Sans doute, le manque de papier est-il la raison principale des temples. Peut-être que l’apparition du papyrus a finit par libérer l’Egypte de sa tâche cyclopéenne. Sans le papier il faudrait toujours inscrire un lieu, quelque part, un lieu physique, palpable, tangible, en fait un point fixe, à partir duquel s’installer pour mesurer jusqu’où peut se propager la conscience.

Dieu ne serait que la limite que nous poserions à cette conscience, celle surtout qu’elle ne peut dépasser. Une constante de Plank, un mur du son… et pourtant ce dernier n’a t’il pas été dépassé depuis longtemps ?

Quand Nietzsche dit que Dieu est mort ce n’est pas une si mauvaise nouvelle en soi, Nietzsche s’était lui aussi penché sur le temps, sur ses intrications avec l’espace, par la poésie car tout le monde sait que la philosophie ne mène qu’à la contradiction dans sa tentative de la résoudre.

Le papier est la plus belle invention de l’homme sans doute pour économiser sang et eau dans cette perte gigantesque d’énergie que représente la construction des temples.

Nous pouvons inscrire ce que nous désirons sur la page blanche, aussitôt noircie la voici qui disparaît de notre conscience, depuis l’immédiateté dans laquelle elle surgit, la voici déjà dépecée par les secondes, les minutes, les minutes et les siècles et tous les regards qui se pencheront sur elle, toutes rééditions confondues, ne cesseront de l’interpréter de façon personnelle, subjective à l’infini.

Le papier autrefois provenait du chiffon, du végétal et de l’animal, aujourd’hui il vient aussi du bois des arbres et désormais du recyclage… Sans doute ne voyons nous en lui qu’une surface blanche à noircir, mais qui tient vraiment la plume ou frappe sur le clavier ? est ce nous ? ou bien n’est ce pas un concert général de toute une chaîne de conséquences qui s’invite dans l’encre bleue ou noire à dire  » nous sommes toujours là » ?

Désormais que j’écris directement sur l’éditeur de ce blog, je pourrais trouver ce texte idiot et le placer dans la poubelle comme tant d’autres. Cependant je peux aussi m’interroger sur la nature des composants de cet écran, de toute la machinerie de cet ordinateur individuel connecté désormais au monde entier … finalement ça ne change pas grand chose à mon propos. La notion de concert semble être toujours présente même si je n’imprime jamais rien sur le papier, la magie de celui ci s’est peut être juste téléportée vers ce nouveau support… J’étais partie avec l’idée de temple, peut-être faudrait-il terminer avec celle d’une cathédrale.

Une cathédrale neuronale inouïe dont les synapses finissent par acquérir une autonomie qui nous dépassent.