Urgences

Dans cette recherche permanente de priorités qui nous assaille nous tentons d’identifier les tâches, les soucis en fonction de leur degrés d’importance par rapport à ce que nous appelons des « objectifs ». Il peut bien sur y avoir autant d’objectifs que de personnes et c’est sans doute pour cela que la notion d’urgence possède aussi bien des sens figurés alors qu’elle n’a guère que quelques sens vraiment propre dans le fond.

Ainsi hier au soir mon épouse se plaignait de maux terribles d’estomac, et elle se mit à attendre que ça passe comme d’habitude nous avons coutume de le faire. On n’aime pas vraiment inquiéter le monde autour de soi pour un oui ou pour un non, et stoïquement c’est ainsi qu’elle m’avoua soudain qu’elle n’en pouvait plus. Effectivement en la regardant un peu mieux je vis qu’elle avait les traits tirés, le blanc des yeux un peu rouge,et qu’elle se débattait témérairement contre un mal invisible mais qui avait finit par avoir raison de sa témérité malgré tout.

Nous arrivâmes donc aux urgences de la petite clinique la plus proche de chez nous.

Il devait être aux alentours de 23 heures je crois et il n’y avait pas grand monde dans la salle d’attente. Une infirmière exténuée de fatigue nous reçut et nous demanda dans la foulée toute la kyrielle de documents nécessaire à l’admission. Enfin vu l’état de mon épouse elle nous conduisit dans une petite chambre presque immédiatement et lui fit passer toute une série de tests.

« Vous savez l’histoire du bras gauche qui fait mal c’est des salades qu’on ne trouve que dans les livres » nous apprit t’elle, c’est pour cela qu’elle mesura tout un tas de paramètres afin d’éliminer la probabilité d’une éventuelle crise cardiaque.

Enfin bref une aide soignante se dévoua pour l’aider sortie comme par magie du couloir et ma moitié fut bardée d’électrodes en moins de tant qu’il ne me le faut pour l’écrire.

Puis, rassurées, et du coup nous aussi, elles disparurent en nous avertissant de l’arrivée prochaine du médecin de garde.

Une demie heure plus tard la porte s’entrouvrit sur un petit homme affable, d’une quarantaine d’année de type latin, ou méditerranéen, en fait plutôt tunisien je crois bien. Le gars aussi était largement éreinté et nous apprîmes qu’il était debout depuis plus de 20 h, ce qui me rassura un peu moins.

Cependant il fut éminemment sympathique, détecta presque immédiatement l’odeur de cigarette que je traîne avec moi, me sermonna gentiment et puis il se mit à poser encore quelques questions à mon épouse, tout en blaguant.

Bon et bien avec tout ce que vous me dites, je ne sais pas du tout ce que je vais vous donner … puis il eut un léger sourire la regarda, regarda l’infirmière et lança très sérieusement , on n’a qu’à lui donner une clope.

Puis il se reprit devint grave et annonça toute une série d’opérations à mener pour les deux membres hospitaliers qui paraissaient boire ses propos comme du petit lait.

Parmi toutes les opérations à mener, il y avait bien sur l’incontournable prise de sang, la perfusion ensuite pour distiller un analgésique puissant et lorsque Sylvie, toujours inquiète demanda le temps que tout prendrait pour obtenir les résultats, elle obtenu une estimation d’une heure et demie environ car le laborantin n’était pas sur place. Il faudrait d’abord sans doute le réveiller, qu’il s’habille, qu’il prenne son véhicule et parcours une distance inconnue entre son domicile et les échantillons sanguins qui l’attendaient afin qu’il pose un verdict.

Nous restâmes ainsi seuls Sylvie et moi dans la chambre. Puis elle dit qu’elle allait tenter de se reposer et j’allais faire un tour.

Tous les patients étaient désormais partis, il n’y avait plus personne dans la salle d’attente et j’en profitais pour lire toutes les affichettes punaisées sur les panneaux. Je remarquais un petit texte concernant la douleur qui me fit passer le temps avec un intérêt certain. Il était question de l’attente et de la douleur. Pourquoi attendre quand on a mal disait le texte, si vous attendez trop la douleur sera tellement insupportable qu’on aura bien plus de mal à la soulager.

Je repensais évidemment à ma pratique habituelle de supporter la douleur jusqu’à son paroxysme pour me décider généralement à agir, et à ma peur des médecins et de l’hôpital en général. Il est vrai que ces dernières années presque toutes les personnes que j’y ai vues entrer n’en sont pas ressorties vaillantes.

Du coup je poussais les portes vitrées pour me retrouver dans la cour, une envie de fumer irrépressible comme une urgence.

Il faisait froid, peut-être 1 ou deux degrés au dessus de zéro. J’aperçus une autre entrée plus large destinée aux pompiers dont les portes étaient grandes ouvertes. J’examinais le sol goudronné éclairé par des lampadaires falots et je découvris des tâches sombres suspectes qui aussitôt bien sur me firent songer à du sang. Peut être un accidenté de la route qui se sera vidé tandis qu’on le déchargeait du véhicule, où bien un pompier éreinté lui aussi qui par inadvertance se sera mis à déglutir.

En revenant je pris une bouteille d’eau au distributeur, et je notais que le prix était vraiment très correct. 1 euros. Puis je revenais dans le couloir où l’infirmière était en train de balayer le sol.

Je vais fermer la porte dit elle, à cette heure là normalement on n’entre plus comme ça il faut sonner.

Nous échangeâmes quelques mots et j’appris qu’elle aussi était de garde et qu’elle terminerait le lendemain matin à 7h.

Je revins vers Sylvie qui semblait plus reposée, l’analgésique semblait avoir fait son effet et elle se sentait mieux. Ne restait plus qu’à patienter pour les résultats de la prise de sang.

« Tout est nikel » dit le petit homme en faisant irruption dans la pièce une bonne heure après. Je m’étais presque assoupi et je sursautais ce qui l’amusa bien.

Vous avez de la chance ajouta l’infirmière lorsque le médecin tourna les talons, vous avez eu affaire à la crème de la crème. J’allais me demander des trucs mais j’étais trop crevé j’ai préféré pas imaginer.

Sylvie se rhabilla, soulagée et nous fumes conviés à quitter les lieux sans trainer car à cette heure l’infirmière ne s’occupait plus de comptabilité nous apprit-elle. Nous allions recevoir la facture par la poste.

Enfin vers 3 heures du matin nous poussions notre porte d’entrée et je vis que dans l’urgence nous avions laissé toutes les lumières allumées. Je crois plutôt que je les avais laissé ainsi pour trouver un peu de réconfort surtout en revenant. Dans mon obsession des hôpitaux et mon attirance morbide pour le pire, j’avais du m’imaginer que j’aurais à rentrer seul.

Du coup en m’endormant péniblement je revoyais toute la scène comme une sorte de cauchemar miniature pas tant rassuré que ça pour autant que les choses au final se soient si bien passées.

Demain il faudra que j’aille voir sur Wikipédia la définition d’hernie hiatal…

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