« The boxer » Simon & Garfunkel

Je me lance dans la relecture et le classement de tous ces articles écrits au jour le jour et la première impression qui me vient est que tout cela ne sert pas à grand chose, que c’est même parfaitement stupide de m’ouvrir ainsi au monde entier sur mes petites préoccupations pseudo philosophiques ou poétiques.

La première idée est toujours de vouloir recommencer à zéro. Tout effacer et oublier. Puis revenir et réécrire mieux, encore plus détaché, écrire différemment, plus posément, plus professionnellement si ce dernier terme possède vraiment un sens dans le cadre d’une telle activité.

C’est globalement le même mécanisme que je mets en place concernant la peinture. Je peins comme un beau diable pendant des jours, cela me tient en haleine quelques semaines et puis au bout du compte, je prends un peu de recul et je me dis que ce ne sont que des coups d’épée dans l’eau. Que rien n’a vraiment d’intérêt pour personne.

Et ainsi je me pose en tant que juge et partie dans toute cette histoire et c’est surement une grosse erreur de ma part également.

Dans le fond je ne suis qu’une longue suite d’erreurs, un capital qui dort et dont je n’ai jamais pris le soin d’en mesurer l’intérêt, ni de le faire fructifier. J’ai toujours remis ça aux calendes grecques en me disant « quand je serai vieux, peut-être… »

Sans doute est ce parce que je n’ai pas de but précis, de but avéré vraiment que je me lance ainsi dans un tas d’opérations et qu’au bout d’un certain temps je m’aperçois de la vacuité, comme de la vanité de toutes ces actions.

C’est une sorte de perpétuelle navigation à l’estime.

C’est forcément naïf de ma part d’imaginer parvenir ainsi par la seule spontanéité à un résultat satisfaisant. C’est mettre de coté la plus grosse part de travail à réaliser comme toujours. C’est une forme de procrastination déguisée.

Il n’y a qu’à être honnête envers moi-même sur ce que je comprends du terme d’aboutissement pour entrevoir la distance qui me reste encore pour atteindre au but.

Je ne suis bon que dans l’ébauche. Et encore il serait préférable que je me cantonne à la satisfaction d’effectuer seulement des ébauches. Sans doute parce que c’est le plus facile, le plus abordable. Et que cela me procure une sorte de légitimité d’avoir « fait » quelque chose plutôt que rien.

Ce serait à se taper la tête contre les murs si en prenant conscience de ce fonctionnement répétitif, je continuais exactement de la même façon dans cette répétition où je crois jeter mes forces vives, et où au final je ne vois que de la masturbation.

Je pourrais m’en vouloir comme à chaque fois encore, faire de moi-même la victime par excellence du sort ou de la fatalité, autre synonyme de ce moi-même finalement.

J’aimerais m’en extirper sans douleur, par « amour », en douceur et alors me revient en mémoire l’âge que j’ai désormais. 60 ans … peut-on encore tout recommencer à nouveau à 60 ans ?

Il y a une idée de perfection tout de même qui semble bien ridicule. Plus élevée, plus lointaine devient cette idée, qui ne peut jamais s’atteindre, qui ne doit jamais s’atteindre, plus le sens du ridicule s’améliore malgré tout. Il y a quelque chose forcément de risible à s’efforcer pour si peu de choses.

Tout cela me parait aujourd’hui inutile et prétentieux alors que je me donnais jusque là comme excuse, comme raison que cela puisse apporter quoique ce soit à je ne sais qui.

Dans le fond ce sont les commerciaux qui ont raison. Ils s’attardent le temps nécessaire à trouver une clientèle, un public, une niche, des personnes dont ils sont absolument convaincus de susciter l’intérêt pour un produit précis. Et c’est avec ce si peu de choses en définitif, qu’ils remporteront le succès.

Le succès qu’est ce donc dans le fond, sinon la reconnaissance d’un travail réalisé manifesté par des ventes, de l’argent qui remplit le tiroir caisse et une position dans un groupe social déterminé.

N’est ce pas cette notion du succès que je désirerais contre toute attente atteindre en me trompant aussi sur mes véritables motivations ? en considérant la peinture comme l’écriture encore sous cette couverture romantique comme un adolescent attardé ?

A vrai dire je n’ai jamais vraiment réfléchi à toutes ces choses, je n’ai agi que par pulsion, par désir sans chercher à comprendre ce qui pouvait se dissimuler sous ces mots, les véritables intentions.

Cela vient d’une guerre ancienne, une guerre antique de ne pas vouloir épouser les pas du père, tenter de s’écarter de ce chemin à l’origine tout tracé. Une rébellion idiote dans le fond lorsque je considère l’endroit et le moment où elle m’a mené à présent.

Je pourrais encore inventer des choses magnifiques, extrêmement intellectuelles ou poétiques pour éviter de regarder en face ce désastre ubuesque qu’est ma vie. Ce que justement je ne veux jamais regarder vraiment.

Je pourrais aussi caresser cette idée de virer totalement ma cuti et devenir trafiquant d’arme, où plus modestement commerçant. Revenir à l’origine, retrouver la confrérie des bougnats. Etre sauvé par je ne sais quel gong qui m’extirpera de cette trop longue rêverie pour enfin toucher du doigt la sainte réalité. Me conspuer encore de mille façons inédites.

Mais non je sens bien que tout cela ne vaudra rien de plus. Il faut juste accepter l’échec et repartir à nouveau en essayant de ne pas refaire les même erreurs, en inventer d’autres.

Sans doute qu’il est temps de me taire vraiment rejoindre ainsi le silence, le sans mot, comme sont muettes les grandes hontes comme les grandes douleurs. Cuver l’ivresse d’une vie dissolue jusqu’à la lie.

Me débarrasser encore d’une couche pour pénétrer dans cet anonymat enfin le plus doux de tous les refuges.

2 réflexions sur “Le plus doux de tous les refuges.

  1. le désir c’est la vie, espérons que ce désir dure longtemps et que ne trouvions jamais… sinon il s’éteindra, ce sera la mort, l’immobilité, la fin.
    Espérons que nous ayons encore beaucoup de choses à dire et longtemps! et peu importe comment! bienheureux dans leur malheur, ceux qui créent…

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