Utiliser la loi de Pareto dans ton art ? (Ou l’histoire de Perrette et le pot au lait)

Associer la loi de Pareto à l’art peut faire hurler un bon nombre de personnes, je l’imagine déjà. Mais je rappelle qu’un artiste est avant tout un entrepreneur aujourd’hui et qu’il doit payer son loyer, ses factures, comme tout le monde.

De plus il doit aussi imaginer la scalabilité de son activité. C’est à dire être prêt en cas de succès à pourvoir développer son activité sans être débordé, sans perdre trop de temps à refondre de nouvelles stratégies.

C’est pour cela que j’ai envie de te parler aujourd’hui de la fameuse loi de Pareto dont tout le monde dans le monde de l’entreprise a déjà entendu parler.

Si je voulais résumer brièvement le principe de Pareto sans trop rentrer dans le détail je dirais que 80 % des effets sont le produit de 20 % des causes.

Comment constater si cette loi fonctionne dans le domaine artistique ?

Plus spécifiquement dans le cas de la peinture artistique.

Est ce que cela signifie que sur 100 tableaux que je réaliserais 20 tableaux seraient vendus sans aucune difficulté alors que les 80 autres me resteraient sur les bras et finiraient par encombrer inutilement mon atelier ?

Est ce si simple que cela ?

Admettons que ce soit aussi simple que ça.

Il me faudrait alors me poser les bonnes questions?

Pourquoi seulement ces 20 tableaux ont ils plu tout de suite aux personnes qui les ont achetés ?

Qu’ont t’ils de différent des 80 autres ?

est-ce un format particulier ? Puis vérifier que ces 20 tableaux sont toujours des carrés de format 50×50 cm ? si oui cela peut effectivement me donner une indication sur l’importance du format dans le succès de ces ventes.

Est -ce un sujet particulier ? Est ce que ce sont plus des peintures abstraites ou figuratives qui ont attiré les collectionneurs ? Quels sont les pourcentages sur les 20 toiles de vendues d’abstraction et de figuratif ?

Est ce une gamme de couleurs, une technique particulière que j’aurais employées sur ces toiles qui déclencherait l’engouement de mes collectionneurs tout à coup ?

Dans tous les cas ces réflexions pourraient m’apporter un faisceau d’indices concernant la valeur de ces 20 tableaux auprès d’un public de collectionneurs.

Et je pourrais alors réaliser dans ce cas 100 tableaux avec les même critères que ceux qui auront été vendus.

Quels sont les avantages à en tirer

Il est possible que je puisse exploser mes ventes durant un laps de temps.

Il faudra que je réalise 100 tableaux comme on travaille à la chaine, ou comme on réalise une recette de cuisine industrielle .. ce n’est pas ce qui me séduit .. du coup je pourrais embaucher quelqu’un finalement pour les faire à ma place et lui rétrocéder une partie du bénéfice de mes ventes.

Puisque ces ventes s’effectueront grâce à ma petite notoriété autant prendre un débutant et peut être même lui faire payer une formation puisque j’en suis là .

Je lui enseignerait une technique, un processus et son travail sera de fabriquer des tableaux exactement comme ceux qui se sont bien vendus.

Combien de tableaux faudrait-il qu’il réalise par jour afin que ce soit rentable ?

Admettons que le prix de vente de ce genre de toiles soit de 450 euros

En appliquant correctement le processus j’estime qu’il pourrait ainsi réaliser efficacement 3 toiles par jour.

Cela fait 15 toiles par semaine, et 60 par mois.

450 euros x 60 cela donne 27000 euros mensuels.

Je divise par 3 pour les charges, le matériel,et la TVA le bénéfice qui revient de la vente de ces tableaux est de 9000 euros mensuels.

Ensuite se pose le problème de la vente. Il me faut bien plus de collectionneurs pour écouler ces tableaux, comment m’y prendre ?

Il me faudrait trouver une personne spécialisée dans l’utilisation des réseaux sociaux pour promouvoir ces toiles, les installer sur les plates forme de vente en ligne, démarcher les chaines hôtelières, les restaurants, les entreprises, les professions libérales afin de décrocher de nouveaux marché.

Une liste d’emails pour régulièrement proposer de nouvelles œuvres à ces clients potentiels.

Cela ne servirait à rien dans ce cadre de chercher à exposer. Donc pas de Galerie d’art, pas de loueur de cimaises.

Je pense tenir là l’embryon d’un business modèle scalable à volonté … il pourra être facile de créer de nouveaux tableaux de regarder quelle sera la nouvelle collection à développer par rapport au succès obtenu, former une nouvelle personne pour réaliser cette série à grande échelle.

Le problème majeur est celui des ventes. C’est la partie la plus difficile de l’opération car il faut trouver les leviers les plus efficaces.

Cette personne qui sera dédié au marketing devrait réunir ces compétences cela a évidemment un cout … mais peut être aussi que je pourrais limiter dans le temps l’utilisation de cette personne.

Me donner par exemple un délai pour voir si ma méthode fonctionne de 90 jours .. un trimestre.

Admettons que je teste moi même et seul cette idée.

Pendant 90 jours je devais réaliser 3 toiles par jour

Promouvoir ces toiles avec le maximum d’efficacité .

Mais tout cela prend du temps beaucoup de temps.

et il y a toujours cette loi de pareto qui guette..

100% du temps ne produit que 20% de résultats.

Cela signifie que 80% du temps ne seront pas aussi efficaces que je l’espèrais.

Cela signifie qu’au lieu de tabler sur 9000 euros de bénéfice mensuel, ce ne sera que 2000 euros qui rentreront effectivement dans ma poche.

Une sorte d’effondrement psychologique quand je m’aperçois que je ne deviendrai jamais vraiment riche de cette manière, je pourrai juste payer mes factures et partir un peu en vacances mais pour cela il faudra que je travaille vraiment énormément.

Il est donc évident que je m’y prends encore mal.

comment 20% d’efforts pourrait déclencher 80% de résultats ?

Il me faut creuser plus loin.

Le prix de vente de ces toiles est peut-être erroné… 450 euros c’est dérisoire … admettons que je double mon prix de vente pour travailler deux fois moins sur l’un des postes…

Au lieu de 60 toiles par mois je me limite à seulement 30 à 900 euros …

Et si je continuais plus loin encore ?

Si je multiplie par 10 le prix ?

4500 euros par toile ? est ce que cela vaudrait le coup d’en faire encore 30 ?

Si j’y parvenais mon chiffre d’affaire potentiel exploserait le plafond ce serait soudain 135000 euros mensuels…

A partir de là il faut commencer à réfléchir à tout un tas de choses encore …

Quelle serait ma vie si je gagnais 45000 euros de bénéfice mensuel ( 135000/3)

Ai je vraiment envie de m’engager dans une telle vie ?

Cela m’obligerait toujours à faire la même chose … quel gachis quand j’y pense.

Dans le fond j’ai besoin de temps pour rêver, pour ne rien faire, c’est de ce temps apparemment perdu que je puise l’inspiration de nombreuses toiles je crois.

Ne plus avoir ce temps perdu aurait une influence certaine sur mon moral, sur ma vie toute entière… je ne serais plus le même homme encore une fois de plus.

Il y a une variable que je n’ai pas calculé dans toute cette affaire c’est le temps que j’étais près à passer dans mon atelier pour parvenir à de tels résultats comme devant mon écran ou au téléphone, ou en déplacement pour aller rencontrer mes futurs clients…

Je sais que je suis vraiment efficace que pour quelques heures par jour en peinture. Passé 4 heures je commence à trépigner et vouloir faire autre chose.

C’est pareil pour l’ordinateur, au bout d’un moment j’observe une fatigue proche du dégoût.

c’est pareil pour ce que je peux supporter de mes interlocuteurs … ma patience à des limites de plus en plus étroites.

Comment alors conserver mon temps en trouvant les bonnes actions à mener les bons leviers sans me perdre moi-même dans des objectifs qui s’ils m’apportent du confort matériel m’amputeront de mon innocence, de ma naïveté qui semblent être les fondements de ma créativité ?

Mettons donc un terme à l’histoire de Perrette et le pot au lait

Bien sur cela parait stupide à première vue de mêler l’art à la notion industrielle d’efficacité

Et pourtant c’est bien ce qui se passe actuellement dans les pays dits émergents … des tableaux réalisés à la chaîne… mais une sorte de timidité, à moins que ce ne soit le désir de vite écouler les stockes qui entraîne que ces toiles sont vendues à des prix dérisoires

( compte environ 60 euros pour un format 100×100 cm)

Certaines galeries d’ailleurs ( je ne sais pas s’il faut encore appeler cela des galeries d’ailleurs ) sont en chevilles avec cette nouvelle industrie de l’art et vendent à prix cassés ces œuvres collectives aux alentours de 250 euros. ( commission oblige)

Je ne sais pas combien gagnent ces ouvriers à la chaîne de l’art … et quelles taxes l’état français récupère sur les ventes d’œuvres à bas prix …

Dans quelques années il est possible qu’il y ait de moins en moins de peintres en France gagnant leur vie correctement, peut-être que le nivelage des salaires sera mondial et que je me retrouverai dans une obscure fabrique de tableaux à reproduire des Gauguin de 7h à 19h .. S’il faut manger, payer ses factures je n’aurai pas vraiment le choix …

A moins que d’ici là je rencontre une Gertrude Stein qui me propulse d’un coup dans les hautes sphères de l’art et que pour déjeuner gratis je n’ai plus qu’à dessiner sur les nappes.

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