la limite ultime entre objectif et subjectif pour qu’elle devienne à l’instar des particules, dans un univers quantique à la fois ici et là, et bien sur nulle part et partout en même temps.

Sophie Calle a pour valeur l’authenticité, la vérité, mais cette vérité comme toutes d’ailleurs lui est personnelle, intime, et elle ne sort jamais de ce cadre de l’intimité comme un peintre se concentre et ne déborde pas les limites de sa toile.

Cette démarche artistique qui nous est présentée est générale et exprime les grandes lignes des raisons de son travail.

En fait pour chaque nouvelle série d’oeuvres, chaque nouveau thème elle écrit un livre pour explique sa démarche.

Elle nous oblige également en tant que spectateur à participer à la création de son oeuvre et en cela même si parfois on peut s’en sentir gèné, éprouver comme un malaise, je reste quant à moi assuré que c’est un acte d’amour véritable qu’elle exprime au delà de toute velléité d’opinion que l’on pourrait avoir sur le terme « d’amour. »

J’avais envie de te montrer ainsi ce peut être une démarche artistique et ce qu’elle peut déclencher aussi concomitamment à celle ou celui qui la lit.

Merci à la personne qui a réalisé le site Callesophie dont je me suis permis d’emprunter le texte de la démarche artistique de Sophie Calle qui me convient très bien comme exemple pour apporter de l’eau au moulin de ma propre démarche.

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