Peinture et résistance.

Peindre est une forme de résistance. C’est placer un inutile face à l’assommoir de l’utile. Peindre c’est pénétrer dans une ambiguïté entre utile et inutile. La peinture est inutile par essence. Personne ne me demande de peindre. Et cependant moi-même je trouve très utile de peindre avant tout pour moi-même.

Ma peinture n’apporte rien de particulier rien d’utile à personne elle n’apporte rien d’autre que ce qu’elle est, comme re présentation d’une résistance à l’utile, une résistance à l’information.

« Hole » Huile sur toile format 25×25 cm

La notion de thématique en peinture permettrait de rejoindre une sorte de voie royale, un consensus, qui épouserait en apparence cette notion d’utile. Il serait alors utile de peindre suivant des thématiques afin d’être identifié, classé, étiqueté.Un peu comme sur la pierre tombale on inscrit un ici-gît. Le peintre serait alors là et pas ailleurs ou partout, ce serait plus rassurant, et évidemment ce serait bien utile de savoir où il n’est pas.

Sans doute la notion de résistance dépasse le cadre de la peinture. La peinture n’est qu’une partie émergée de cette résistance. Elle est une résultante non une cause. C’est pour cela que je n’arrive pas à accepter l’appellation d’artiste. Je suis bien plus résistant qu’artiste réellement.

Contre quoi cela vaut-il la peine de résister ? je ne le sais pas. Ce que je sais en revanche c’est l’intensité que m’apporte cet état de résistance. Cette sensation d’être en vie.

Tout ce que je pourrais trouver comme raison à ma résistance ne tiendrait pas la route face à l’utile. On ne tarderait pas de m’informer de mon erreur, de mes errances. C’est pour cela que je ne m’intéresse pas à ces raisons, ce ne sont que des prétextes pour investir où maintenir un état de résistance.

« Envers » Huile sur toile format 25×25 cm

Le fait que je ne crois pas qu’il puisse y avoir de raison est l’empêchement principal à toute tentative de décider sérieusement d’une thématique. Pénétrer une thématique serait comme s’engager dans une voie sans issue. Une thématique n’expliquera jamais de façon utile à quiconque ma nécessité de résistance. En revanche l’absence de thématique accompagnant la profusion des œuvres réalisées propose bien quelque chose qui n’ est que la mise en évidence du refus de toute thématique.

Peindre c’est non seulement résister mais aussi utiliser le refus pour créer de l’inutile. D’une certaine façon c’est une façon d’équilibrer les choses. Je dis « les choses » pour ne pas dire le monde. Je ne sais absolument pas ce qu’est le monde. Je ne connais que le filtre par lequel je refuse bon nombre d’informations venant du monde et dont l’utilité, passée au peigne fin, le plus souvent me désespère.

Me désespère et m’enchante parce qu’au bout du chemin je ne vois qu’une vanité extraordinaire et en même temps une beauté inouïe quand je pense à toute cette agitation humaine.C’est peut-être dans cet écart que j’installerais la poésie. Entre vanité et fléchissement gracieux. Et c’est sans doute cet entre deux , ce mystère entre ces deux extrêmes,que je refuse également de vouloir résoudre.

« Autre envers » huile sur toile format 25×25 cm

Sans doute revenant sans cesse à l’origine, au commencement et simultanément à toutes les fins « en même temps » finalement ce serait cela le vrai thème de la peinture.

Avec un peu d’humour je pourrais aussi dire que mon thème de prédilection lorsque je peins est d’enfoncer des portes déjà ouvertes.

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