L’imprévisible et l’habitude.

Enfermés dans l’habitude, nous ne nous rendons plus compte de ce qu’elle dissimule. Si durant ces derniers mois j’ai voulu endosser ce costume de croisé afin surtout de me convaincre moi-même de son bien fondé, ce matin me vient à l’esprit, et ce bien sur de façon imprévisible, que l’habitude n’est peut-être pas, surement pas, la panacée qui solutionnera tous mes soucis avec ce que je projette ou pas dans l’acte de peindre.

Je tourne comme un excentrique autour de son axe taré, et je confonds l’habitude avec le thème. Rester attaché à un thème pour ne pas s’éparpiller demande une endurance, une obéissance dont les bases, les fondements me manquent.

L’erreur est de penser la passion de peindre plutôt que de la vivre.

Tous les « il faut » dans ce domaine tombent en quenouille et ne produisent que du déjà vu, et au bout du compte un ennui. Une relation figée avec la peinture.

Débarrasser l’acte de peindre de la notion d’imprévisible en se fixant un cap, un objectif déclenche toute la problématique du renoncement et du choix.

Renoncer à l’imprévisible parce qu’il ne rentre pas dans le cadre d’une habitude que l’on cherche à maintenir est une sorte de bouffonnerie.

Comme le dit très bien Grégory Bateson dans ses métalogues, les petites histoires qu’il relate souvent en lien avec sa fille,  » il y a plus de chances que les choses se mettent en désordre qu’en ordre ».

Oui mais, répond la fille qu’est ce que l’ordre dans ce cas ?

Nous avons cette habitude de penser l’ordre comme quelque chose de figé, comme quelque chose de rassurant, comme une coquille dans laquelle nous engouffrer afin de nous préserver de l’extérieur.

Quand les éléments extérieurs se déchaînent- et il faut qu’ils se déchaînent-pour que nous nous apercevions de la vacuité de nos décisions, de nos plans, de nos objectifs

Alors nous nous retrouvons nus face au chaos.

Car nous avons cette habitude de penser le chaos comme l’ennemi, n’est ce pas lui et ce depuis la nuit des temps contre quoi l’être humain lutte, animé par la peur de mourir ou de tout perdre, ce qui revient au même.

Se créer des habitudes est donc une sorte d’assurance vie dans laquelle nous cherchons à placer le temps comme capital en espérant que celles ci fasse fructifier celui-ci.

Dans le fond l’habitude est un outil appartenant à la stratégie de profit pas très éloignée des stratégies bancaires.

On peut se positionner par rapport à ce constat, être pour ou contre, cela ne changera pas grand chose au fait que la banque applique ce que nous avons cru bon d’appliquer depuis le début des temps.

Quand les hommes ont eu faim, ils ont compris que cultiver la terre permettait de lutter contre celle ci. Ils sont différé la satisfaction immédiate que proposait la chasse pour se lancer dans la construction de calendriers solaires et dans l’habitude de guetter l’aiguille pour agir.

Ce que je ressens au fond de moi, cette envie de créer, n’est rien d’autre que la sauvagerie primordiale qui poussait mes ancêtres à se lancer à l’assaut des mammouths dans le fond.

Cette sauvagerie autour de laquelle les murs des cités se seront construits tout comme le langage et probablement la culture dont l’art n’est qu’une partie.

La peinture ne me servirait dans ce cas qu’à cela, à réduire en poudre tout ce que je peux considérer être désormais comme un mensonge.

N’est ce pas là que se loge aussi l’habitude, dans une façon de réduire ou d’orienter une pensée à finalement un ou deux mots qui nous conviendraient ?

Au lieu de mensonge je pourrais tout aussi bien parler d’un art plus vaste , plus universel, je pourrais parler de l’Histoire.

Cette histoire de l’humanité qui devient de plus en plus difficile à cerner, à proposer à nos enfants afin qu’ils en deviennent les dépositaires les légataires.

L’Histoire qui dans ce cas était peut-être le lieu où ordonner le monde, à lui trouver un sens, devient un objet de manipulation de masse. Nous sommes sortis de l’épopée pour sombrer dans la chronique et les faits divers.

N’est ce pas intéressant de constater que là où nous désirons poser l’ordre cela ne finisse toujours qu’en désordre ?

C’est effectivement ce que je vis avec la peinture, à chaque fois que je décide de lui imposer une orientation, un sens, celle ci ou moi résistons et ne produisons sans relâche que de l’imprévisible.

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