Admettons que la peinture ne soit qu’une nouvelle façon de pratiquer la masturbation. Alors j’aurais de surcroît sombré dans l’exhibitionnisme et d’une certaine façon dépassé la honte originelle. Cela ne m’emmenera certainement pas au musée, c’est entendu. Cependant j’estime que le gain supplémentaire de liberté vaut bien tous les renoncements.

Car s’il est une chose considérée la plupart du temps comme injuste par la communauté, c’est que l’on cultive son plaisir de façon solitaire. La masturbation avant d’être un péché ou une pseudo maladie mentale est bien une façon de fonder une identité personnelle associée à un plaisir solitaire, rigoureusement autonome.

Et ce même si chacun se masturbe comme il le peut dans son coin. Même si la masturbation serait le pendant de l’altruisme le plus virulent.

Toujours cette notion d’équilibre que je ne peux pas me résoudre à laisser filer.

Du coup j’imagine que cela pourrait me rapprocher de certains peintres, par l’esprit si ce n’est pas par la manière.

Je comprends bien mieux Lucien Freud qui payait des voyous pour aller rechercher les toiles qu’il avait vendues. Sans doute aura t’il jugé plus ou moins consciemment que la semence dépensée dans la toile ne valait pas que de l’argent et de la gloire. Il lui fallait passer également de l’autre coté de la loi, récupérer par tous les moyens imaginables son « bien ».

Je n’en suis pas là fort heureusement. Mais peut-être est ce seulement à cause de mon ignorance encore que je dis « fort heureusement ». Car cette énergie dépensée dans cette auto sexualité que représente le tableau terminé peut-elle vraiment avoir un prix, peut-elle être vraiment monnayable ? Et à cet instant celle ou celui qui la mettrait sur un mur en trophée ne devraient-ils pas être réprimandés ?

En tous les cas c’est un postulat comme un autre qui vaut toutes les raisons possibles que j’aurais pu encore trouver de vouloir peindre.

Voyons tout d’abord ce que dit le site de Wikipédia à propos de la masturbation :

« L’étymologie du mot « masturbation » rappelle l’ancienne condamnation morale de cette pratique. « Le mot « masturbation » a été formé pour la première fois dans la langue française par Montaigne sous la forme « manustupration » dans l’Apologie de Raimond Sebond, 12e chapitre du deuxième livre des Essais. […] Le mot va coexister pendant plus d’un siècle sous deux formes concurrentes : manustupration et masturbation. Le premier terme, « manustupration », vient de manus, « la main », et stupratio, « l’action de souiller ». La manustupration serait alors le fait de se souiller par une action de la main, ou encore de se donner du stupre, plaisir honteux, par la main. Le second terme, « masturbation », vient du latin masturbatio et peut-être du grec mastropeuein, « prostituer » 

Cette ancienne condamnation morale se retrouve également dans les synonymes de la masturbation : onanisme et abus de soi. Pour éviter cette connotation négative et culpabilisante, on utilise parfois le terme « auto-sexualité » à la place du mot « masturbation « .

Cette culpabilité qui s’attache à la notion d’onanisme j’ai aussi voulu remonter à sa source historique et j’ai découvert qu’avant le XVIIe siècle ce qui n’avait juste là été qu’un péché se transforma en crime et en maladie mentale par les très doctes médecins qui se penchèrent sur le problème. Soudainement la masturbation pouvait avoir des conséquences pathologiques, être source d’aliénation ce qui sans doute permit aux Asiles de fous que les grandes épidémies désormais disparues et les frais d’entretien coûteux des anciens hospices avaient fini par inventer. ( CF Michel Foucault La folie à l’age classique).

On ne saurait évoquer la masturbation sans parler du médecin suisse Samuel Auguste Tissot ( 1728-1797)

Et de son célèbre ouvrage intitulé « Onania » publié en 1715 la première fois à Londres.

« Ce livre conditionnera sans doute le plus deux siècles de répression de la masturbation. De 1718 à 1778 se sont succédé près de 22 rééditions d’« Onania ». Les publications ont eu tant de succès, entre autres, parce que l’auteur y publiait les lettres de ses lecteurs, qui constituaient de véritables romans-feuilletons de la masturbation et des crimes qu’elle occasionne. Le médecin suisse Samuel Tissot répertoria toutes les lettres (réelles ou inventées) d’« Onania », et en fit six classifications reprenant les troubles les plus fréquents. »

 Une théorie « médicale » à partir d’hypothèses de plusieurs médecins de l’époque et du livre Onania.

Tissot croyait que toute activité sexuelle était dangereuse, parce qu’elle refoulait le sang vers la tête, n’en laissant plus assez dans le reste du corps, ce qui provoquait la dégénérescence des nerfs et autres tissus vitaux. En accord avec les connaissances scientifiques de l’époque, il était certain que cette forme de détérioration nerveuse était cause de la folie. Tissot était convaincu que la masturbation était une forme de sexualité particulièrement “dangereuse”, parce qu’elle était commode, qu’elle pouvait commencer pendant les années vulnérables de l’enfance, et parce que le sentiment de culpabilité éprouvé par celui qui se masturbe, eu égard à son péché, irritait son système nerveux et le rendait plus fragile. Les parents cherchèrent désespérément à écarter leurs enfants de ce fléau. Les médecins étaient contents de leur rendre ce service ; après tout, c’était du devoir du médecin consciencieux de mettre fin à la masturbation. »

Le livre de Tissot L’Onanisme, traité sur les maladies produites par la masturbation eut un très grand succès avec soixante-trois éditions entre 1760 et 1905. Tissot y expose les maladies provoquées par l’autostimulation.

À la fin du xixe siècle, les médecins pensaient que la consommation d’aliments savoureux provoquait la masturbation, tandis que les aliments fades la décourageait. Des aliments, comme les céréales Kellogg’s Corn Flakes (sans sucre à l’époque), ont été spécialement conçus par des médecins, des religieux ou des moralistes pour lutter contre la masturbation.

Je pourrais encore continuer à exploiter cet article de Wikipédia concernant la masturbation mais je crois que le lecteur aura compris l’essentiel de ce que je voudrais faire passer.

Il est question ici du plaisir défendu que l’on interprète au fur et à mesure du temps comme un péché ou une maladie mentale mais jamais comme ce qu’il est, un plaisir tout bonnement.

En cherchant encore on trouve des études relatant des observations effectuées in utéro de fœtus se caressant le pénis ou le vagin dans le ventre même de leur mère en toute innocence et tout naturellement. On trouvera aussi que l’éléphant ne se gène pas de se faire du bien tout seul à l’aide de sa trompe, quant aux primates dont parait il nous descendons, on ne peut énumérer toutes les stratégies qu’ils emploient pour parvenir à l’orgasme en marge de la communauté.

Il pourrait donc y avoir sans que je ne me trompe de trop une relation entre peinture et masturbation. En vieux primate que je suis, j’aurais choisi la toile plutôt qu’une mangue afin de me faire un peu de bien et voilà tout.

Pas de quoi fouetter un chat me direz vous n’est ce pas… enfin me le direz vous vraiment, c’est encore à voir.