Il faut, c’est impératif, indiscutable généralement, à moins d’aimer les conflits et de ne pas avoir peur d’y participer.

Il faut faire, il faut travailler, il faut aimer ou détester, il faut que tu fasses ceci ou bien cela et en plus avant telle heure, avant telle date, avant que nous nous retrouvions ou que nous nous séparions…

Il comme une île qui chercherait un lien avec le continent des autres dans le faire

La faux de la mort, le balancier de la pendule

Mon Dieu comme tout ceci au début est angoissant !

Et à la fin aussi.

Pour être accepté,

Pour être aimé,

Pour exister,

Pour se prouver à soi, pour prouver à l’autre

Il faut faire un tas de choses comme autant de preuves à fournir au grand procès perpétuel initialisé de tout temps par le grégaire.

Et si soudain tu t’en fichais complètement ?

Et si tout à coup tu te retrouvais dans une dimension parallèle et que tu sois soudain doté de cette ubiquité magistrale qui te permettrait de constater l’agitation générale, toutes ces trajectoires plus ou moins ordonnées, poussées par des désirs, des besoins tout aussi désordonnés pour la plupart.

Un point fixe qui regarde la danse des électrons, solitude hermétique de l’atome suçant le téton de cette paix sidérale lovée au sein même de tout mouvement

Alors par jeu, un jeu éminemment sérieux il suffirait de se trouver quelques raisons de s’arrêter, quelques raisons pour regarder, quelques raisons de ne rien faire.

1.Pourquoi faire quelque chose plutôt que rien ?

C’est dimanche et tu es réveillé, tu viens de prendre ton café, peut-être une ou deux tartines, et si tu es fumeuse, fumeur, sans doute as tu déjà depuis longtemps éprouvé ce plaisir fugace comme désolant d’avoir fumé ta première cigarette de la journée.

C’est dimanche et le temps semble s’étendre à première vue à l’infini.. l’infini s’appelle en général lundi.

Il ne faut pas y penser et c’est déjà un il faut en creux.

Sortir dehors pourrait être bénéfique, pourrait un instant réveiller la peau, et sous celle ci les muscles, le squelette tout entier. Immersion dans le froid du petit matin comme on se lave de la nuit, sous la douche, dans un bain.

Une douche c’est plus facile, plus rapide.

Sortir dehors un instant pour avoir ce plaisir de revenir dans la maison au chaud, dans la chaleur rassurante, maternelle du foyer.

Sortir mais déjà pas pour rien, pour quelque chose d’indéfinissable qu’on ne cherche pas à définir.

Il faut sortir pour pouvoir entrer à nouveau et éprouver le plaisir du retour.

entre les deux une sorte de blanc comme une phrase à trous que l’on ne chercherait pas à boucher si l’angoisse du vide ne venait pas pointer le petit bout de son nez.

Et si soudain on découvrait comme par inadvertance les raisons cachées, profondément dissimulées derrière le fulgurance de certaines actions ?

Et si ces raisons soudain découvertes, annihilaient toute velléité d’action, sans doute ne resterait-il plus que cette angoisse d’avoir à « passer le temps » et la peur panique de mourir.

N’est ce pas la première raison de ne rien faire aujourd’hui que de regarder calmement dans les yeux cette peur perpétuelle de « perdre son temps » et de disparaître en se trompant sur toute action que nous opposons et dans laquelle nous disparaissons d’une certaine façon aussi ?

Quelle disparition alors sera la plus nourricière ? Celle que l’on ne cesse de projeter dans un à venir ? Celle de l’ici et maintenant pour s’enfuir de l’avenir?

Métaphysique du matin, chagrin.

2 On ne fait pas toujours ce qu’on veut.

Mais que veut-on vraiment ? Quels sont ces buts que l’on se fixe, à court moyen ou long terme ? Quelles sont ces projections de nous-mêmes dans l’illusion du temps ? Nous « aimerions » bien sur avec des conditions, toujours des conditions, partir d’un point A pour parvenir à un point B, inventant la distance, inventant l’espace…et l’intervalle dans lequel peu à peu germinera l’espoir pour enfin atteindre la taille nécessaire de l’évidence.

Ainsi le postulat de savoir ce que l’on veut serait-il incontournable.

Et lorsque quelque chose qu’on ne veut pas advient comme c’est toujours généralement le cas, la mâchoire se crispe, les poings se serrent, le rythme cardiaque s’accélère. Nous sommes désarçonnés quand ce que l’on ne veut pas advient nous ne savons pas « faire » autre chose que de lui opposer une résistance.

Alors on finit par faire attention, à tout préparer à l’avance, ne plus laisser de place au hasard, et si par hasard justement un grain de sable enrayait la belle mécanique que nous avions huilée, alors notre responsabilité s’en sortirait indemne, nous n’y serions pour « rien »

ce ne serait pas de notre « ressort », de notre « faute ».

Il y aurait ainsi une fatalité pour expliquer le manque de continuité entre le désir et sa satisfaction, dont nous serions les victimes ce qui nous permettrait quand même d’avoir une position, une place, un lieu dans le fatras, dans le désordre de l’insignifiant que nous n’acceptons pas.

l’organisation est une langue que nous nous inventons à nous mêmes pour ne pas écouter celle du hasard.

Dans la tour de Babel dans laquelle nous vivons les uns contre les autres plutôt que les uns avec les autres tout est affaire de langue, chacun la sienne contre toutes les autres comme la représentation miniaturisée d’un son surgissant ou s’évanouissant du silence.

Musique dans laquelle l’harmonie est toujours à venir une fois l’ensemble des dissonances perçu comme le chant des sirènes et au delà encore de celui ci, un chant d’amour.

On ne fait pas toujours ce qu’on veut parce que l’amour est vaste et bien dissimulé au delà du hasard, du désordre, et des fausses notes.

On ne fait pas toujours ce qu’on veut parce nous ne savons pas vraiment ce que « on » veut.

Nous n’en avons pas la moindre idée parce que nous ne nous rendons pas compte que nous appartenons à une idée magistrale, une idée gigantesque, une idée qui nous dépasse.

alors oui, « on » ne fait pas ce qu’on veut parce que « on » dans le fond, ne veut rien. Il donne sans relâche et nous sommes incapables de nous en rendre « compte ».

Nous pensons. Mais notre pensée n’est pas le bon outil pour savoir ce que l’on veut.

D’ailleurs c’est de là, de la pensée quand elle tourne en boucle que l’on extirpe cette expression facile, confortable, « je ne sais pas ce que tu veux » je ne sais pas ce que je veux » comme un aveu d’impuissance dont la plupart du temps quand nous ne sommes pas dissipés par la colère nous laisse dans la honte, dans la culpabilité.

3 Ce que veut l’autre.

Il se pourrait qu’à certain moment de mon existence, j’ai glissé dans ce que l’on appelle la paranoïa. Je pourrais aussi m’arrêter à la définition proposé par les plus hautes instances médicales et me fier à celles ci, constatant contrit une maladie, encore une fatalité de plus.

J’ai souvent eu cette impression que les autres exigeaient sans arrêt quelque chose de moi. et si par amusement, par sérieux, par étonnement, je tentais de nommer ce quelque chose , il s’est toujours avéré que j’avais l’art de tomber « à coté de la plaque ».

Oui je me suis imaginé paranoïaque et aussi parfois complètement con.

J’avais cette impression de ne pas savoir faire mouche, de toujours tirer à coté… quelle interminable série de ratages et d’échecs avec ce que j’appelle les autres.

Pour ne pas y laisser trop de plumes, pour me reconstituer après tant de dissolution, j’imaginais qu’il ne servait à rien de me taper la tête plus longtemps contre les murs. Il me fallait une grotte, la plus profonde, la plus isolée possible afin de ne plus trouver la moindre personne face à moi exigeant je ne sais quoi.

Cette volonté des autres aspiraient perpétuellement mon âme comme un vampire mais ce n’était pas mon sang qu’ils désiraient si ardemment non. C’était une sorte de vide à cheval tantôt sur un je m’en foutisme prodigieux et une attention exacerbée à ne me concentrer que sur l’insignifiant, le détail, ce qu’on ne veut jamais voir en fait.

Dans le fond j’étais quelque chose comme un objet évadé d’un cabinet de curiosité dont ils auraient voulu s’emparer pour me mettre sous verre.

Paranoïa bien sur … moi j’y ai senti toute autre chose

Quelque chose d’inconscient dissimulé sous leur volonté et qu’ils ignoraient totalement

sous la paranoia je n’ai vu que de l’amour mal compris, que de l’exigence déplacée, sous la paranoia j’ai découvert un ordre au fond de moi sous tout le désordre que je pouvais déployer « en apparence » j’ai découvert qu’il y avait un lieu de silence et paix de compréhension immense qu’ils ne devaient pas atteindre, qu’ils ne devaient pas déranger.

Et aussi qu’ils cherchaient au fond d’eux mêmes sans relâche sans jamais pouvoir l’atteindre et ils reportaient cette impuissance sur moi, pauvre bougre, qui sans doute par je ne sais quelle pirouette, je ne sais quel miracle les avaient incité inconsciemment à espérer.

Dans ce lieu je ne cesse jamais de me ressourcer, de revenir autant que je le peux.Ce que veulent les autres, je le sais c’est ce lieu en eux qu’ils ne parviennent pas à atteindre.

J’ai décidé que je n’y étais pour rien.

4 L’alignement des planètes.

C’est comme ça, il y a une étoile, de la gravité, et autour tournent les planètes avec leurs satellites, cela dure depuis le début et ça risque encore de durer bien longtemps …

Pour que tout se passe sans anicroche la distance est nécessaire, chacune sur son orbite un point c’est tout, on ne se rentre pas dedans.

ce que tu veux c’est ton orbite à toi, pas de raison de te déranger pas plus que tu n’en aurais de me déranger non plus.

Nous n’avons absolument aucune nécessité de nous déranger dans le fond des choses.

alors si tu me dis qu’il faut que je sorte la poubelle, je comprends que c’est quelque chose que je pourrais ne pas faire et qui ne manquerait pas de créer une collision. Çà nous dérangerait tous les deux.

Dans le fond sortir la poubelle je m’en fiche. Cela n’entre ni dans la catégorie de ce que je veux ou ne veux pas. Sortir la poubelle c’est respecter une distance entre toi et moi. Je ne m’en remets pas à toi et tu peux bien t’en remettre à moi si tu penses que c’est juste…ça ne me dérange pas. Je maintiens ma vitesse, et ma distance en le faisant plutot qu’en ne le faisant pas car cela me freinerait tout simplement.

Il n’y a pas d’enjeu, je n’en pose pas dans cette acte quotidien, il n’y a pas matière à discuter la dessus.

5 Ne rien faire pour toi ou ne rien faire pour moi ?

Circé était belle, son regard apaisait Ulysse comme tous les mets succulents qu’elle inventait et plaçait devant lui et que lui demandait t’elle en échange sinon de renoncer à la quitter, de renoncer à retourner chez lui, à Ithaque.

tous ses compagnons dehors transformés en bêtes, des gorets, des chiens, des lions ou des ânes.

Dans cette étape où Ulysse rencontre la volupté et dont il profite assurément, il ne se laisse pas embobiner. Il n’a qu’un seul désir c’est retourner chez lui.

Tous les marins qui l’accompagnent ont oublié ce désir et se seront vautrés dans le confort et l’indolence, dans la paresse d’esprit que l’on appelle l’insouciance.

Mais dans le fond quelle différence cela fait-il vraiment ?

L’insouciance et retrouver le confort d’un chez soi ne sont ils pas étroitement liés dans l’idée du repos.

Quelle est donc cette idée de repos dont l’autre sans relâche ne cesse de vouloir m’éloigner afin de me transformer en âne ou en lion ?

Serait ce ne rien faire pour moi que de me trahir dans ce cas d’oublier de retourner vers Ithaque ?

En quoi cela serait il honteux, invivable d’être âne ou lion et même goret ?

Abandonner cette idée de retour serait ce trahir une mission ? laquelle sinon celle que j’ai inventée de toutes pièces afin de me construire ma propre légende ?

Si Ithaque et la mort ne sont qu’une seule et même chose c’est de conscience alors qu’il faudrait parler.

Maintenir sa conscience jusqu’à son dernier souffle pour observer le passage de l’être au néant, est ce vraiment si essentiel que cela ?

Circé m’appelle de temps en temps, je vois son nom s’afficher sur l’écran de mon smartphone mais je ne fais rien. Je ne décroche pas. J’ai décidé désormais que le souvenir de nos amours se trouvait dans le silence, dans cette distance entre nous. Le souvenir de l’amour n’est ce pas encore et toujours de l’amour ?

Je n’ai plus ce désir comme auparavant d’atteindre Ithaque, je chemine plus lentement et je vagabonde gentiment en slalomant entre les milles et unes volontés du monde s’adressant à moi en les congédiant poliment c’est aussi une façon de congédier celles qui parfois résident encore en moi et qui chantent leur chant d’incohérence.

Je suis cet homme qui ne veut rien parce que dans le fond il s’attend seulement à tout.

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