Repartir de 0 dans ton art ( et devenir plus efficace)

Cela t’es surement déjà arrivé ou cela t’arrive régulièrement,  ce fantasme de repartir à 0, de faire complètement table rase de tout ce que tu  crois ou sais, de tout  avoir envie de dégager puis de regarder objectivement si possible le peu qui te reste dans le creux du tamis. N’est ce pas le travail des chercheurs d’or dans le fond ?

Vouloir ainsi faire table rase est sans doute le fantasme de nombreux artistes, certains le réalisent régulièrement, peut-être que toi aussi tu as l’habitude d’utiliser ce moyen quand rien ne va plus dans ta vie, dans ton art. En revanche utilise t’on vraiment cette possibilité pour atteindre des objectifs, ou bien n’est ce pas seulement un acte pulsionnel, une volonté de se mettre en danger parce qu’on imagine souvent à tort que le danger est source de créativité ?

Car repartir de 0 devrait toujours avoir  un but bien sur, on ne  devrait pas faire cela  sur un coup de tête,  et si l’on y réfléchi en profondeur ce peut-être une stratégie très efficace pour avancer.

Dans le déroulement de ma vie j’ai souvent utilisé cette méthode de repartir à 0 mais comme je m’y prenais mal.. j’ai enchaîné les difficultés les unes après les autres sans vraiment faire le point, sans vraiment analyser les conséquences et les résultats obtenus.

La plupart du temps je reprenais le cours de ma vie exactement de la même façon en m’imaginant que c’était nouveau, différent….

Cela ne l’était pas du tout, j’étais dans une répétition perpétuelle.

Il y a la mauvaise façon de considérer le répétition, comme une sorte de blocage.

Je me souviens lorsque j’étais adolescent avoir été fasciné par les élèves plus agés dans la pension où j’étudiais lorsque ceux ci s’exerçaient à la barre fixe installée dans le parc.

Certains étaient véritablement des athlètes accomplis et je les admirais lorsqu’ils tournaient autour de cette barre avec une grâce et une aisance formidable qui me donna immédiatement envie de leur ressembler.

A cette époque de ma vie je n’étais vraiment pas parti pour devenir un sportif accompli. J’étais gras et pataud, et la coordination de mes gestes n’était surement pas la qualité qui me mettait le plus en valeur.

Mais je voulais devenir comme ces élèves, moi aussi je voulais parvenir à réaliser le demi ou le grand soleil autour de cette barre. Mon désir d’atteindre ce qui provoquait en moi l’admiration était certainement très narcissique et d’ailleurs si je ne suis devenu que bon dans cette discipline à cette époque c’est que l’objectif que je m’étais fixé n’était pas dans la catégorie de ce que l’on pourrait nommer l’excellence. Je ne voulais que m’approprier une image séduisante de moi-même, et evidemment à l’époque je devais avoir beaucoup de difficulté avec l’estime de moi déjà.

Donc une sorte de prétention à la beauté fut le leurre principal de mon projet de devenir un athlète mais bien sur je n’analysais pas toutes ces choses à l’époque.

Je me suis entrainé des heures et des heures, des journées entieres parfois durant les weekend où je restais à la pension parce que j’étais collé. Mon corps peu à peu se développa, je devins plus maigre, plus musclé, plus agile et assez rapidement je devins un personnage incontournable au fur et à mesure des années que j’ai vécu dans cet établissement. Je sentais enfin l’admiration des plus jeunes lorsque j’effectuais des tractions et des « allemandes » sans le moindre effort. J’étais fier dans mon for intérieur d’avoir atteint ce à quoi j’avais rêvé toutes ces années.

Quand je passais le concours pour réintégrer l’école publique, et j’abandonnais complètement la barre fixe. J’étais sorti du contexte de la pension et continuer ne m’est même pas venu à l’esprit.

Je me suis orienté vers le judo et je n’ai jamais qu’à de très rares occasion effectué de démonstration de mes talents à la barre fixe. J’étais reparti à 0 sans même m’en rendre compte et je n’en ai jamais non plus mesuré les raisons ni les conséquences, le fruit de tout ce travail d’entrainement est purement tombé dans les oubliettes de ma mémoire jusqu’à ce jour où j’écris ce texte.

Refaire toujours les mêmes erreurs est une chose fatigante surtout si on ne s’en rend pas compte, si l’on n’en est pas conscient, puis vient le constat que l’on est embourbé et on ne sait pas comment s’extirper de cette répétition. alors on va chercher à l’extérieur de soi des conseils, des remèdes, que parfois on paie à prix d’or, mais la plupart du temps la vérité est que ça ne fonctionne pas. Malgré tout ce que l’on croit avoir compris intellectuellement, on en revient au même point on répète les mêmes erreurs.

En réfléchissant à cela on peut aussi changer la définition du mot répétition et s’imaginer dans un théatre par exemple.

le célèbre acteur Jean -Louis Barrault

Tu es un acteur qui répète une pièce de théatre. tu as un texte à apprendre et parfois tu es bloqué car ta mémoire est défaillante, ou alors tu n’es pas attentif à ce que tu fais et dis, il y a des tas de possibilités pour qu’une répétition tourne au fisco total pour celle ou celui qui y participe.

Cependant l’objectif de la répétition est évident : c’est la première du spectacle !

Imagine que tu sois acteur, que tu aies un texte à apprendre et que tu arrives enfin à cette première.

Qu’as tu envie d’éprouver vraiment ? n’est ce pas le succès de la pièce, n’est ce pas de délivrer le plus fluidement possible ton texte et d’imaginer que tes partenaires en fassent de même ?  et regarde la joie la sérénité dans le regards de ces parenaires qui désormais constatent qu’ils peuvent compter sur toi comme tu peux compter sur eux ? et écoute , tu entends déjà les applaudissements dans ce cas là n’est ce pas ?

Pour atteindre à cette fluidité et au fait que tu puisses évacuer ton stress à peine une fois parvenu sur les planches, il va falloir travailler vraiment efficacement. Prendre de l’assurance, devenir compétent.

Comment t’y prendrais tu alors ?

Travaillerais tu régulièrement ton texte dans le délai imparti ou bien repousserais tu toujours le moment de t’y mettre parce que tu encore « tout le temps » de t’y mettre ?

Le problème avec la seconde méthode c’est que ça ne favorise pas la mémoire vraiment.

Pour que les choses soient vraiment retenues, que tu puisses les livrer inconsciemment si je puis dire, cela demande de s’entraîner beaucoup énormément, jusqu’à acquérir cet automatisme. Du moins c’est ce que tout le monde pense bien sur.

La vérité est plus dans la façon de mémoriser les choses que de les mémoriser comme un bourrin comme nous l’avons tous appris à l’école. Le fameux « par coeur ».

Tu as surement déjà entendu parler de Démosthène ?

Le célèbre orateur Démosthène était un homme astucieux. Il avait déjà résolu une énorme difficulté car le bégaiement dont il était victime était rédhibitoire pour véritablement atteindre à l’excellence dans cet art du discours qu’il chérissait.

Il passa donc une période au bord de la mer à s’entraîner à déclamer ses discours en ayant en bouche de petits cailloux. Le but était de s’entraîner avec un handicap encore plus grand que celui qu’il possédait naturellement. Le fait d’effectuer son entrainement au bord de la mer avec le bruit du ressac à dépasser ajoutait également un impératif de puissance dans la manière de lancer sa voix. Il avait donc deux objectifs, mieux articuler malgré la difficulté, la gène d’avoir la bouche encombrée, et atteindre à une puissance sonore qui dans son esprit devait être nécessaire dans l’art oratoire.

Il ne s’est donc pas contenté de s’entrainer à reprendre ses textes avec son simple handicap, son handicap naturel, il a choisit d’accentuer la difficulté, de la multiplier par 3 ou 4.

On peut se demander pourquoi ?

A mon avis c’était pour lui une méthode pour atteindre à l’efficacité le plus rapidement possible, le plus rationnellement possible également.

En augmentant la difficulté il s’était certainement dit qu’il obtiendrait un résultat tout à fait correct dans un laps de temps imparti. Il se projetait vers l’excellence en jonchant le parcours de difficultés pour au final sans doute se satisfaire d’un premier résultat « correct ».

Il y a autant d’orgueil et de prétention à devenir le meilleur orateur du monde grec… et peut-être que Démosthène s’en rendait parfaitement compte, son désir lui proposait certainement cette idée d’atteindre à une forme d’excellence. Cependant que l’intelligence et la sagesse, et enfin le courage lui imposèrent de limiter ses efforts comme ses ambitions par étapes en ajoutant de la difficulté à son handicap naturel.

Enfin Démosthène chercha aussi un moyen pour mieux retenir le texte de ses discours et il s’inventa une carte heuristique qu’il se figura par l’image d’un temple.

chaque pilier de ce temple était le container d’une branche de son discours, et le temple dans son ensemble était son discours complet.

C’est sans doute de là que nous vient l’expression « en premier lieu »

ce premier lieu devait probablement la première colonne de ce temple , la première partie du discours.

Là aussi il résout une difficulté de façon sage et intelligente, en établissant une représentation spatiale, une géographie si l’on veut qu’il peut visualiser afin de localiser son savoir.

combien cela lui prit t’il de temps pour trouver cette astuce ? sans doute passa t’il lui aussi par une série de répétitions à l’apparence vaine inutiles jusqu’à ce qu’il prenne conscience de l’ineptie de cette stratégie, à l’époque commune à tous les orateurs, et qu’il trouve une stratégie efficace pour spatialiser son discours.

Si on analyse en terme de pourcentage ce parcours on s’apercevra assez vite que sur 100% du temps passé par Démosthène pour trouver la bonne façon d’apprendre ses discours seulement une toute petite partie aura été à terme efficace vraiment.

Mais comment s’y est t’il pris alors ?

Je suis persuadé qu’à un moment de sa vie, constatant l’inutilité d’apprendre par coeur , comme le risque des trous de mémoire, il a cherché une solution intelligente qui lui convenait vraiment. Démosthène aussi a du faire « table de rase de tout ce qu’il pensait savoir sur la mémoire » pour inventer autre chose à partir de son expérience.

De tout son parcours ancien il n’a sans doute conservé que très peu d’informations utiles.

Se pencher sur ce qui reste quand tout ou presque est oublié…

Il ne reste pas grand chose généralement. Peut-être que 20% serait le pourcentage correct.

tout vider c’est à dire tous les tableaux les dessins, les textes, les idées préconçues, les expériences que je crois bonnes ou mauvaises …

Reset total de la cervelle.

et voir l’or une fois tout ça passé au tamis… de la poussière d’or surement pas de grosses pépites si on ne pratique cela que de temps en temps.

Mais si on la pratique régulièrement ne va t’on pas finir par tomber sur une énorme pépite tout à coup ?

J’en suis de plus en plus persuadé.

Pour reprendre l’exemple de Démosthène, celui ci s’est fixé deux objectifs et sans doute pas en même temps. mieux articuler et développer sa puissance oratoire d’une part, et mieux utiliser sa mémoire.

En visant l’excellence il savait qu’il avait la possibilité non pas de devenir un excellent orateur tout de suite, mais de s’engager sur cette voie lui a assuré rapidement de bons résultats. Il a testé quelque chose, une méthode qui a produit du résultat dans le sens d’un objectif à la fois ambitieux certes mais jalonné par la sagesse de se contenter progressivement de bons résultats peu à peu sans s’arreter pour autant sur la trajectoire qu’il s’était fixée.

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