Quand les murs tombent

C’est en visionnant par hasard cette vidéo Youtube, et en songeant à la disparition de mon père que j’ai été propulsé soudain en 1989, au moment de la chute du mur de Berlin.

Un alignement de plusieurs faits qui n’ont,en apparence, pas grand chose à voir, et c’est justement à chaque fois la même chose… Quand mon esprit me propose ce genre d’alignement incongru, je le respecte et tente d’y trouver du sens.

J’ai retrouvé un article du journaliste Pierre Levy écrivant dans le mensuel Ruptures et qui au mois de novembre dernier s’interrogeait sur les conséquences de la chute du mur de Berlin.

Je me souviens quant à moi avoir été assez imperméable à cette nouvelle à l’époque. La liesse dont j’apercevais ça et là quelques bribes, cet enthousiasme français en recevant ce que tout le monde considérait être une bonne nouvelle, me laissa de marbre, en gros je n’adhérais pas à la fête. Je n’adhère d’ailleurs pratiquement jamais aux fêtes, leur violence larvée que je ne peux m’empêcher d’y détecter toujours me désespère.

Donc Pierre Levy raconte que pour fêter le trentième anniversaire de la chute du mur de Berlin, le ministre allemand des affaires étrangères dans une tribune publiée par « Le Monde » falsifie et instrumentalise l’Histoire au service de l' »Unification Européenne ».

Article consultable à cette adresse :https://francais.rt.com/opinions/67687-consequences-funestes-chute-mur-berlin

Eiko Mass, selon l’analyse du journaliste, en profiterait pour récupérer l’événement et le porter au profit de la réunification Européenne… et il le cite :

«Nous, Allemands (…) célébrons l’union de l’Europe, qui est heureusement rassemblée aujourd’hui» car «ce bonheur, nous le devons aux centaines de milliers d’Allemands de l’Est qui sont descendus dans la rue» et plus généralement aux citoyens d’Europe centrale et orientale «qui, assoiffés de liberté, ont renversé les murs et arraché leur liberté». Et, poursuit le ministre, «nous le devons (aussi) à nos amis et partenaires de l’OTAN», ainsi qu’à François Mitterrand et Mikhaïl Gorbatchev.

Pierre Levy ironise en se demandant si une thèse aussi farfelue aurait pu être publiée en Allemagne et il gage que non. J’adhère volontiers à l’idée que ce serait assez gros quand même que tous les efforts produits pour abattre ce mur n’aient servi qu’à satisfaire le désir effréné des Allemands de l’Est et d’Ouest, sans oublier ceux du Nord et du Sud de ne vouloir somme toute « renforcer » l’Union Européenne.

La véritable intention des élites occidentales était bien plus de mettre un terme à ce qui s’opposait au Cac 40, mais on ne pouvait pas s’appuyer sur cette vérité pour électriser les foules de façon définitive, l’idée d’un transformateur idéologique social démocrate prônant le rassemblement des peuples européens (ayant la forme d’un pipeau magistral) ferait bien mieux l’affaire.

Et effectivement les conséquences de la chute du mur de Berlin ne se firent pas attendre, une pause dans le Monopoly s’imposait pour jouer aux dominos.

Sans parler de l’effondrement de l’URSS, les conséquences du mur de Berlin sont toujours là, et nous en payons toujours les intérêts avec le recul du « social » dans tous les pays et pas seulement en Europe. Le libéralisme économique s’est encore plus développé, décomplexé désormais par la disparition de tous les « ismes » qui le gênaient. Surtout l’humanisme. La lutte des classes est revenue en force, sauf qu’il n’y a plus tant de classes désormais, il n’y a en fait que deux camps les riches et les pauvres. Dans le fond cette ancienne opposition capitalisme/ communisme qui aura joué malgré tout ce que l’on peut en penser le rôle de modératrice depuis la seconde guerre mondiale, n’existe plus.

Les chiens sont lâchés. Où plutôt les loups.

Je me souviens très bien de l’ambiguïté de sentiment,effrayante, éprouvée à la mort de mon père. Quelque chose s’effondrait d’un coup, comme le sol disparaissant sous les pieds. Et en même temps une joie sauvage tenue longtemps enfermée dissimulée qui piaffait tout à coup.

Entre les deux je tentais de naviguer comme je le pouvais, ne me résolvant pas à sombrer ni dans un excès de tristesse, ni dans un excès de sauvagerie. Pourtant malgré tous mes efforts d’équilibre, la précarité de ceux ci m’entraîna dans des gouffres.

Je n’avais plus de mur contre quoi maugréer, cogner, vilipender, le mur de Berlin était tombé à jamais, comme mon père. Devant moi désormais ne s’étendait plus qu’un horizon plat, monotone, une plaine immense sur laquelle je ne cesse pas d’imaginer des troupes surgir des confins, de toutes parts, pour s’étriper.

Je crois que depuis que je n’ai plus de mur, la toile s’est imposée doucement, la toile à peindre, preuve quelque part pour ce qui me concerne d’une nécessité de l’obstacle sans lequel je ne peux rien créer.

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